Pourquoi les niveaux d’eau sont-ils particulièrement bas cette année?
Pour Benoit Turcotte, chercheur en hydrologie à l’Université du Yukon, ce n’est pas la première fois que cette situation se présente, mais il s’agit d’un événement qui est assez rare pour le rapporter.
« Certaines stations hydrométriques enregistrent des données depuis plus de 50 ans. Je pense que la dernière sécheresse notable au Yukon c’était l’hiver de 2018 à 2019, puis l’été 2019 », rapporte l’hydrologue. « En ce moment, c’est un peu plus prononcé. On se trouve quand même proche ou sous les records minimums historiques à quelques endroits, en particulier les rivières qui drainent Kluane et le mont Saint-Élias. »
Comment l’expliquer?
Pour M. Turcotte, cette situation s’explique par une combinaison de facteurs météorologiques. Le faible enneigement, un printemps frais, sec et nuageux, l’absence de pluie et des épisodes de vents forts expliqueraient la baisse du niveau de l’eau.
Selon lui, la neige a fondu trop lentement en raison des températures fraîches, ce qui aurait favorisé l’évaporation de l’eau plutôt que son écoulement vers les nappes phréatiques et les différents cours d’eau.
« Je pense que la fonte est aussi en retard. Il faudrait qu’il fasse quand même assez chaud ou qu’il y ait de la pluie pour que le ruissellement commence plus officiellement. On dirait qu’on a comme besoin d’une petite tape dans le dos pour déclencher les choses », estime-t-il.
Conséquences
Selon l’expert, la sécheresse provoque plusieurs impacts, notamment sur la production d’hydroélectricité.
« Ce serait étonnant qu’on rejoigne la normale d’ici la fin de l’été, par exemple, dans les lacs du Sud […] Ça va donc prendre quelques épisodes de pluie pour nous ramener sur la normale, parce que, sinon, on va avoir un déficit dans notre réservoir. Ça veut dire que l’hiver prochain, on brûle plus de gaz et de diesel. »
Le manque d’eau peut également entraîner une conséquence sur le nombre de feux de forêt. « Quand les lacs et les ruisseaux sont bas, ça veut dire que le sol est sec », explique-t-il.
« Il y a le récréatif également, il y a l’habitat du poisson qui peut être impacté », ajoute M. Turcotte. « S’il y a moins d’eau, les rivières sont moins profondes, ça réchauffe plus vite sous le soleil, donc ça crée des conditions d’habitat qui peuvent être un peu plus difficiles. »
Selon le chercheur, la faune serait épargnée. « Il n’y a probablement pas d’animaux qui vont mourir de soif, car les animaux sont adaptés à trouver des sources d’eau. En revanche, les feux de forêt, indirectement, c’est le seul impact sur la faune que j’entrevois. »
IJL – Réseau.Presse – L’Aurore boréale

Selon Benoit Turcotte, chercheur en hydrologie à l’Université du Yukon, il faudrait plusieurs épisodes de pluie cet été pour que les niveaux d’eau reviennent à la normale.
La normalité qui devient anormale
Pour Benoit Turcotte, chercheur en hydrologie à l’Université du Yukon, « il aurait fallu qu’on s’inquiète des changements climatiques il y a à peu près 30 ans. »
« Il faut que l’on continue de s’inquiéter de plus en plus », estime-t-il. « En effet, plus la planète se réchauffe, plus on devrait s’inquiéter de l’inertie des décisions qui sont prises à plusieurs niveaux. »
Après des records de sécheresse en 2019, puis les inondations en 2021 et 2022, 2025 marque un retour à des niveaux d’eau exceptionnellement bas, selon l’expert. « On a plus d’inondations, plus de sécheresse. On a moins souvent des années normales. On est en train vraiment d’étendre la plage des conditions extrêmes de manière quand même assez rapide. »
« Je pense qu’on a assez de statistiques pour dire que quand on bat des records tout le temps, c’est parce qu’on est dopés. C’est un peu comme un athlète qui se met à battre des records de vitesse à la course, et qui court soudainement plus vite que tous les autres. On est en droit de se demander ce qui se passe », questionne-t-il.
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- Date de création 26 juin, 2025
- Dernière mise à jour 25 juin, 2025