Eaux protégées à Nunatsiavut
La nouvelle aire protégée protégera jusqu'à 17 000 km2 de la région marine du plateau continental du Labrador. Région inuite souvent fréquentée par les Innus au fil du temps, les leaders environnementaux et autochtones du Big Land s’y réjouissent.
Cody Broderick
IJL - Réseau.Presse - Le Gaboteur
En novembre dernier, le président du Nunatsiavut, Johannes Lampe, le président de Makivvik, Pita Aatami, et Steven Guilbeault, le ministre de l'Environnement et du Changement climatique et ministre responsable de Parcs Canada de l’époque, ont signé un protocole d'entente pour créer une nouvelle aire marine nationale de conservation dans le nord du Labrador protégée par les Inuits.
Région située à côté du parc national des Monts-Torngat, la région proposée abrite des fjords, des ours polaires, des baleines, des dauphins, des phoques, des oiseaux de mer nicheurs et migrateurs, de la sauvagine et une variété d'espèces de poissons. «Si établie, cette aire protégée proposée contribuera jusqu'à 0,29 pour cent, soit près de trois fois la taille de l'Île-du-Prince-Édouard, à l'objectif ambitieux du gouvernement du Canada de protéger la biodiversité et de conserver 30 pour cent des aires marines et côtières d'ici 2030», lit-on dans le communiqué de presse.
s.titre: Témoignage sur glace
«La culture, les connaissances, les moyens de subsistance et la santé des Inuit du Labrador sont directement liés à l'océan. Nous nous réjouissons à l'idée de poursuivre les progrès vers la gestion des eaux au large de nos côtes et dans la protection de la culture et de l'identité des Inuit du Labrador, ainsi que des poissons et des animaux dont nous dépendons pour nous nourrir», se réjouit monsieur Lampe.
Cette nouvelle aire protégée serait gérée par les Inuits du Nunatsiavut, et selon le communiqué de presse, l'initiative proposée respecte l'intendance inuite, souligne l'importance des connaissances inuites dans la planification et la mise en œuvre de la conservation et soutient le plan marin du Nunatsiavut.
Depuis 2017, leader environnemental innue, Valérie Courtois, directrice générale et cofondatrice de l’organisme national Initiative de leadership Autochtone, travaille avec Students on Ice, un organisme qui propose aux jeunes des expéditions éducatives dans les régions polaires. Ayant déjà effectué deux voyages avec l’organisme, elle rappelle que les Innus au Labrador sont également présents depuis longtemps dans ces eaux. «On est aussi des gens de la mer. Et ce côté-là, c'est quand même un côté qui avait été beaucoup oublié», dit-elle.
L'été prochain sera la troisième année qu’une expédition aura lieu au Labrador. Madame Courtois était à bord pour toutes les expéditions et compte y participer encore cette année. En plus d'exposer les jeunes à ces environnements, le programme a pour objectif de les faire collecter des données et de contribuer à la planification marine.
À partir du 12 juillet, dans le cadre du 25e anniversaire du programme, les jeunes de 14 à 18 ans se rassembleront avec des aînés autochtones, artistes et spécialistes au Labrador. À bord du brise-glace Oqwatnukewey Eleke'wi'ji'jit, ils départiront de Happy Valley-Goose Bay, où réside madame Courtois, pour se rendre à Nain, au parc national des Monts Torngat, puis à Kuujjuaq, au Nunavik, dans le nord du Québec.
«J'ai la chance de voir les plongeurs travailler, de voir ce qui est artificiel, ce qui remonte, la cartographie», explique Valérie, qui note également la présence des traces innues dans la région. En visitant des îles marines «qui sont vraiment loin du bord», l’équipage a trouvé par exemple des ronds de cerfs et des signes anciens d'occupation. «C'est impressionnant comment les gens sont allés loin pour aller chercher les oiseaux marins, par exemple, [ou] les œufs de ces oiseaux marins-là [...] c'est impressionnant.»
Cette aire marine protégée ne fait qu'effleurer la surface, selon madame Courtois. «Il y a beaucoup de régions ici où le fond marin n'a jamais été cartographié, par exemple. Et de comprendre cette dynamique-là, parce qu'en tant qu’Innus, on se pense souvent des gens de la forêt ou des gens d’autour de l'eau.»
«J'espère qu'on va commencer à reconnaître que des Innus, c'est aussi des peuples de la mer.»
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Photo: Nain famille accueil_Sophie Tremblay Morissette
Photo: Sophie Tremblay Morisette (Archives Le Gaboteur)
Caption: «On est aussi des gens de la mer», dit l’Innue Valérie Courtois. «Et ce côté-là, c'est quand même un côté qui avait été beaucoup oublié.»
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- Date de création 5 mai, 2025
- Dernière mise à jour 5 juin, 2025