Coupes en éducation: le District scolaire francophone Sud élimine des postes, la ministre garde le silence
Le District scolaire francophone Sud élimine des dizaines de postes en raison du mandat de coupes du gouvernement Holt, et redirige du personnel vers les salles de classe, au détriment de plusieurs services. La ministre Claire Johnson ne commente pas.
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Alexandre Boudreau
IJL – Réseau.Presse – Acadie Nouvelle
Le gouvernement Holt augmente les budgets nets des districts de l’ordre de 72 millions $ par rapport à l’an dernier, et vante ses investissements en éducation. Mais il leur demande également de couper 43 millions $ de leurs budgets et de réaffecter 150 postes d’enseignants vers les salles de classe.
Le gouvernement espère ainsi augmenter les taux de littératie et de numératie en ayant plus d’enseignants en classe.
Mais selon des intervenantes du secteur de l’éducation, la décision du gouvernement risque plutôt d’avoir un effet néfaste sur les salles de classe à la longue.
Au District scolaire francophone Sud, à qui on a confié la tâche de trancher 7,1 millions $, des dizaines de postes seront éliminés, ou leurs heures seront réduites.
Selon la directrice générale Monique Boudreau, seulement deux personnes ont complètement perdu leur emploi sans s’être fait offrir un autre poste dans le district jusqu’à maintenant, quoiqu’il pourrait y en avoir «cinq à sept» autres d’ici peu.
Mais au-delà de soixante postes sont affectés par les coupes de financement d’une manière ou d’une autre, notamment en termes d’heures de travail réduites, de réaffectation vers les salles de classe ou de changement de tâches. On leur demande de faire plus avec moins, selon Mme Boudreau.
«C’est extrêmement difficile. Ça fait longtemps que je fais mon travail, et c’est l’un des mandats les plus difficiles que j’ai eu à remplir.»
Selon elle, le gouvernement comprend mal la réalité du district qui est en pleine croissance et qui a besoin de financement, même si les employés du ministère comprennent cette situation.
Monique Boudreau dit néanmoins avoir pris les meilleures décisions possibles selon les circonstances qui sont imposées à son district.
«Je suis confiante parce qu’on a consulté notre monde. On n’a pas pris notre décision avec notre équipe de gestion enfermée dans notre bureau.»
Un aperçu
Une vingtaine de postes d’enseignants d’appui à l’apprentissage dans les écoles seront réaffectés vers les salles de classe. Ils servaient à appuyer les élèves aux prises avec des problèmes de comportement ou qui sont moins forts en classe.
Sept postes de leaders pédagogiques, qui appuyaient aussi les enseignants, ont été supprimés.
Trois postes administratifs et un poste de haute gestion ont également été éliminés, et les heures de travail d’autres employés d’appui aux écoles ont été réduites. Divers autres postes seront éliminés ou auront un horaire réduit ou modifié.
Quatre postes de préposés aux bibliothèques ont été supprimés. Le district tranche aussi dans un programme d’accompagnement pour nouveaux enseignants.
Monique Boudreau affirme qu’aucun service ne sera éliminé dans les écoles, et qu’aucune bibliothèque ne sera fermée, même si tout cela risque de réduire la qualité des services.
Stéphanie Babineau, présidente de l’Association des enseignants francophones du N.-B. est «énormément» déçue et inquiète de l’impact de la décision du gouvernement.
Elle dit qu’avec ces changements, les écoles feront peut-être moins appel à des enseignants non certifiés puisqu’il y aura plus d’enseignants en classe.
«Mais en fin de compte, on a coupé une quantité de gens qui faisaient partie d’équipes qui étaient là pour servir de renfort au personnel enseignant. On a parfois besoin de faire appel à ces gens spécialisés pour nous permettre d’essayer des pédagogies différentes pour répondre aux besoins de nos élèves.»
Déshabiller Pierre pour habiller Paul?
Plusieurs des postes d’enseignants qui seront réaffectés permettaient de venir en aide aux élèves avec des problèmes de comportement, ou à des élèves nouvellement arrivés au N.-B., dont environ la moitié ne parlent pas le français.
Est-ce que ces décisions budgétaires reviennent donc à désavantager des élèves qui sont déjà vulnérables, au profit du reste des élèves?
«Tout à fait. Ces enfants-là ont des besoins uniques et particuliers. On vient de leur enlever une ressource qui existe pour les accompagner», dit Stéphanie Babineau.
La DG Monique Boudreau nous corrige: selon elle, au final, ça désavantage tout le monde.
«Parce que quand tu peux avoir une personne enseignante qui va travailler avec les élèves plus vulnérables, bien pour les élèves qui sont dans la moyenne ou qui sont plus doués, on peut aussi les amener plus loin et mieux répondre à leurs besoins.»
Silence radio
La ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, Claire Johnson, était présente à l’Assemblée législative vendredi, mais ne s’est pas rendue disponible pour répondre aux questions des journalistes.
Elle ne s’est pas non plus levée en chambre pour répondre à une question du chef PC Glen Savoie sur les coupes en éducation après avoir été interpellée. C’est plutôt Robert Gauvin, le ministre de la Sécurité publique, qui s’est levé pour répondre au chef de l’Opposition officielle.
Une porte-parole du gouvernement a dit que la ministre ne s’est pas présentée pour répondre aux questions des médias parce qu’elle n’a pas de nouveaux détails à offrir et que les négociations avec le district se poursuivent.
«On l’a dit à plusieurs reprises: ça va affecter l’apprentissage dans les salles de classe, en voici la preuve», a dit Glen Savoie, chef progressiste-conservateur, en réaction aux coupes du DSFS.
Megan Mitton, du Parti vert, déplore le fait que les coupes budgétaires affecteront les services aux élèves en difficulté.
«Il y a une raison pour laquelle les districts et les écoles ont décidé d’avoir des gens dans ces postes, en particulier au district francophone Sud où il y a beaucoup plus d’élèves qu’avant, et de nouveaux arrivants qui ne parlent peut-être pas le français.»
La section 2745 du Syndicat canadien de la fonction publique, qui représente notamment les préposés aux bibliothèques scolaires, devait voter jeudi sur l’adoption d’une nouvelle convention collective négociée avec le gouvernement. Elle a suspendu le vote temporairement en raison des compressions budgétaires.
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Photo : La ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, Claire Johnson. - Archives
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- Date de création 21 mai, 2025
- Dernière mise à jour 21 mai, 2025