Le loup au Yukon : entre fascination et controverse

Pour Peter Knamiller, coordonnateur du programme sur les loups au gouvernement du Yukon, « les pressions exercées directement par les humains sur les loups à l’heure actuelle au Yukon ne sont pas préoccupantes. »
Peter Knamiller étudie le loup depuis 15 ans. Il est aujourd’hui coordonnateur du programme sur les loups au gouvernement du Yukon. « Cette population varie d’une région à l’autre, mais, en général, elle est relativement stable dans l’ensemble du Yukon. Les variations d’une région à l’autre s’expliquent en partie par des environnements et des habitats différents, ainsi que par la disponibilité des proies dans ces régions », explique-t-il.
Les loups vivent en meute. « Au Yukon, la taille des meutes varie beaucoup, mais elle peut aller de deux loups jusqu’à 16, d’après ce que j’ai vu », rapporte-t-il. « En moyenne, la taille d’une meute est plutôt de six ou sept loups. Au sein de ces meutes, il y a généralement deux loups dominants, le mâle alpha et la femelle alpha, qui sont les plus expérimentés et qui dirigent en quelque sorte la meute et apprennent aux plus jeunes à survivre. »
Acteur clé dans l’écosystème
« En général, les loups sont ce que nous appelons une espèce clé de voûte, c’est-à-dire qu’elle remplit un rôle écologique essentiel qu’aucune autre espèce ne peut remplir », affirme Peter Knamiller.
« Les loups ont des effets à différents niveaux trophiques [autrement dit, à différents niveaux alimentaires] », ajoute-t-il. « Ils régulent les populations d’ongulés, les orignaux et les caribous, afin d’éviter le surpâturage, ce qui a un effet d’entraînement sur tous les niveaux de la biodiversité et garantit un écosystème stable, sain et équilibré. »
« Si l’on supprime un prédateur clé comme le loup, les populations des espèces qu’il chasse peuvent exploser, repoussant les autres organismes et réduisant la diversité des espèces », précise-t-il.
Charles Cherrier est photographe animalier et a pour objectif de comprendre le comportement des loups depuis qu’il est arrivé au Yukon, il y a cinq ans. Il pose plusieurs caméras en forêt autour de Whitehorse, entre autres, pour observer ces animaux et collabore avec Peter Knamiller.
« C’est un animal qui s’adapte très facilement, mais qui est aussi sensible à son environnement. Dès le moindre changement, il s’en rend compte », partage-t-il. « J’ai observé, il y a un temps, que les loups avaient abandonné la tanière qu’ils utilisaient, car les arbres s’étaient effondrés dans tous les sens à cause d’une tempête. Une autre fois, j’ai mis un piège photo pour prendre avec ma caméra des photos avec un détecteur. Ça ne leur a pas plu. Ils ont fait des détours. Pas grand-chose, peut-être de deux mètres, mais juste assez pour qu’ils ne passent pas à l’endroit où je voulais. Et pourtant, c’était camouflé! »
Espèce controversée
Peter Knamiller rapporte que les loups sont aussi victimes de préjugés. « Au Yukon, les loups ont une grande importance sociale et culturelle, tant pour les Premières Nations que pour les Yukonnais. Pourtant, aujourd’hui encore, comme depuis des siècles, les loups sont souvent perçus comme une espèce controversée. Certaines personnes souhaitent les voir disparaître, tandis que d’autres estiment que les loups sont comme un symbole de la nature sauvage et qu’ils doivent être protégés. »

