Garder ses distances pour protéger les renards

La Voix acadienne - Le printemps est synonyme de retour des renards dans la province. Les scientifiques recommandent cependant de ne pas les approcher. Les nourrir facilite la transmission de maladies entre individus, les soigner contribue à développer des sistances aux médicaments au sein de la population. 

Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne

La saison des renards roux est arrivée à l’Île-du-Prince-Édouard. Les renardeaux, nés autour du mois de mars, commencent à quitter leur tanière et courent partout.  

L’écologiste des maladies de la faune, Maureen Murray, insiste sur le besoin de leur laisser de l’espace : «Il est vraiment important de garder une distance de sécurité avec les tanières, parce que les renards sont très protecteurs avec leurs petits.»

«S’approcher trop près pourrait inciter une famille à déménager, ce qui peut être stressant. Les adultes sont obligés de transporter leurs petits dans leur bouche sur de longues distances», ajoute-t-elle.

La spécialiste explique que les jeunes individus apprennent d’abord à manger «une variété d’aliments», allant des plantes et des baies, aux petits mammifères et aux amphibiens.

Là encore, elle recommande de «ne pas interférer» : «Il faut laisser les parents enseigner à leurs jeunes comment trouver de la nourriture naturellement.»

Explosion de gale en 2018

«Nourrir les renards augmente artificiellement leur nombre en milieu urbain, à Charlottetown ou Summerside», abonde dans le même sens le professeur émérite au Collège vétérinaire de l’Atlantique, Pierre-Yves Daoust. 

Résultat, selon le vétérinaire, des maladies comme la gale se propagent plus facilement et rapidement, «car les individus sont en contact plus étroit les uns avec les autres pour trouver de la nourriture dans les cours et autres jardins.»

En 2018, une épizootie - épidémie chez les animaux - de gale, due à un parasite, a ainsi décimé la population de renard insulaire, notamment dans la région de Charlottetown. 

«L’explosion est passée. La population est en train de se reconstituer, mais reste inférieure à ce qu’on a connu», précise Maureen Murray. 

Sur le terrain, certaines associations comme Fox Aid PEI tentent de soigner les renards malades, en leur distribuant des médicaments. Une pratique que les deux scientifiques déconseillent fortement. 

«Malgré les meilleures intentions du monde, c’est problématique de vouloir traiter des animaux sauvages, estime Pierre-Yves Daoust. Il vaut mieux laisser les populations se réguler elles-mêmes.»

À ses yeux, la distribution de médicaments «au hasard» dans la nature ne fait «aucune différence» : «On ne peut pas s’attendre à régler le problème, on ne sait pas quelle espèce en profitera réellement, combien d’individus malades en profiteront réellement.»

«Laisser les populations se réguler elles-mêmes»

Selon Maureen Murray, soigner les renards de cette façon contribue au contraire à renforcer la résistance des parasites aux médicaments vétérinaires, «qui sont souvent utilisés de manière inappropriée ou incomplète.»

«Si les animaux malades sont gardés en vie plus longtemps,les parasites peuvent aussi se propager à d’autres renards pendant une période plus longue, poursuit-elle. Nous perturbons donc des processus qui se déroulent naturellement chez les animaux sauvages et risquons d’aggraver la situation.»

Pour préserver l’espèce, Maureen Murray met plutôt en avant la nécessité de créer des «corridors écologiques» au sein desquels «les animaux pourraient se déplacer en toute sécurité sans avoir à traverser constamment des routes.»

«Les renards sont extrêmement adaptables, ils peuvent vivre dans de nombreux types d’habitats, y compris en ville, mais ils ont besoin de suffisamment d’espace pour élever leurs petits et se nourrir sans être perturbés», rappelle-t-elle. 

Les collisions avec des voitures restent à ce jour la cause de décès la plus fréquente chez les renards. 

  

 

       

PHOTOS :  

1- La saison des renards roux est arrivée à l’Île-du-Prince-Édouard.  (Photo : Jacinthe Laforest, La Voix acadienne)

2- Les renards qui sont porteurs de la gale sont facilement reconnaissables à leur pelage inégal, leur allure émaciée et leur queue dégarnie (photo du bas).  Au contraire, les renards en bonne santé sont beaux et ont fière allure (photo du haut).  (Photos  : Jacinthe Laforest, La Voix acadienne)

3- Le vétérinaire Pierre-Yves Daoust explique que les renards roux sont présents dans la province depuis toujours. (Photo : Gracieuseté)

4- «On peut regarder les renards, mais pour ne pas les stresser, il faut garder ses distances, sinon ils ont peur et s’enfuient», partage Maureen Murray. (Photo : Gracieuseté)

 

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  • Date de création 27 mai, 2025
  • Dernière mise à jour 27 mai, 2025
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