Le plastique, un incontournable en agriculture?

Vous êtes-vous déjà demandé où vont les plastiques récupérés à la ferme? Bien que les programmes de récupération existent depuis des années, la réutilisation des plastiques reste limitée et il semble peu probable, à court terme, qu’on lui trouve un substitut économiquement viable.

 

Jean-Marc Dufresne

IJL – Réseau.Presse – Agricom

En 2024, le programme AgriRÉCUP a contribué à récupérer plus de dix millions de kilogrammes de plastiques et de produits agricoles à l'échelle du Canada. Cette quantité inclut des contenants de pesticides et de fertilisants, des sacs-silos à grains, des plastiques d’ensilage, de la ficelle, etc. Si les agriculteurs sont mobilisés, les membres d’AgriRÉCUP sont plutôt des détaillants agricoles qui sont à la fois des points de vente et de récupération des contenants et emballages. L’organisme en compte 210 à travers le Canada.

Si l’on doit se réjouir de constater que tout ce plastique ne finira pas dans les sites d’enfouissement, cette statistique force l’industrie agroalimentaire à s’interroger sur son addiction aux dérivés de pétrole, surtout dans un milieu où leur usage pose un risque de générer des microplastiques dans l’alimentation.

Plus d’usage ou de recyclage?

À première vue, agriculteurs et éleveurs ont à cœur de participer aux programmes de récupération. « En 2024, ce sont pas moins de 96 600 barils et réservoirs recyclés de pesticides et de fertilisants qui ont été récupérés, une augmentation de 8% par rapport à 2023 », indique Kim Timmer, directrice des parties prenantes d’AgriRÉCUP.

Encore mieux: AgriRÉCUP a procédé à la collecte de 996 000 kilogrammes de sacs (semences, pesticides, fertilisants, inoculants, moulée, produits horticoles) l’an dernier, un bond de 26% par rapport à 2023. L’organisme note une augmentation de la participation au programme de recyclage des sacs de moulée, de litière et des sacs de mousse de tourbe. Même les acériculteurs embarquent: le recyclage de la tubulure acéricole a atteint 733 000 kg, soit une augmentation de 28% par rapport à 2023.

Curieusement, le but du programme AgriRÉCUP n’est pas de décourager l’usage des contenants et emballages plastiques, mais plutôt d’encourager leur récupération et promouvoir l’économie circulaire.

« Présentement, le plastique récupéré est recyclé sous forme de drains agricoles, qui sont très populaires en Ontario et au Québec », affirme Mme Timmer; « On fait aussi des poteaux de clôtures agricoles, des matériaux composites utilisés dans la construction industrielle, des palettes en plastique, des garde-corps et bordures de stationnement. Mais notre rêve est de recycler de contenant à contenant, c’est-à-dire qu’une bouteille d’herbicide sera recyclée pour faire une bouteille d’herbicide », souligne-t-elle.

Recycler ou remplacer

Mais si on récupère plus, n’est-ce pas parce qu’on en consomme aussi davantage? « Nous constatons une augmentation du taux, mais cela peut être attribué à une augmentation des ventes de contenants (par exemple, due aux conditions météo), un plus grand nombre de fabricants participants à AgriRÉCUP, ou encore une meilleure familiarité des producteurs avec nos programmes. Les chiffres de récupération varient, car ils dépendent directement des besoins des agriculteurs et de leur planification annuelle des cultures. Par exemple, un produit acheté en 2023 peut n'être retourné qu'en 2024, ce qui fait fluctuer nos statistiques annuelles », explique la directrice.

L’autre question qui se pose est à savoir si ces produits de plastique ne pourraient pas être remplacés par d’autres matières biodégradables, comme le chanvre, la fibre naturelle ou d’autres matières organiques.

Pour le professeur et directeur principal du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie, Sylvain Charlebois, c’est une démarche à long terme. « On connaît la solution au problème, c’est la volonté qui manque, politique ou manufacturière. D’abord, c’est une question de coût: il faut trouver une alternative abordable avec un minimum d'impact sur le prix des denrées alimentaires; ensuite, il faut un matériau qui garantit la salubrité et la fraîcheur du contenu. »

Un choix forcé

M. Charlebois croit que comme c’est le cas dans d’autres domaines, il faudra probablement une décision gouvernementale avec une date butoir pour donner le temps à l’industrie de trouver des alternatives.

Selon lui, les produits issus de la récupération seront plus difficiles à écouler à l’extérieur du pays. D’une part, l’Europe a des normes très strictes relatives aux plastiques recyclés et d’autre part, les États-Unis ont déjà les moyens de produire ces plastiques à des coûts moins élevés qu’au Canada.

« Je salue les agriculteurs qui prennent de leur temps très occupé à la ferme pour rincer et venir porter les contenant et emballages à récupérer.  C’est une belle preuve de leur engagement envers l'environnement », estime Mme Timmer.

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Légende photo 1 : De la mise en ballot jusqu'aux contenants d'engrais et de pesticides, le plastique est encore omniprésent à la ferme.

Légende photo 2 : Kim Timmer aspire à ce que chaque contenant de plastique soir recyclé en un autre contenant de plastique.

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  • Date de création 28 mai, 2025
  • Dernière mise à jour 2 juin, 2025
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