Pourquoi pas un musée du Street Art dans l’ancien La Baie de la rue Rideau ?

Depuis le départ de La Baie d’Hudson, l’édifice à l’angle des rues Rideau et Sussex attend patiemment un nouveau locataire. Pour l’ancien conseiller d’Ottawa Mathieu Fleury et le sénateur Andrew Cardozo, cette situation est une occasion idéale de faire quelque chose de novateur dans la capitale.

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Par Clémence Labasse
IJL - Réseau.Presse - Le Droit

À Ottawa, les murales peintes ne manquent pas. Une carte d’un collectif local en recense près de 400 à travers le centre-ville et le marché By, et aussi dans de nombreux autres quartiers comme Vanier, le Glebe, le quartier chinois, Hintonburg, et Orléans.

Malgré cela, le dynamisme de cette scène ottavienne des arts de la rue, plus informelle et libre que les beaux-arts traditionnels, est loin d’être aussi connu que celles d’autres grandes villes canadiennes.

Pour deux passionnés de l’urbanisme de la capitale, il est grand temps que cela change. Et une occasion en or s’est présentée il y a quelques mois.

«Avoir un bâtiment historique qui appartenait à La Baie d’Hudson entièrement vide et délaissé en plein cœur du centre-ville, ce n’est pas bon pour la capitale. Mais ça donne une chance à Ottawa de faire quelque chose de novateur qui bénéficierait à tous, habitants et touristes.»

—  Mathieu Fleury, ancien conseiller municipal de Rideau-Vanier.

Avec le sénateur Andrew Cardozo, l’ancien conseiller municipal Mathieu Fleury a publié un texte d’opinion invitant les décideurs et la communauté à repenser comment utiliser l’espace abandonné par La Baie d’Hudson en mai. L’édifice est situé à quelques pas à peine du Sénat et de la colline Parlementaire, mais aussi du marché By et de son école d’Art.

«Une galerie d’art graffiti permettrait non seulement de mettre en valeur une forme d’art qui est très accessible et vibrant, mais aussi de le légitimer et de l’élever dans le paysage culturel canadien», écrivent-ils dans leur texte publié dans le Ottawa Citizen.

«Un lieu où la couleur, la créativité et la communauté se rencontrent, et un centre culturel qui attirerait les gens sortant du train léger et des rues piétonnières du marché By.»

«Cela fait longtemps que je pensais qu’un musée du graffiti serait une excellente idée pour Ottawa, peu importe son emplacement; après avoir découvert le musée de l’art urbain de plein air de Miami qui a complètement revitalisé le quartier Wynewood», raconte le sénateur Cardozo.

«Or, voilà qu’un immense espace se libère et il risque de rester vide pendant encore longtemps, car le commerce dans cette zone ne se développe pas vraiment dernièrement, avec les différents problèmes que rencontre le marché By. En mettant ces deux choses ensemble, on pourrait créer quelque chose de très excitant.»

Liberté d’expression et représentation

L’accent sur le graffiti et l’art de rue, explique Andrew Cardozo, n’a rien d’anodin.

«Il y a tellement de différentes personnes pour qui avoir un tel espace pourrait compter. Le graffiti peut être un médium libérateur pour beaucoup de gens et de communautés qui ont le sentiment de ne pas avoir de voix ou d’être entendus», souligne-t-il.

Au-delà des carcans bien établis des musées fédéraux et des galeries de la Ville, ce nouveau musée pas comme les autres pourrait permettre aux artistes de rue d’explorer des thématiques et des réalités différentes, qui leur sont propres et très ancrées dans leurs environnements.

«Une femme m’a écrit pour nous dire que son fils était un artiste, qui malheureusement est mort à cause de la drogue… un grand problème dans notre ville de nos jours, ajoute le sénateur. Elle me disait qu’il y a de nombreux artistes dans cette communauté qui se sont retrouvés à la rue et certains sont morts; et elle demandait si cette galerie pourrait peut-être aussi être un moyen d’honorer leur mémoire.»

«Avoir cette galerie du graffiti et de l’art urbain pourrait être bien plus profond et important encore que ce que nous avions initialement envisagé.»

—  Andrew Cardozo, sénateur

Dernièrement, la communauté de l’art urbain d’Ottawa vit également des moments difficiles.

Le festival de hip-hop et de culture urbaine populaire, House of Paint, qui existait dans la capitale depuis plus de 20 ans, semble discrètement avoir disparu cette année.

