Abeilles: plus de colonies, mais moins de miel et de profits

Les apiculteurs sont occupés comme des petites abeilles au Canada. Selon une récente étude de Statistiques Canada, le nombre d’apiculteurs au Canada a augmenté pour passer de 10 523 en 2019 à 15 430 en 2024, en hausse pour une sixième année consécutive. Il s’agit du plus grand nombre d’apiculteurs enregistré depuis 1988.

 

Jean-Marc Dufresne

IJL – Réseau.Presse – Agricom

Le nombre de colonies d’abeilles se classe au deuxième rang des plus hauts niveaux jamais enregistrés. En 2024, il y avait 829 120 colonies d’abeilles au Canada, en hausse de 2,4% par rapport à l’année précédente pour se situer légèrement en deçà du nombre record observé en 2021 (834 262).

L’Ontario (+10 102 colonies pour atteindre 111 263) a affiché la plus importante hausse du nombre de colonies par rapport à l’année précédente, alors que la Saskatchewan, le Québec et la Colombie-Britannique ont enregistré des baisses.

Forte baisse

Logiquement, plus d’apiculteurs et plus d’abeilles devrait se traduire par une augmentation de la production de miel, mais c’est l’inverse que l’on constate: « En 2024, la production de miel a affiché une baisse de 18,3% par rapport à l’année précédente pour se chiffrer à 78,2 millions de livres », indique Serge Desroches de Statistiques Canada. « Il s’agit de la plus forte baisse enregistrée depuis 2007, et la production de 2024 se classe au deuxième rang des plus faibles niveaux de production enregistrés en plus de 10 ans. »

Comment expliquer ce revers? La cause serait différente selon qu’on est dans l’ouest ou dans l’est du pays: « Dans les provinces de l’Ouest, le varroa est un parasite qui fait partie des principales causes de mortalité des abeilles alors que dans l’Est, ce sont surtout les conditions climatiques qui peuvent avoir affecté la production en 2024 », estime M. Desroches.

En Ontario, on retrouve plus de petits producteurs indépendants, ce qui limiterait la propagation des parasites. Malgré cela, la valeur du miel vendu a diminué pour une deuxième fois en trois ans, en baisse d’un quart (-24,5%) par rapport à un an plus tôt pour s’établir à 214 132 millions de dollars. Il s’agit du plus faible niveau de ventes enregistré depuis 2020. L’accumulation de stocks des années précédentes serait responsable de la baisse du prix.

Abeilles résilientes

Chez Capital Bees, Ron St-Louis fait l’élevage d’abeilles sélectionnées méticuleusement pour leur résistance aux hivers ontariens et aux maladies. « Le varroa est un parasite difficile à traiter, parce que c’est une bibitte qui vit sur une bibitte », dit-il. « Avec le temps, il résiste aux pesticides et ça devient un problème. »

L’environnement joue aussi un grand rôle à son avis dans la propagation des parasites: « Dans le Sud de la province, les apiculteurs sont empilés les uns sur les autres. Quand une ruche est infectée et que la colonie meurt, les mites se dispersent et vont infecter d’autres colonies. Aussi, quand il y a moins de fleurs à l’automne, certaines abeilles vont voler le miel dans d’autres colonies et ramènent des mites avec elles, ce qui contamine leur ruche. »

L’autre aspect environnemental est la présence de monocultures. « Des agriculteurs louent des ruches pour polliniser leurs champs de soya ou d’oléagineuses. Les abeilles ne récoltent qu’un seul type de pollen. L’idéal est d’être à proximité d’une ferme bio qui offre une bonne diversité de plantes. »

Pourquoi cet aspect est-il important? « Les abeilles peuvent résister aux caprices de la météo, mais en 2023 on a connu les feux de forêt et en 204, beaucoup de pluie. Elles deviennent moins résistantes et elles ont besoin d’un profil nutritif spécifique et varié pour suppléer à leur alimentation », indique M. St-Louis.

La plupart des gens l’ignorent, mais on trouve pas moins de 400 sortes d’abeilles en Ontario et aucune abeille mellifère n’est native d’Amérique du Nord ou du Sud: elles ont été importées d’Europe. Toutefois, les croisements en élevage permettent de produire des abeilles plus résilientes au climat et aux maladies.

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Légende photo 1 : Capital Bees s'assure que ses abeilles ont accès à une variété de plantes pollinifères.

Légende photo 2 : Près d'Ottawa, ces ruches sont à proximité d'une variété de plantes permettant un apport nutritif complet aux abeilles.

Légende photo 3 : Ron St-Louis de Capital Bees produit des abeilles résilientes au climat et moins sensibles aux parasites.

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  • Date de création 23 avril, 2025
  • Dernière mise à jour 12 mai, 2025
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