La statue de John A. Macdonald revoit le jour à Queen’s Park
La statue de John A. Macdonald, enfermée dans une boîte de bois depuis cinq ans, est à nouveau exposée au grand jour devant l’Assemblée législative de l’Ontario. En plein Mois national de l’histoire autochtone, les planches de bois ont été retirées, mercredi.
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Émilie Gougeon-Pelletier
IJL – Réseau.Presse – Le Droit
La structure de bois qui cachait la statue du premier premier ministre du Canada John A. Macdonald devant l’Assemblée législative de l’Ontario, à Toronto, a été retirée mercredi après-midi, cinq ans après son érection.
La décision, appuyée par les membres progressistes-conservateurs et libéraux d’un comité législatif, a été prise alors que le gouvernement Ford fait face à une forte opposition de la part des dirigeants de Premières Nations concernant son projet de loi 5, qui donne à la province des pouvoirs étendus pour accélérer la construction de nouvelles mines ou d’autres projets d’infrastructure.
La statue avait été recouverte de panneaux gris après que des manifestants du mouvement Black Lives Matter l’avaient éclaboussée de peinture rose, en 2020.
C’est l’une des nombreuses statues à l’effigie de John A. Macdonald à avoir été vandalisées ou entièrement retirées en raison du rôle de ce premier premier ministre du Canada dans la création du système de pensionnats autochtones au Canada.
À Queen’s Park, les pavés autour de la statue cachée ont parfois été recouverts de chaussures d’enfants en guise de commémoration improvisée pour ceux qui sont morts ou qui ont été maltraités dans ces pensionnats.
Ces souliers ont été déplacés à l’intérieur de l’Assemblée législative.
Une erreur sur la plaque
Une plaque expliquant que l’Assemblée législative de l’Ontario «est un lieu de débat et de délibérations sur des questions importantes pour notre province» a été érigée à côté de la statue.
Or, la version française du message inscrit sur cette plaque contient une erreur de grammaire.
«Bien que nous ne puissions pas changer l’histoire don’t [sic] nous avons hérité, nous pouvons façonner l’histoire que nous souhaitons léguer aux générations futures», peut-on lire.
Questionnée à ce sujet, la présidente de la Chambre, Donna Skelly, a assuré qu’il s’agit là d’une erreur d’inattention, mais qu’elle allait s’en occuper.
«Nous nous en occuperons immédiatement», a-t-elle assuré, ajoutant que l’erreur devrait être corrigée d’ici une semaine.
C’est le président de l’Assemblée législative qui préside les débats en chambre, mais aussi les travaux qui ont lieu sur le terrain du parlement ontarien.
Cette erreur ne surprend pas la députée franco-ontarienne, France Gélinas.
«C’est honteux. Mais je ne suis pas surprise. À Queen’s Park, c’est toujours comme ça. Pour quelque chose d’aussi important que ça, on n’a même pas pris la peine de vérifier l’orthographe en français. Quelle honte», a déploré la porte-parole néo-démocrate aux Affaires francophones.
Le leader autochtone du territoire algonquin de Kitigan Zibi, Albert Dumont, note que John A. Macdonald n’avait «aucun amour ou de respect envers les Canadiens français».
«Je ne sais pas qui a écrit la plaque, mais par droit, par simple bon sens et en faisant ce qui est juste, ils auraient dû demander aux Autochtones de rédiger la plaque», note celui qui a mené la revendication de renommer la promenade Kichi Zībī Mīkan, à Ottawa, anciennement nommée la promenade «Sir-John-A.-Macdonald».
Pas assez
Donna Skelly est d’accord qu’une simple plaque n’est pas suffisante. «C’est vrai que ce n’est pas assez. Mais ce que nous pouvons faire, c’est travailler avec les communautés des Premières Nations - ce que nous avons fait - pour leur demander comment elles veulent être reconnues en fonction de tout le travail qu’elles ont accompli et de ce qu’elles ont apporté à l’Ontario, comment elles veulent que cela soit représenté sur le terrain de Queen’s Park, et aussi comment elles veulent que le fléau du système des pensionnats autochtones soit représenté sur le terrain de Queen’s Park.»
