Semaine scolaire de quatre jours: des critiques se font entendre

La décision d’inclure un plus grand nombre de semaines de quatre jours (ou quatre jours et demi) dans le calendrier scolaire a été saluée par plusieurs au Nouveau-Brunswick. Elle s’est aussi attiré des critiques.

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Bobby Therrien

IJL – Réseau.Presse – Acadie Nouvelle

À la fin juin, il a été rapporté dans certains médias anglophones du Nouveau-Brunswick que 37 écoles anglophones de la province allaient faire l’objet d’un projet-pilote visant à donner plus de journées de congé aux élèves pour les transformer en journées de développement professionnel pour les enseignants.

Selon le ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, il s’agit d’une initiative qui offrira environ deux journées de perfectionnement professionnel par mois aux membres du personnel de ces écoles.

Cette annonce a piqué au vif le chercheur et expert en éducation, Paul Bennett, qui a exprimé ses doutes dans une chronique écrite dans le Telegraph Journal. En entrevue avec l’Acadie Nouvelle, celui-ci a réitéré que la réduction de journées d’école, cognant plus ardemment sur les semaines de quatre jours, n’est pas la solution pour améliorer le rendement des élèves.

S’appuyant sur certaines recherches, dont celle menée par Emily Morton, experte en éducation à l’American Institutes of Research, dans plusieurs États américains, M. Bennett croit plutôt qu’une réduction de la sorte a l’effet contraire.

Cette analyse, publiée en 2024, montre qu’en moyenne – dans six États évalués sur une période d’une dizaine d’années – les élèves ayant un emploi du temps de quatre jours ont appris moins de choses pendant l’année scolaire que les élèves qui allaient en classe cinq jours par semaine.

«En d’autres termes, toute idée selon laquelle le raccourcissement des semaines et l’ajout de journées de formation continue peuvent améliorer les résultats en mathématiques et en littératie est totalement dénuée de fondement. Enseigner moins signifie que l’on apprend moins et la formation continue, bien que bénéfique, ne se traduit généralement pas par une amélioration des résultats des élèves, car elle n’est généralement pas conçue à cet effet.»

Il juge d’ailleurs qu’il n’y a aucun lien concret entre l’utilisation de journées de développement professionnel et l’amélioration des résultats des élèves aux évaluations.

«Ça a plutôt tendance à renforcer d’autres aspects comme l’apprentissage de groupe, l’apprentissage par la pratique, et d’autres choses qui ne sont pas directement liées à l’amélioration des résultats aux examens.»

Paul Bennett soutient également que le vendredi n’est pas la meilleure journée de la semaine pour permettre aux enseignants de retirer le maximum de ces rencontres de développement.

«Pour que ça ait une quelconque valeur, la règle générale est que ce soit en continu, fréquent et que ce soit en lien avec quelque chose qui se produit le jour suivant. Le mercredi serait la meilleure journée, mais les parents n’aiment évidemment pas ça. Le vendredi est suivi de deux jours de fin de semaine, alors, quand ils reviennent la semaine suivante, c’est comme si rien ne s’était produit.»

Comme dans bien des cas, les conclusions peuvent varier selon la publication. D’autres travaux réalisés aux États-Unis et ailleurs dans le monde ne voient pas d’effets néfastes à cette transition. Des études relèvent aussi des avantages comme la réduction de cas d’intimidation.

Le ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance a d’ailleurs partagé une liste composée d’une dizaine de travaux de recherche qui ont été utilisés comme références dans le lancement du projet-pilote du côté anglophone.

Bien qu’elle soit en apparence nouvelle du côté anglophone, cette pratique existe déjà du côté francophone. Les réalisations du côté francophone ont servi de point de référence lors de l’élaboration des détails du projet-pilote dans le secteur anglophone.

Diana Chávez, porte-parole du ministère, confirme toutefois que les districts scolaires francophones sont en train de recueillir et d’analyser les données provenant de leurs projets pilotes individuels et les résultats devraient être disponibles dans les prochains mois.

Paul Bennett a d’ailleurs critiqué cette absence de données concrètes lorsque le projet-pilote a été annoncé du côté anglophone.

L’exemple le plus récent provient du District scolaire francophone du Nord-Ouest qui a mis en place un projet pilote permettant d’implanter des vendredis pédagogiques hebdomadaires dans trois écoles du Restigouche-Ouest au cours de la dernière année scolaire. Celui-ci sera étendu à l’ensemble des écoles du district en 2025-2026.

Le directeur général du DSFNO, Luc Caron, a assuré que l’initiative a engendré des résultats concluants dans cette région, que ce soit au niveau de l’impact sur les élèves et les enseignants, ou par l’entremise des commentaires positifs au sein la communauté.

«Dans nos dernières évaluations provinciales en lecture 3e année, 100% des élèves de l’École Mgr-Martin ont réussi leur évaluation, ce qui représente un gain important par rapport à l’année précédente. On a noté des améliorations similaires à l’École Marie-Gaétane», avait mentionné M. Caron lors d’une entrevue à l’Acadie Nouvelle.

Il a confié avoir pris connaissance de l’engouement pour le projet à la suite d’une tournée de ses 18 écoles. La présidente de l’Association des enseignants francophones du Nouveau-Brunswick, Stéphanie Babineau, a reçu une rétroaction similaire lorsqu’elle a elle-même visité les écoles du Nord-Ouest.

Un exercice similaire a été réalisé pour les écoles du District scolaire du Nord-Est alors que la quasi-totalité des vendredis a été désignée comme journée pédagogique. Au primaire, cela se traduit par des congés pour les enfants l’après-midi, alors qu’au secondaire, la moitié des vendredis du calendrier sont des congés pour les élèves.

Le District scolaire francophone Sud a offert la possibilité à ses écoles de maintenir le calendrier scolaire traditionnel de cinq jours par semaine ou de piloter un «calendrier scolaire innovant» qui leur offre plus de flexibilité certains vendredis.

Dans la plupart des cas, les raisons évoquées pour aller de l’avant avec ce nouvel horaire étaient sensiblement les mêmes: donner aux enseignants du temps pour accroître la fréquence de leurs rencontres et développer des stratégies pour améliorer l’enseignement et l’aide apportée aux élèves; réduire le taux d’absentéisme; et permettre aux élèves qui pratiquent certains sports ou autres activités d’avoir des fins de semaine un peu plus longues.

 

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  • Date de création 10 juillet, 2025
  • Dernière mise à jour 17 août, 2025
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