La hausse alarmante de l’itinérance dans les zones rurales de l’est et de l’ouest (partie 1) 

Dans le cadre d’une recherche sur le sans-abrisme, l’Université Acadia et l’Université du Cap-Breton ont chacune documenté une hausse marquante de l’itinérance dans les régions rurales de l’ouest et de l’est de la province. 

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Farida Agogno 

IJL – Réseau.Presse – Le Courrier de la Nouvelle-Écosse - Atl

Catherine Leviten-Reid, professeure en développement économique communautaire, a mené son étude dans la zone est et Mary Sweatman, professeure au département du développement communautaire à l’Université Acadia pour la zone ouest, a tiré la même conclusion: le décompte des personnes itinérantes dans ces régions a augmenté.

Mme Sweatman explique que ce travail est le résultat d’une collaboration avec des services et organismes communautaires. Donc, ce décompte ne capture que les personnes reliées aux services, comme les hôpitaux.

Dans la zone ouest, on parle de 672 personnes en situation d’itinérance, et dans la zone est, 293. Mme Leviten-Reid parle d’une augmentation de 72 % et affirme qu’environ un tiers des personnes sont des adultes et la répartition entre hommes et femmes est relativement égale.

Par contre, elle souligne une surreprésentation des personnes autochtones, qui représentent environ 12 %. «Pour ce qui est des personnes autochtones, plusieurs sont confrontées à une forte discrimination, que ce soit dans la recherche d’un logement ou d’un emploi, ce qui crée des barrières supplémentaires et perpétue les risques d’itinérance», avance-t-elle.

Elle mentionne également que le manque de logements sécuritaires et abordables dans les milieux ruraux est un défi qui expose beaucoup de personnes à l’itinérance. Les loyers trop élevés, les revenus faibles, malgré les aides gouvernementales, les problèmes liés à la toxicomanie et le manque de logement en bon état sont aussi des causes qui contribuent à l’itinérance.

Selon les deux recherches, les personnes en situation d’itinérance présentent des impacts psychologiques, tels qu'un accès limité au transport, une stigmatisation décourageant la demande d’aide, le stress chronique, l'anxiété, la dépression, le traumatisme, la perte d’identité et du sentiment d’appartenance, la honte intériorisée, les risques d’exploitation liés au trafic sexuel, la perte de liens familiaux et la rupture sociale.

Selon Scott Armstrong, ministre des Opportunités et du Développement social, l'augmentation du taux d’itinérance est une réalité préoccupante. «Nous reconnaissons qu’il y a effectivement une hausse de l’itinérance dans les régions rurales et urbaines», dit-il. Notre gouvernement a réagi vigoureusement en renforçant les services de soutien pour les personnes en situation d’itinérance.»

M. Armstrong souligne que son ministère collabore avec des prestataires de services dans toute la province pour offrir des refuges d’urgence et des logements. Il cite aussi l’investissement du gouvernement dans la délivrance du logement abordable.

«Bien que le logement abordable relève plus du ministère de la Croissance et du Développement dirigé par Colton Leblanc, je peux dire que notre gouvernement a lancé le plus grand programme de logements abordables dans l’histoire de la Nouvelle-Écosse», soutient-il. 

Pour le ministre, ce plan prévoit des centaines de millions de dollars pour développer des logements abordables partout sur le territoire.

Mme Leviten-Reid indique que plusieurs freins entravent le développement de logements abordables dans les zones rurales. Il manque, selon elle, des organismes spécialisés dans le logement social. Les ressources nécessaires pour entreprendre les projets de construction sont limitées et les couts de construction sont élevés en milieu rural, notamment à cause du transport et de la main-d'œuvre.

À tout cela s’ajoute la multiplication des locations à court terme, comme Airbnb, qui attire sans doute le tourisme, mais diminue aussi la disponibilité de logement pour les résidents. Malgré tout cela, elle pense que ces obstacles ne sont pas insurmontables.

Les deux chercheuses recommandent un rapprochement des services, une amélioration des transports, plus d’investissement dans le logement abordable, une plus grande place accordée à la prévention, une augmentation des services en santé mentale, une légifération du droit au logement, ainsi qu’une amélioration des programmes de supplément au loyer et de l’aide sociale.

Toutefois, le plus grand défi, selon elles, est le manque de leadeurship à l’échelle provinciale et fédérale. «L’itinérance est souvent perçue comme un enjeu propre aux grandes villes, avance Mme Sweatman. Pourtant, cette étude nous rappelle qu’elle touche aussi les milieux ruraux et qu’il s’agit d’un problème structurel.»

«Elle est influencée par les politiques coloniales d’aménagement du territoire, la dépopulation des régions rurales et le sous-investissement dans le logement public», renchérit-elle.

Elle soutient que, pour lutter contre l’itinérance dans l’ouest de la province, il faut une volonté politique, un changement des politiques publiques et un engagement durable envers la justice.

Pour Mme Leviten-Reid, cette croissance est une situation alarmante, qui demande des ressources adéquates et immédiates, non seulement pour réduire l’itinérance, mais aussi pour l'éliminer complètement.

  • Nombre de fichiers 5
  • Date de création 2 août, 2025
  • Dernière mise à jour 2 août, 2025
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