Les services aux personnes sourdes et malentendantes paralysés par une grève à Timmins
Alors que la grève chez Services canadiens de l’ouïe (SCO) entre dans sa troisième semaine, les résidents de Timmins sourds, sourds-aveugles ou malentendants subissent les conséquences directes de l’interruption de services essentiels.
Par Renée-Pier Fontaine
IJL – réseau.presse – Le Nord
_______________________
Depuis le 28 avril, 206 membres du SCFP 2073 – qui occupent des postes d’interprètes en langue des signes, de consultants en emploi, d’intervenants pour personnes sourdes-aveugles et d'autres rôles de première ligne – sont en grève. À Timmins, quatre travailleurs participent au mouvement, tenant une ligne de piquetage chaque jour de 10 h à 14 h au 681 boulevard Algonquin Est, unité G.
Les discussions entre les deux parties sont au point mort. La dernière rencontre, tenue le 6 mai, s’est soldée sans offre de la part de l’employeur. SCO a refusé de répondre à la plus récente proposition syndicale et de recourir à un médiateur indépendant, ce qui bloque toute avancée vers une résolution.
En attendant, les répercussions sont lourdes pour la communauté. Les cliniques d’audiologie sont fermées, les programmes d’alphabétisation et de services aux nouveaux arrivants sont suspendus, et les besoins des clients restent insatisfaits. Déjà souvent marginalisées, les personnes sourdes, sourdes-aveugles ou malentendantes font aujourd’hui face à de nouveaux obstacles en matière d’accessibilité et de participation sociale.
Selon Mara Waern, consultante en emploi avec 30 ans d’expérience et présidente du SCFP 2073, la direction du SCO agit de manière injuste :
« SCO prétend ne pas avoir les moyens d’augmenter les salaires, mais trouve les fonds pour bonifier ceux de la haute direction. Cette stratégie vise clairement à affaiblir le syndicat et à retirer du pouvoir aux employés. »
Elle ajoute que les services d’interprétation ne peuvent être assurés uniquement par des pigistes, ce qui compromet des rendez-vous médicaux cruciaux (chirurgies, oncologie, obstétrique, etc.), mais aussi des démarches bancaires, juridiques ou funéraires pour les personnes concernées.
Depuis l’arrivée de Julia Dumanian à la tête de SCO, les relations de travail se sont dégradées. Il s’agit de la deuxième grève sous sa direction, la première datant de 2017 et ayant duré 10 semaines. Le déclenchement de cette nouvelle grève a suivi la demande d’un rapport de non-conciliation par SCO, évitant ainsi de négocier de bonne foi. La direction a également annulé les vacances des employés et refusé du temps de maladie.
En pleine crise du coût de la vie, les salaires des travailleurs ont accusé un retard de 16 % sur l’inflation au cours des dernières années. SCO propose une augmentation de seulement 2 % sur un an, une offre jugée inadéquate par le syndicat, qui réclame une entente de deux ans avec une hausse totale de 5 %.
Pour Bobbie-Jean DaCosta, consultante en emploi chez SCO, la grève est un dernier recours :
« Nous faisons ce travail pour rendre nos communautés plus accessibles. Devoir faire la grève pour défendre nos droits fondamentaux et réclamer une augmentation modeste est blessant – non seulement pour nous, mais pour toutes les personnes que nous aidons. Nous voulons retourner au travail, mais dans des conditions justes. »
En attendant un retour à la table des négociations, la grève se poursuit dans 15 villes de la province, affectant des milliers de personnes vulnérables.
-30-
- Nombre de fichiers 2
- Date de création 15 mai, 2025
- Dernière mise à jour 15 mai, 2025