Des lobbyistes comme Brian Gallant et Shawn Graham font tiquer les conservateurs

Le fait que d’anciens ministres et premiers ministres libéraux figurent dans le registre des lobbyistes fait réagir le chef PC Glen Savoie, qui dit que cela soulève des problèmes de perception publique et de favoritisme avec le gouvernement libéral de Susan Holt. La première ministre dit le contraire.

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Alexandre Boudreau

IJL – Réseau.Presse – Acadie Nouvelle - Atl

Plusieurs anciens ministres ou autres partisans libéraux figurent au registre des lobbyistes du N.-B. Ils y sont enregistrés au nom d’entreprises ou d’organismes qui veulent avoir l’oreille du gouvernement Holt.

C’est notamment le cas de deux anciens premiers ministres libéraux, Brian Gallant et Shawn Graham, ainsi que de l’ancien chef de cabinet de Brian Gallant, Jordan O’Brien, qui est lobbyiste de longue date. Susan Holt a déjà occupé un poste de cadre au Secrétariat du conseil de l’emploi, un organisme gouvernemental au sein du gouvernement Gallant.

«Est-ce que les autres gens partout dans la province ont le même accès à Susan Holt que ses anciens chefs? Est-ce qu’ils ont assez d’argent pour atteindre le niveau nécessaire pour avoir des réunions, des rencontres avec la première ministre?», se demande Glen Savoie.

Susan Holt dit partager certaines des mêmes préoccupations que le chef de l’Opposition, et dit qu’elle veut «renforcer» le registre des lobbyistes en les obligeant, par exemple, à divulguer leurs activités plus rapidement et en fournissant plus de détails.

«Je pense que les Néo-Brunswickois méritent de savoir qui essaie de convaincre qui de quoi, et ce n’est pas le cas aujourd’hui», soutient la première ministre. Son gouvernement a demandé au Commissaire à l’intégrité de formuler des recommandations pour améliorer la loi.

Susan Holt souligne que même si une entreprise s’offre les services d’un lobbyiste, elle sera «traitée de la même manière» que d’autres entreprises, groupes de pression ou individus qui n’en ont pas.

Selon elle, son gouvernement n’est pas non plus davantage réceptif aux revendications des lobbyistes libéraux parce qu’il se soucie des apparences que cela pourrait donner.

«Quand quelqu’un est clairement libéral… Pour moi, c’est comme “ah non”, on regarde ça d’une façon différente, parce qu’on sait quelles sont les perceptions, alors on ne veut pas donner des avantages à des anciens, on veut qu’ils aient le même accès.»

David Coon, le chef des verts, n’est pas surpris que plusieurs libéraux soient lobbyistes.

«C’est normal depuis longtemps que d’anciens politiciens, d’anciennes équipes de politiciens travaillent pour les entreprises de lobbying.»

Le vrai défi, selon lui, provient plutôt de faiblesses dans la loi qui entoure le lobbying. Par exemple, selon le chef des verts, celle-ci oblige la publication d’informations sur les rencontres avec les ministères, mais pas avec le bureau de la première ministre.

Réactions aux questionnements de Glen Savoie

Brian Gallant, qui n’a pas répondu à notre demande d’entrevue, est enregistré comme lobbyiste pour le groupe Aecon, une compagnie de construction qui s’est déjà chargée de projets comme des pipelines ou des centrales hydroélectriques.

Glen Savoie s’est demandé à voix haute, pendant la période de questions, s’il y a un lien entre cette entreprise et la centrale au gaz naturel de 400 mégawatts que prévoit construire Énergie NB à Scoudouc, dans le Sud-Est.

Susan Holt a dit ne pas être au courant de quelle entreprise s’occupera de ce dossier.

«Énergie NB a un processus d’appel d’offres, ils suivent les étapes», a-t-elle indiqué pendant la période de questions.

L’ancien premier ministre Shawn Graham est lobbyiste pour le compte de «Fertility Partners/Université de Moncton».

Glen Savoie s’est demandé s’il y a un lien avec l’enveloppe de 1,9 million $ du gouvernement Holt, annoncée le 30 avril, qui servira notamment à rembourser un cycle de fécondation in vitro ou d’insémination intra-utérine pour les gens qui veulent fonder une famille.

L’annonce a pris place à la clinique Conceptia, à Moncton, qui est la seule clinique de fertilité au N.-B. Elle fait partie de Fertility Partners, un réseau national de cliniques du même genre.

«Ce sont deux dossiers complètement séparés», réplique Shawn Graham en entrevue.

«L’Université de Moncton cherche à construire un nouveau centre d’excellence en matière de fertilité, et nous évaluons comment Fertility Partners pourrait jouer un rôle de partenariat dans ce centre.»

Un collègue de Jordan O’Brien rejette aussi les questionnements de Glen Savoie sur la perception de favoritisme.

«C’est assez absurde. Nous opérons dans cette province depuis cinq ans maintenant», dit Tim Porter, cofondateur de la firme de relations publiques Porter O’Brien avec Jordan O’Brien. Il dit que l’entreprise a pris de l’ampleur alors que le gouvernement Higgs était au pouvoir, mais que la firme n’a pas une relation plus favorable avec un parti qu’un autre.

Tim Porter fait remarquer que le gouvernement précédent avait été lobbyé par l’entreprise Irving Oil, l’ancien employeur du premier ministre Blaine Higgs.

«Je ne vois pas vraiment de différence», dit-il.

Un cadre légal très faible

Noah Fry, doctorant à la faculté des sciences sociales de l’Université McMaster, s’intéresse au lobbyisme et au fait que plusieurs politiciens choisissent de devenir lobbyistes après avoir quitté leurs fonctions.

«Ça s’appelle le lobbyisme des “portes tournantes”, et c’est très répandu partout au Canada.»

La loi au N.-B. prévoit déjà une période de restriction imposée aux ministres ou aux hauts fonctionnaires qui quittent leurs fonctions gouvernementales. Ils ne peuvent pas agir comme lobbyistes pour un an après avoir quitté leurs fonctions.

Selon Noah Fry, ces périodes de restriction ailleurs au pays peuvent parfois être aussi longues que cinq ans. Il dit que Glen Savoie n’a pas tort de souligner le problème des portes tournantes en raison du court délai au N.-B., mais que les personnes qu’il mentionne ne feraient face à aucun obstacle pour exercer la profession de lobbyiste partout au Canada.

«Il y a la perception, et il y a la loi», dit-il.

Selon lui, il y a des critiques légitimes à faire du cadre légal qui entoure les lobbyistes au N.-B., qui est l’un des plus faibles au pays, toujours selon le chercheur.

Mais il juge que la courte période de restriction d’un an n’est pas nécessairement la première priorité à régler puisqu’il existe d’autres problèmes sur le plan légal et pratique, comme l’accès au registre, le manque de ressources du commissaire à l’intégrité, et le manque de moyens de sévir contre les infractions à la loi.

«Qu’est-ce qui se passe quand on enfreint la loi? Comment est-ce qu’on identifie les entreprises qui ne divulguent rien? Tout ça pose problème.»

 

 

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Photo : La première ministre Susan Holt, le 30 mai 2025, à Fredericton. - Acadie Nouvelle: Alexandre Boudreau

 

 

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  • Date de création 2 juin, 2025
  • Dernière mise à jour 2 juin, 2025
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