Intelligence artificielle: un outil appelé à devenir indispensable pour les policiers, mais encore sous-utilisé

Alors que divers corps policiers au pays tentent de tirer profit de l’intelligence artificielle, les forces de l’ordre au Nouveau-Brunswick ne commencent qu’à se familiariser avec cette évolution technologique du moment.

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Bobby Therrien

IJL – Réseau.Presse – Acadie Nouvelle

La constable Martine Losier-Roy explique que, comme toutes les divisions de la Gendarmerie royale du Canada au pays, la GRC du Nouveau-Brunswick cherche des moyens d’intégrer de nouvelles technologies telles que l’intelligence artificielle afin d’améliorer certaines techniques d’enquête.

«La GRC s’engage à intégrer ces technologies de manière légale et éthique, conformément aux politiques du gouvernement du Canada.»

Selon la constable Losier-Roy, la GRC du Nouveau-Brunswick a récemment exploré l’utilisation de l’intelligence artificielle pour transcrire des déclarations audio et surveille actuellement les résultats obtenus.

Pour ce qui est de la police régionale BNPP, le chef Roger Clavet ne croit pas que l’intelligence artificielle fait partie des outils qui sont utilisés pour le moment.

Idem pour la Force policière d’Edmundston qui n’a pas encore intégré l’intelligence artificielle dans ses opérations quotidiennes, même si on admet qu’elle pourrait en faire partie dans le futur.

«On reste à l’affût de ce qui se passe autour. On sait que ça va faire partie de nos opérations, mais on ne sait pas encore quand, comment et à quel degré ce sera utilisé», a laissé entendre le chef adjoint, Martin Perron.

Selon M. Perron, il existe des équipements basés sur l’IA qui pourraient être offerts. Celui-ci croit que la force policière doit s’assurer que les avantages supplantent les inconvénients.

«On parle de produits que l’on pourrait utiliser dans la rédaction de rapports, de la lecture des plaques d’immatriculation. Il y a plein d’options qui s’offrent à nous, mais il y a des coûts qui sont liés à cela. Il faut évaluer nos besoins en lien avec les coûts et l’efficacité du produit.»

Les avantages pour les forces de l’ordre

La semaine dernière, l’Association des directeurs de police du Québec a parlé d’intelligence artificielle lors de son congrès annuel. On a mentionné que l’IA offre des possibilités intéressantes pour les policiers dans les stratégies de lutte à la criminalité, notamment la détection des discours violents ou haineux, la surveillance de lieux publics ou l’analyse de risque.

«Les avancées technologiques sont fulgurantes et la gestion des dossiers est de plus en plus complexe. Il est donc primordial que les policiers aient à leur disposition un outil de travail tel que l’intelligence artificielle si on veut garder notre capacité d’agir contre les réseaux criminels, les groupes extrémistes et les fraudeurs», indique une publication de l’ADPQ.

Dans un article publié par la GRC, il est écrit que même si elle peut servir à des fins criminelles – comme la pédopornographie et les activités frauduleuses –  l’IA peut aussi être utilisée à bon escient.

Le Centre national de coordination contre l’exploitation des enfants (CNCEE) de la GRC l’utilise par exemple pour accélérer les enquêtes où il y a des soupçons d’exploitation sexuelle d’enfants sur Internet. Elle permet d’identifier les enfants et de les retirer de milieux où ils sont agressés ou en danger.

De plus, les policiers qui analysent le disque dur de l’ordinateur d’un suspect peuvent également recourir à l’IA pour identifier tout ce qui correspond à du matériel d’exploitation sexuelle d’enfants, une tâche qui se fait normalement par un humain.

«Certains enquêteurs et experts du groupe sont parents, et c’est parfois pour cette raison qu’ils font ce travail, alors s’ils peuvent passer moins de temps à regarder des images choquantes, c’est mieux pour leur santé mentale», a déclaré le caporal Philippe Gravel, enquêteur au CNCEE.

Toujours selon la GRC, l’IA est une technologie opérationnelle jouant un rôle essentiel dans les services de police modernes. Cette technologie peut ainsi être utilisée pour soutenir une enquête ou recueillir des renseignements criminels, mais peut aussi servir pour de la recherche, de la reconnaissance automatique des plaques d’immatriculation, de la dictée vocale, du filtrage de l’extraction des données, de la traduction, de la reconnaissance faciale et de la fonctionnalité de texte par synthèse vocale.

Les limites et les défis

Comme l’IA peut aussi être un outil dangereux lorsqu’il tombe dans de mauvaises mains, les divers services de police sondés reconnaissent qu’elle peut causer des problèmes aux policiers qui tentent de résoudre des crimes ou même d’en prévenir.