Les loups sont également accusés de faire diminuer la population de caribous. Une accusation que Charles Cherrier et Karine Genest, documentariste de la faune, productrice, directrice et cinématographe, réfutent.
« On a le problème de la population de caribous qui diminue fortement, comme au Québec, ou en Colombie-Britannique », explique le photographe animalier. « Certes, les populations de prédateurs font diminuer les populations de proies, mais ils ne vont jamais les faire disparaître et ne seront jamais la cause d’une disparition. […] Et puis, les animaux ne font pas ce qu’on appelle de l’overkilling parce que c’est inutile pour eux. »
Charles Cherrier et Karine Genest font également référence à une étude publiée par Peter Knamiller en 2021 sur les populations de loups des lacs du Sud au Yukon. Le but était de savoir si le loup avait un impact sur le déclin de la population de caribous. Finalement, l’étude a révélé que les meutes étudiées tuent des orignaux dans 75 % des cas et des caribous dans 25 % des cas. Les loups s’attaquent donc principalement aux orignaux.
Entente entre les loups et les humains
« Aujourd’hui, nous assistons à une forte augmentation de la population humaine, ce qui accroît les pressions. L’homme s’intéresse davantage à la chasse à l’orignal et au caribou. Toutes ces espèces, y compris les humains, doivent donc être gérées avec soin. Dans les zones où la pression est plus forte, nous devons veiller à maintenir une population durable et saine de toutes ces espèces », explique Peter Knamiller.
« Les loups sont une espèce territoriale et ils protègent leur domaine vital afin d’avoir accès à une source de nourriture et à un habitat substantiels. Et ils défendent ce territoire contre d’autres meutes de loups. Cela peut donc souvent entraîner des décès. À part cela, l’homme est la deuxième cause de mortalité des loups. Il s’agit de la chasse et du piégeage. Ces deux activités sont légales et ont lieu au Yukon. En moyenne, environ 200 loups sont capturés chaque année, 150 par le piégeage et 50 par la chasse. Ce niveau de prélèvement n’est pas très important au niveau de la population », estime le coordonnateur.
« Par conséquent, les pressions exercées directement par les humains sur les loups à l’heure actuelle au Yukon ne sont pas préoccupantes », affirme-t-il.
Il rapporte que « bien qu’ils soient peu fréquents, les conflits entre l’homme et le loup au Yukon suscitent des inquiétudes. En particulier dans les zones où le développement humain s’étend dans l’habitat du loup. Les loups peuvent entrer en contact avec le bétail ou être perçus comme une menace pour les animaux domestiques. Ce qui peut entraîner des conflits. Toutefois, au Yukon, de nombreuses personnes comprennent l’importance des loups dans l’écosystème », estime Peter Knamiller. « Des efforts constants sont déployés pour réduire ces conflits grâce à l’éducation et à des moyens de dissuasion non létaux. »
IJL – Réseau.Presse – L’Aurore boréale


FILMER LES LOUPS
La Franco-Yukonnaise Karine Genest est documentariste de la faune, productrice, directrice et cinématographe. « Le loup fait souvent partie de mes documentaires », rapporte-t-elle. Résidant au Yukon depuis plus de 20 ans, cette dernière puise dans la nature sauvage des territoires nordiques une source constante d’inspiration.
Elle a produit et réalisé deux documentaires : L’esprit des ours (2019) et Arctic Oasis (2020).
« J’ai fait une partie d’un documentaire (Arctic Oasis) qui était relié aux loups. Ce n’était pas seulement les loups du Yukon, mais aussi les loups côtiers, en Colombie-Britannique. J’avais interviewé un chercheur sur l’habitat du loup en Alberta, Marc Boyce, puis j’avais aussi interviewé le biologiste des loups ici, Peter Knamiller. »
Pour elle, réaliser des documentaires et les rendre accessibles au public permet non seulement d’éduquer, mais surtout d’inspirer.

LOUP OU COYOTE?
« Les deux animaux sont souvent confondus, mais nous avons plus de chance de croiser un coyote en ville », rapporte Charles Cherrier.
Néanmoins, il existe plusieurs indices permettant de les différencier. Le coyote est typiquement plus petit que le loup, mais ses oreilles sont plus longues. Le loup fait 90 cm au garrot contre environ 60 cm pour le coyote. La boîte crânienne du loup est relativement plus grande, ainsi que sa carrure. Sa gueule et son museau sont plus fins.
« Le loup ressemble à un chien domestique, comme un berger allemand ou un husky, mais sa tête et ses pattes sont plus grosses, sa poitrine plus étroite et son corps plus long et haut. Les traces de pattes du loup que l’on peut trouver sur les chemins de randonnée sont plus grandes que celles des coyotes », rapporte Karine Genest.
Cette dernière les différencie également par leur façon de communiquer entre eux. « J’ai rarement entendu hurler des coyotes, contrairement aux loups. C’est plutôt comme un bébé qui braille. »
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- Date de création 3 juillet, 2025
- Dernière mise à jour 30 juin, 2025