Apprendre à revivre après la perte de l’être aimé
La Voix acadienne - À l’occasion de la Journée internationale des veuves, le 23 juin, deux Acadiennes qui ont perdu leur mari témoignent de leur expérience, de leur douleur, mais aussi de leurs espoirs. Qu’elles aient perdu leur conjoint récemment ou il y a quarante ans, elles ont dû apprendre à vivre différemment.
Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne
«Je n’étais pas une personne pour pleurer, mais je n’ai jamais autant pleuré que ces cinq dernières années», confie Yvonne Pitre.
L’Acadienne a perdu son mari Adelard à 87 ans en octobre 2020 en pleine pandémie de COVID-19. L’octogénaire a vécu ses derniers moments chez lui avec son épouse, infirmière de formation.
«Il n’est pas allé à l’hôpital, j’ai pu le soigner à la maison. Et on a eu beaucoup de visites, des amis, la famille venaient le voir et lui jouer de la musique», se souvient Yvonne.
À cause des restrictions sanitaires liées à la COVID-19, les cinq enfants du couple, éparpillés aux quatre coins du pays, n’ont pas pu se rendre à l’île pour être aux côtés de leur père mourant.
«Ça faisait ça de différent, mais c’était aussi le souhait de mon mari, il ne voulait pas que ses enfants viennent et tombent malades, explique Yvonne. Et puis on se parlait au téléphone, on se voyait en vidéo.»
«Une lumière au bout du tunnel»
Les funérailles ont également été perturbées par la pandémie. Seulement 30 personnes ont pu assister à un service organisé dans un salon funéraire de Summerside. Les cinq enfants d’Yvonne ont seulement pu venir un an après, en 2021, pour enterrer les cendres d’Adelard.
Le mari de Maria Bernard, Robert, a lui disparu subitement en 1982 à l’âge de 42 ans, emporté par une crise cardiaque. Après deux années «très difficiles», l’Acadienne, «complètement perdue et choquée», découvre un groupe de parole organisé par le diocèse de Charlottetown.
Durant dix fins de semaine, elle partage son expérience avec d’autres veuves et réalise qu’elle vit les étapes normales du deuil.
«Même si c’était en anglais, ça m’a beaucoup aidé et ça m’a donné un peu d’espoir. J’ai vu qu’il y avait une lumière au bout du tunnel, que j’étais capable de m’en sortir.»
Quelque temps plus tard, elle met sur pied un groupe de parole en français. Une fois par mois, elle se retrouve avec d’autres veuves francophones au centre Goéland en région Évangéline.
Elle voyage, commence également à s’impliquer dans l’organisation du Festival acadien, au sein de la Société Saint-Thomas-d’Aquin (aujourd’hui SAF’Île).
«J’essayais de voir le positif plutôt que le négatif, témoigne Maria, qui a aujourd’hui 83 ans. Il y avait des journées calmes et tout d’un coup le gros vent se levait, mais ça s’est apaisé au fil des années.»
«J’ai continué à grandir tous les jours»
Après quelques années, Maria, enseignante à l’école Évangéline, décide de reprendre ses études à l’Université de Moncton où elle obtient une maîtrise en service social.
De retour à l’île-du-Prince-Édouard, elle devient la première directrice générale du Carrefour de l’Isle-Saint-Jean à Charlottetown, puis travaille pendant cinq ans à temps partiel pour les écoles de langue française.
«J’ai continué à grandir tous les jours, j’ai fait des choses pour moi que j’aimais», affirme-t-elle.
Depuis le décès de son mari, Yvonne se tient elle aussi «occupée». Guitare, piano, chant, couture, courtepointe, rencontres avec des amis, elle a «toujours quelque chose à faire».
Ses dix petits-enfants et cinq arrière-petits-enfants lui rendent régulièrement visite et une fois tous les deux ans elle va les voir dans l’Ouest canadien.
«Adelard me manque beaucoup, beaucoup, mais je m’arrange bien toute seule. Je fais du mieux que je peux, je n’ai pas le choix», partage Yvonne Pitre.
Elle évoque les souvenirs, les nouvelles «des gens qui sont toujours là» qu’elle aimerait partager avec lui, la musique et les chansons qu’elle aimerait jouer avec lui.
«Mais j’ai toujours eu une attitude positive. Il est mieux parti, il n’a plus de douleurs, plus de souffrances. Là où il est, il est bien, il est à une bonne place, c’est ma foi», dit-elle.
«Quand on fait son deuil, on n’oublie pas l’autre personne, elle nous manque pour toujours, mais on apprend à vivre sans elle», conclut Maria Bernard.
PHOTOS :
1- Après le décès de son mari, Yvonne Pitre a déménagé dans un petit appartement dans la résidence pour aînés indépendants, Parkhill Place, à Summerside. (Photo : Jacinthe Laforest, La Voix acadienne)
2- Lorsque le mari de Maria Bernard est décédé, leur fille avait 15 ans. Deux ans plus tard, leur fille est partie étudier à l’Université de Moncton. «C’était une nouvelle étape, j’ai dû de nouveau apprendre à vivre toute seule», partage Maria. (Photo : Gracieuseté)
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- Date de création 23 juin, 2025
- Dernière mise à jour 23 juin, 2025