Selon le chef adjoint de la Force policière d’Edmundston, Martin Perron, certaines activités frauduleuses (comme les fraudes grands-parents) qui se sont produites sur son territoire sont des formes de fraude utilisant l’intelligence artificielle.

«Elles vont reproduire des voix pour rendre ça plus réel pour ceux qui se font solliciter. Ça pose un défi, car on doit travailler encore plus fort pour faire la distinction entre la réalité et ce qui est artificiel. Ça devient complexe. Ça devient aussi plus difficile de trouver la source de ces crimes.»

À Edmundston, on ne note toutefois pas une explosion de crimes qui auraient pu tirer profit de l’IA.

Le chef de la BNPP rapporte que dans certains cas, des photos ont été modifiées à l’aide de l’IA pour faciliter un crime. Pour ce qui est d’une utilisation potentielle du côté des policiers, Roger Clavet estime que sa fiabilité demeure une limite.

«Je ne suis pas certain de la façon dont ça pourrait nous aider, car il faut être en mesure de prouver à la cour la provenance des informations. Ça peut permettre d’identifier un véhicule alors que nous avons seulement une photo partielle, cependant, nous devons confirmer l’information par un autre moyen.»

Le président de l’Association des directeurs de police du Québec, Pierre Brochet, a d’ailleurs souligné que «le policier doit demeurer responsable de ses choix stratégiques et opérationnels, car l’IA doit soutenir le travail du policier et non se substituer à son expertise dans la prise de décision.»

De son côté, le criminologue de l’Université Saint-Thomas, Jean Sauvageau, a laissé planer  comme hypothèse que, comme pour toutes les autres avancées technologiques dont a bénéficié la police dans le passé (voiture de patrouille, informatique, preuves scientifiques, incluant l’ADN, etc.), l’IA ne serait pas plus à même de créer une “révolution” dans le domaine de l’application de la loi et de la lutte à la criminalité.

«Les taux de criminalité varient, peu importe ce que la police fait ou ne fait pas.»

Pour Moulay Akhloufi, professeur d’informatique à l’Université de Moncton, l’un des enjeux de l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les villes qui gèrent les services de sécurité ou la police est ce qu’on surnomme la police prédictive.

Il explique que dans certains endroits aux États-Unis, les prédictions émanant de l’IA ciblaient toujours les mêmes zones ou les mêmes quartiers. On prédisait donc de la criminalité dans des quartiers pauvres ou des quartiers où il y avait des Afro-Américains.

«Tu voyais pointer du doigt les mêmes personnes qui subissent les mêmes discriminations. Ce n’est pas ça le souhait. Le souhait, c’est d’avoir un outil qui aide et non pas qui discrimine.»

Bien qu’il considère que l’IA soit très forte et qu’il puisse apporter de l’aide, M. Akhloufi soutient qu’elle se réfère à des biais qui sont présents en raison des données historiques.

«Des fois, il faut faire attention, il faut quand même que quelqu’un vérifie, surtout pour certains types d’applications.»

«Il y a certains types d’applications dont on est sûr. Si, par exemple, il me dit que telle route est en train de se dégrader, etc., je peux avoir confiance. Maintenant, s’il me dit: “Envoie la police dans tel quartier”, il va falloir faire un raisonnement. Il faut que l’humain soit en arrière pour prendre les bonnes décisions.»

Le professeur de droit à l’Université de la Colombie-Britannique, Benjamin Perrin, tend à confirmer les appréhensions manifestées Moulay Akhloufi.

Dans un document publié en 2024, il indique notamment que l’IA peut améliorer l’efficacité de la police et de la sécurité publique, mais qu’elle peut manquer de transparence, perpétuer les préjugés et soulever des problèmes de protection de la vie privée et des libertés civiles.

La GRC a été mise sous les feux de la rampe, en 2021, à la suite des préoccupations – notamment en ce qui a trait à la protection de la vie privée – émanant de son utilisation de la technologie de reconnaissance faciale Clearview AI.

Les préoccupations concernant Clearview AI se sont concentrées sur sa base de données de trois milliards d’images qu’elle a extraites d’Internet sans le consentement des utilisateurs.

Le commissaire à la protection de la vie privée à l’époque avait alors recommandé à l’organisation d’adopter une approche plus structurée pour l’adoption et l’intégration de nouvelles technologies.

De là est né le programme national d’intégration des technologies qui a comme mandat d’assurer que l’utilisation des nouvelles technologies se fasse dans le respect de la Charte canadienne des droits et libertés et de la Loi sur la protection des renseignements personnels.

 

 

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Photo : Archives : Acadie Nouvelle

 

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  • Date de création 11 juin, 2025
  • Dernière mise à jour 11 juin, 2025
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