Canada-Belgique : «les minerais critiques de Sudbury peuvent constituer un début de partenariat stratégique»
Mehdi Mehenni
IJL-Réseau.Presse-Le Voyageur
Patrick Van Gheel est ambassadeur de Belgique au Canada depuis août 2021. Un pays qu’il connaissait déjà, pour avoir effectué son stage, en 1999, au sein de la même représentation diplomatique. Invité d’honneur du Forum franco-ontarien des affaires, qui s’est tenu le 15 mai, à Sudbury, M. Van Gheel a bien voulu répondre aux questions du Voyageur.
Le Voyageur : À votre retour au Canada, il y a quatre ans, quels sont les changements que vous avez observé par rapport à votre séjour en 1999?
Patrick Van Gheel : Ce qui n’a pas changé, c’est que j’ai toujours aussi froid en hiver! Sinon, je me rappelle que 25 années auparavant, le choix était plus limité en matière de nourriture. Tandis qu’aujourd’hui, il y a deux éléments qui ont changé les choses. D’abord, l’accord de libre-échange entre l’Union Européenne et le Canada (AECG/CETA, 2016) a donné pour effet qu'il y a plus de produits européens disponibles au Canada. Ensuite, la production au Canada s’est davantage développée. D’ailleurs, les échanges commerciaux avec la Belgique sont de l’ordre de 10 milliards $ par an, dans les deux sens.
La Belgique fait partie des dix pays européens qui n’ont pas encore ratifié l’accord de libre échange en question, est-ce que cela constitue un frein?
L’accord est en cours de ratification, mais il est fonctionnel. Il y a eu une mise en vigueur provisoire, et cela nous permet d’opérer des échanges durant une période illimitée.
À quel point l’accord a permis de propulser les échanges commerciaux entre le Canada et l'Union Européenne?
Depuis maintenant presque six ans que l'accord est en vigueur, on a vu une augmentation d’au moins de 60% des échanges. Et dans les deux sens d'ailleurs, parce que le Canada en profite aussi. Il y a encore du potentiel et je crois qu'on doit encore mieux expliquer l'accord. Les pays européens et la délégation de l'Union Européenne ont fait des efforts, il faut juste apprendre aux PME à mieux utiliser l'accord dans les deux sens.
Vous dites qu’il y a du potentiel, vous le situez dans quels secteurs?
C'est un accord très large,car on a diminué les tarifs sur 99% des produits ici. Dans le cas de la Belgique, le premier produit qu'on échange entre les deux pays, ce sont les produits pharmaceutiques. Mais les échanges sont aussi très riches et variés depuis la mise en vigueur de l’accord. Cela va des diamants aux machines industrielles, en passant par la nourriture. Mais on peut encore mieux travailler ensemble et aller vers des partenariats plus stratégiques.
Par exemple?
C'est comme à Sudbury, dans le domaine des minerais critiques. Là, il y a matière à développer des partenariats stratégiques. Nous avons des entreprises belges qui sont actives en Ontario, comme Umicore, dans le domaine du lithium (fabrication de batteries électriques, NDLR), et nous avons aussi des entreprises qui sont impliquées dans la seconde phase, c’est à dire la transformation des minerais, à l'exemple de Sibelco. La transformation des minerais permet de développer toute une chaîne, et c’est quelque chose qui peut intéresser nos entreprises à Sudbury. On a eu l'occasion d'échanger un peu avec le maire Paul Lefebvre et on va voir ce qui est possible. On nous a fait aussi une présentation sur les mines d'or. Et là, par exemple, il y a des entreprises belges qui pourraient aider. On a des entreprises qui sont actives partout, c'est-à-dire de grandes entreprises, et elles peuvent constituer une véritable valeur ajoutée pour le Canada.
La Belgique est, cette année, le pays à l’honneur du Forum franco-ontarien des affaires. Quels sont les gains possibles dans le cadre de la francophonie?
L'Ontario constitue déjà notre premier partenaire commercial au Canada. Et je crois que toute piste qui peut aider à développer cette coopération est à explorer. Je crois aussi qu'on a l'occasion, durant ce forum, de voir une sélection d’entreprises et d’entrepreneurs issus de différentes générations. En une journée, je vois déjà plein de gens et d’opportunités, avec cette francophonie qui est un vecteur pour les échanges. Ce qui est l'avantage du monde francophone, c'est l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), dans laquelle on partage les mêmes valeurs. Je pense que, de nos jours, c'est important de répéter, de temps en temps, qu'on partage encore les mêmes valeurs.
C’est votre premier séjour à Sudbury. Un mot sur votre première impression quant à la francophonie dans la ville?
Je trouve que la francophonie ici est très dynamique. Ça se voit tout de suite en entrant dans Sudbury, avec les rues qui ont quand même des noms très francophones. On se sent tout de suite dans une vie plus francophone, ou plus bilingue, je dois dire. Et le fait que le maire a décidé d'accueillir le Forum, c'est aussi un signal, évidemment, pour le monde des affaires franco-ontarien qui sont ici à Sudbury, aujourd'hui.
- 30 -
BV : Patrick Van Gheel, ambassadeur de Belgique au Canada.
Photo : Courtoisie
- Nombre de fichiers 2
- Date de création 22 mai, 2025
- Dernière mise à jour 22 mai, 2025