La Belle-Alliance souligne le 25e du jugement Arsenault-Cameron sur les droits scolaires
La Voix acadienne - La Belle-Alliance a profité de son assemblée générale annuelle pour souligner le 25e anniversaire du jugement Arsenault-Cameron sur les droits scolaires, rendu en janvier 2000, par la Cour suprême du Canada. Ce jugement a reconnu le droit des parents de Summerside, représentés par les appelantes Madeleine Costa (alors Costa-Petitpas) et Noëlla Arsenault (alors Arsenault-Cameron) et la Fédération des parents, à une école dans leur communauté. S’en est suivi l’ouverture de nombreuses écoles autant ici dans la province qu’ailleurs au pays.
Jacinthe Laforest / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne - ATL
C’est difficile de résumer 25 ans d’histoire sans mélanger quelques dates et sans que des relents d’amertume remontent à la surface. «Cela m’a toujours blessée que mon nom ne soit pas associé au jugement, alors que j’étais une des appelantes avec Noëlla», a insisté Madeleine Costa, pour tenter de rectifier ce qui, pour elle, est une erreur. «Je l’ai souligné en diverses occasions à de nombreuses personnes, mais ça persiste et j’aimerais que ce soit corrigé», a-t-elle lancé, prenant la parole juste avant la clôture de la rencontre, et après que tous les invités à la table ronde se soient exprimés.
À cette table, La Belle-Alliance avait réuni Guy Labonté, ancien président de La Belle-Alliance, ancien président de la SAF’Île (alors SSTA) et fier grand-papa, Fitia Razafindrakoto, élève à l’École-sur-Mer, Mylène Ouellette, enseignante à l’École-sur-Mer, Hervé Poirier, premier directeur de l’École-sur-Mer, Marcia Enman, directrice de La Voix acadienne, et Tina McInnis, née Bernard, qui a conservé son statut d’ayant droit pour ses enfants grâce à la clause grand-père, et ce, même si elle ne parle pas français.
Pour toutes ces personnes l’impact du jugement Arsenault-Cameron-[Costa-Petit-pas] a été vécu de façon différente. Hervé Poirier, très prompt à corriger toutes les erreurs de date, a été le premier directeur de l’ÉSM, même avant qu’elle porte ce nom. À l’époque, l’attribution d’un budget de 6,2 millions de dollars pour la construction de l’école (1re à 6e année) et du centre communautaire avait fait sourciller la majorité anglophone, étant donné le petit nombre d’élèves. «Je pense que depuis, ces personnes ont changé d’avis», a suggéré Hervé Poirier.
Mylène Ouellette, aujourd’hui enseignante à l’ÉSM, a grandi à Summerside. Elle faisait partie des jeunes de cette région qui prenaient l’autobus matin et soir pour se rendre à l’École Évangéline, à Abram-Village, parce que leurs parents tenaient à leur procurer une éducation dans une école française. La mise à disposition de cet autobus était le résultat des démarches entreprises dans les années 1980 par Florence Hardy de Summerside, après le rapatriement de la Charte canadienne des droits et libertés, en 1982, et du fameux article 23.
«Je me souviens que lors d’une rencontre à Summerside, autour de l’ouverture de l’école, j’avais mentionné que je faisais mes études en musique et Madeleine m’avait alors demandé si je reviendrais enseigner la musique à l’école. Ce n’était pas du tout mon plan. Et pourtant, j’ai enseigné la musique, puis j’ai changé de poste et en septembre, je retourne à l’enseignement de la musique», a-t-elle annoncé.
Guy Labonté est le fier grand-papa d’enfants qui ont fréquenté l’École-sur-Mer. «Ce qui me rend particulièrement fier, dit-il en laissant s’exprimer ses émotions, c’est que mon petit-fils a choisi le collège de la garde côtière francophone pour ses études. Je ne sais pas pourquoi ça me fait pleurer. J’arrête, je ne peux plus parler», a-t-il dit, écourtant son témoignage.
Marcia Enman, directrice de La Voix acadienne, Fiti Océane Razafindrakoto et Tina McInnis ont également offert leur témoignage. Tina McInnis, née Bernard, avoue que lorsqu’elle s’est retrouvée dans une rencontre de parents où tout se passait en français, elle a eu un moment de découragement. «Sur le coup je me suis dit “I don’t think I can do this“, mais avec des encouragements, avec mon père, et les autres parents, je suis restée et mes enfants parlent tous les deux français», a-t-elle fièrement déclaré, ajoutant que sa fille envisage de poursuivre ses études à l’Université de Moncton, après ses études actuelles dans une université anglophone.
Noëlla Arsenault a aussi ajouté son grain de sel, en revenant sur les événements. «25 ans plus tard, on a nos écoles, on est davantage acceptés que dans le passé. Ça a pris du travail, mais on est là. On a nos écoles et ce qu’il faut maintenant, c’est leur donner la chance de grandir.»
Sur une note aigre-douce, elle a confié que ses propres enfants ont été «écœurés du français», au cours des actions en justice et qu’ils ont plutôt décidé d’inscrire leurs enfants en immersion.
PHOTOS :
1- Les invités de la table ronde ont été rejoints par les membres du conseil d’administration de La Belle-Alliance et ainsi que les invitées d’honneur pour une photo souvenir. (Photo : Jacinthe Laforest)
2- Mylène Ouellette au micro. À sa gauche, on voit Hervé Poirier, Marcia Enman et Tina McInnis. (Photo : Jacinthe Laforest)
3- La table ronde sur le 25e anniversaire du jugement Arsenault-Cameron réunissait Guy Labonté, Fitia Océane Razafindrakoto, Mylène Ouellette, Hervé Poirier, Marcia Enman et Tina McInnis. (Photo : Jacinthe Laforest)
4- Hervé Poirier a réuni Madeleine Costa et Noëlla Arsenault, les deux principales appelantes dans la cause ayant mené au jugement, dans un geste de victoire. (Photo : Jacinthe Laforest)
5- Dans le public, Noëlla Arsenault a pris la parole pour raconter quelques souvenirs. (Photo : Jacinthe Laforest)
6- Madeleine Costa et Noëlla Arsenault ont chacune reçu un signe de reconnaissance de La Belle Alliance à l’occasion du 25e anniversaire. La directrice de l’ÉSM, Karen LeBlanc ainsi que la directrice du CPE Le Jardin des étoiles, Katera Arsenault, ont aussi reçu un cadeau. (Photo : Jacinthe Laforest)
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- Date de création 8 juillet, 2025
- Dernière mise à jour 8 juillet, 2025