Après le départ de la directrice générale Victoria Roy et des inondations qui ont empêché le festival de se tenir dans son lieu de prédilection, sous le pont George Dunbar l’an dernier, les réseaux sociaux de l’organisme sont devenus dormant, fin 2024. La communauté du festival et ses pages en ligne étaient pour beaucoup la première destination à Ottawa pour découvrir de nouveaux artistes.

Un concept qui a déjà timidement fait ses preuves

Une expérience similaire à ce que proposent les deux hommes a déjà été essayée brièvement dans la capitale.

Lors de la pandémie, un collectif d’artiste du Glebe dont fait partie le sénateur Cardozo, a remarqué qu’un grand espace commercial sous le Winners de la place Lansdowne était inoccupé et a demandé à l’association communautaire du quartier et à la zone d’amélioration commerciale (ZAC) s’ils pourraient se servir de cet espace pour mettre en valeur les artistes locaux. La Community Pop-up Art Gallery est née.

«L’espace était vide et n’allait pas être réutilisé d’aussitôt à cause de la COVID. On a pu l’utiliser pendant près d’un an, ça a bien marché pour toutes les personnes impliquées!» raconte Andrew Cardozo.

Pour le moment, l’idée de la galerie d’art du graffiti ou «GAG» ne fait que sortir de terre.

Si la proposition est ambitieuse, les auteurs précisent qu’ils imaginent pour le moment installer ce musée avec un bail temporaire de deux à cinq ans, dans un projet pilote qui pourrait permettre d’obtenir le soutien de la communauté et d’investisseurs potentiels.

Ni la municipalité, ni les propriétaires privés de l’édifice (HBC et RioCan) ou même la scène artistique ottavienne n’ont été consultés ou ne travaillent sur un tel projet pour le moment.

Questionné sur l’avenir de l’édifice de la rue Rideau en juin, le maire Sutcliffe avait indiqué que la décision sur l’avenir reviendrait aux propriétaires. La Chambre de commerce d’Ottawa avait, elle, mentionné qu’elle appuierait «un réaménagement transformateur et ambitieux» des espaces vides.

«C’est sûr que le centre-ville a des défis, mais on a aussi le défi d’être une capitale.»

—  Mathieu Fleury, ancien conseiller

«Ottawa a le devoir de représenter ce que le Canada a de mieux à offrir, autant grâce à son patrimoine qu’avec des projets modernes», conclut Mathieu Fleury.

[ENCADRÉ | Optionnel] Un centre commercial mort... pour la communauté

Redonner à la communauté et aux arts des bâtiments vides est une idée de plus en plus populaire ces dernières années auprès du grand public, notamment avec l’accélération en flèche des centres commerciaux abandonnés partout en Amérique du Nord.

À Portland, dans l’Oregon, par exemple, le Lloyd Center qui abritait autrefois les mêmes grands magasins et enseignes locomotives que tout autre centre commercial lambda connaît une véritable renaissance après que la clôture de nombreux magasins ait conduit le complexe à une saisie en 2021.

Depuis, du fait des très faibles coûts du loyer, de nombreux artistes, commerçants indépendants et organismes à but non lucratif ont décidé de s’établir dans le centre mourant. L’ancien Foot Locker a été transformé en galerie d’art absurde; l’ancien Spencer’s, un musée de machines à boules et jeux d’arcade rétro. Plusieurs centres communautaires offrant des cours de peinture ou de production de musique, alors qu’à quelques portes se déploie une expérience Star Wars immersive sur 3000 pieds carrés.

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PHOTOS:

LD_MatFleury | Mathieu Fleury a représenté le quartier de Rideau-Vanier pendant 10 ans au conseil municipal d'Ottawa. (Etienne Ranger/Archives Le Droit)

LD_DonLaporte | Une murale sur la rue Bank a été réalisée en 2019 par l'artiste Dom Laporte (Le Droit)

LD_Miami | Un des très nombreux murs peints du Musée de l'art urbain en plein air de Miami, Wynewood (Clémence Labasse/Le Droit)

LD_HouseofPaint | Le dernier festival House of Paint s'est tenu sous le pont Dunbar en 2023. (Courtoisie de Ming Wu)

 

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  • Date de création 11 août, 2025
  • Dernière mise à jour 11 août, 2025
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