La sécheresse accable les agriculteurs

La Voix acadienne - Les agriculteurs de l’Île-du-Prince-Édouard souffrent d’une sécheresse estivale sans précédent. Ils s’inquiètent d’une baisse de rendements et de pertes financières importantes. Certains ont déjà investi dans des systèmes d’irrigation, tandis que d’autres misent sur le développement de nouvelles variétés de plantes. 

 

Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne

«Nous avons un déficit d’eau important en ce moment, et les cultures ont vraiment du mal», confie l’agriculteur Matthew Ramsay de la ferme Oyster Cove à Kensington. 

Avec son père et ses deux frères, l’insulaire cultive 1 500 acres de pommes de terre, de céréales et de fourrages. 

À cause du manque de pluie, les plantes souffrent d’un «retard de croissance», rapporte Matthew Ramsay, qui s’inquiète d’une «baisse de rendement et de qualité.»

«Dans des années comme celle-ci, il va être très difficile de couvrir les coûts et de dégager des revenus», ajoute-t-il. 

La pénurie d’eau se fait ressentir aux quatre coins de la province. En dépit de quelques pluies éparses, «les agriculteurs n’ont reçu que 30 à 40 % des précipitations dont ils ont besoin depuis le début du mois de juin», alerte le directeur général de la Fédération de l’agriculture de l’Île-du-Prince-Édouard, Donald Killorn. 

«Le déficit pluviométrique, qui n’a cessé de croître tout au long de la saison, a un impact sur tous les producteurs de l’île, quels que soient le type et la taille de leur exploitation», souligne le responsable. 

À North Milton, l’agricultrice Rita Jackson constate, elle aussi, les effets négatifs de la sécheresse sur sa ferme de 104 acres. Ses mûres se sont déshydratées, ses foins sont de mauvaise qualité, ses vaches et ses veaux n’ont plus d’herbe à brouter. 

Mûres déshydratées, foins de mauvaise qualité 

Dans son tout nouveau verger, les poiriers, pruniers, pommiers et pêchers poussent bien moins et donnent des fruits de moins bonne qualité. 

«Nos récoltes seront moins bonnes et on fera probablement moins d’argent, partage celle qui est membre de l’Union Nationale des Fermiers. C’est triste et inquiétant, surtout qu’on peut s’attendre à des étés encore plus chauds et secs à l’avenir.» 

Donald Killorn anticipe également des précipitations «moins fréquentes, mais plus importantes» dans le futur à cause du changement climatique : «Elles prendront la forme de tempêtes plus violentes, ce qui rendra l’agriculture plus difficile.»

En attendant, pour pallier les effets de la sécheresse, certains fermiers misent sur l’irrigation. C’est le cas de Gerard Morrison, propriétaire de Blueberry Orchard, à l’est de Cardigan. 

Le Prince-Édouardien possède un peu plus de 6 acres de bleuets. En 2017, au moment de la création du verger, il a mis en place un système d’irrigation souterrain qui fonctionne à l’aide de panneaux solaires. À l’époque, il a bénéficié d’une aide financière du ministère provincial de l’Agriculture. 

«Je n’ai jamais autant irrigué que cette année. Grâce à ça, mes bleuets sont toujours aussi abondants et de bonne qualité», expose Gerard Morrison. 

«Je peux contrôler la consommation d’eau, j’arrose uniquement les zones qui en ont besoin. Il n’y a donc pas de gaspillage», tient-il à préciser. 

«Trouver une balance entre les différents usages de l’eau»

Matthew Ramsay et sa famille irriguent eux aussi environ 10 % de leurs champs de patates. 

«Ça reste insuffisant pour se prémunir contre des années comme celle-là. Si la tendance se poursuit, il faudra qu’on investisse davantage dans l’irrigation», observe Matthew Ramsay. 

L’agriculteur place également beaucoup d’espoir dans le développement de nouvelles variétés de plantes, «plus résistantes à la sécheresse». 

L’irrigation ne convainc néanmoins pas tous les exploitants. Rita Jackson se montre ainsi très prudente : «On doit rester très attentif au montant que les agriculteurs prélèvent dans les rivières et trouver une balance entre les différents usages de l’eau pour préserver la ressource.»

Elle recommande plutôt d’augmenter la matière organique dans les champs, afin qu’ils retiennent mieux l’eau. Elle parle de laisser les résidus de culture sur le sol, d’utiliser des engrais verts et des couverts végétaux, d’éviter le travail intensif du sol. «L’irrigation devra toujours être associée à d’autres stratégies pour ne pas mettre en péril notre approvisionnement en eau», reconnaît Donald Killorn. 

À Kensington, Matthew Ramsay espère de tout cœur qu’il pleuvra d’ici la fin septembre : «Si nous avons de la pluie dans les prochaines semaines, cela pourrait atténuer le degré de gravité de nos baisses de rendement.»

 

 

PHOTOS :  

1- Les champs de patates de l’Île-du-Prince-Édouard sont affectés par la sécheresse estivale. (Photo : La Voix acadienne)

2- «Les coûts nécessaires pour installer un système d’irrigation sont très prohibitifs pour espérer un retour sur investissement dans un avenir proche», rapporte l’agriculteur Matthew Ramsay. (Photo : Gracieuseté)

3- «C’est la deuxième grande sécheresse en cinq ans. Nous avons également subi deux ouragans pendant cette période. Nous sommes confrontés à des défis importants liés à la variabilité du climat», indique Donald Killorn de la Fédération de l’agriculture. )Photo : Gracieuseté)

4- L’agricultrice Rita Jackson insiste sur l’importance de préserver les ressources en eau pour la consommation humaine et la vie aquatique dans les rivières. (Photo : Gracieuseté)

5- J’ai installé le système d’irrigation, car je savais que nos étés semblaient devenir de plus en plus secs», explique Gerard Morrison de Blueberry Orchard. (Photo : Gracieuseté)

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  • Date de création 25 août, 2025
  • Dernière mise à jour 25 août, 2025
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