Un comité a mené des consultations au cours des deux dernières années, rappelle-t-elle, pour demander l’opinion des dirigeants des Premières Nations.
«Il faut que ce soit quelque chose qui soit proposé par les dirigeants autochtones, les membres autochtones, et j’ai hâte de les entendre, et j’accueillerais à bras ouverts toute proposition», conclut-elle.
Manifestations à prévoir
N’empêche, certains membres des Premières Nations ne seront partants à collaborer avec l’Assemblée législative de l’Ontario de sitôt.
Après l’adoption du controversé projet de loi 5, le 4 juin dernier, les relations entre le gouvernement Ford et certaines Premières Nations sont fragiles.
Ils sont plusieurs à s’être rendus à Queen’s Park, lors de l’adoption du projet de loi, pour faire part de leur opposition.
«Cette bataille n’est pas terminée. Nous allons vous rencontrer sur le terrain», a lancé le grand chef de la Nation Nishnawbe Aski, Alvin Fiddler.
Il a aussi déclaré que la Nation Nishnawbe Aski ne prendra ni le premier ministre Doug Ford ni son gouvernement au sérieux.
«Nous ne collaborerons plus du tout avec lui à l’avenir.»
L’ancien chef de la Première Nation Neskantaga, Chris Moonias, a suggéré que les mesures à prendre commenceraient par empêcher les sociétés minières et autres d’accéder à leurs terres.
«Nous allons fermer la ceinture de feu. Peu importe ce que ça implique, c’est ce que nous allons faire, je vous le promets.»
«Notre diplomatie prend fin aujourd’hui», a déclaré le chef adjoint du NPD, Sol Mamakwa, qui représente la circonscription de Kiiwetinoong, dans le nord de l’Ontario, où vivent de nombreuses Premières Nations et la région de la «ceinture de feu», riche en minéraux.
«On ne peut pas bafouer les droits des personnes qui vivent sur ces terres ancestrales sans conséquences», a-t-il déploré.
Gestes illégaux
Le premier ministre ontarien Doug Ford a prévenu ceux qui prévoient commettre des gestes illégaux en manifestant contre les mesures gouvernementales.
«On ne peut pas enfreindre la loi. C’est aussi simple que ça… Ils devront passer à autre chose, sinon ils seront traités comme il se doit», a-t-il déclaré la semaine dernière, avant de préciser qu’il ne dirigeait pas la police et que toute application de la loi relèverait de la Police provinciale de l’Ontario ou des services de police locaux.
En ce qui concerne les possibles gestes de vandalisme envers la statue de John A. Macdonald à Queen’s Park, la présidente Donna Skelly indique que ce ne sera pas toléré.
«Je peux garantir qu’il n’y aura aucun acte de vandalisme, mais je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour l’empêcher. Il y aura des conséquences si cette statue ou tout autre monument de Queen’s Park est vandalisé.»
Le député franco-ontarien Guy Bourgouin, du NPD, est convaincu: «Il va y arriver quelque chose, à cette statue-là. On n’aurait pas dû la découvrir. On aurait dû l’amener dans un musée, où on aurait pu mieux expliquer son histoire», juge-t-il.
Si quelqu’un décide de vandaliser cette statue, «je comprendrais», dit quant à lui Albert Dumont.
«J’espère qu’on n’aura pas à aller jusque-là, parce que cette statue n’a pas sa place. Mais je comprendrais.»
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Photos:
-La statue de John A. Macdonald, à Queen's Park, est l'une des nombreuses statues du premier premier ministre canadien à avoir été vandalisées ou entièrement retirées en raison de son rôle dans la création du système de pensionnats autochtones au Canada. (Émilie Gougeon-Pelletier/Émilie Gougeon-Pelletier)
-La plaque installée à côté de la statue de John A. Macdonald, à Queen's Park, comprend une faute d'orthographe. (Émilie Gougeon-Pelletier/Le Droit)
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- Date de création 12 juin, 2025
- Dernière mise à jour 12 juin, 2025