Un Conservateur gagne la circonscription pour la toute première fois

Jim Bélanger remplace Marc Serré comme député fédéral

 

Suzanne Gammon

IJL – Réseau.Presse - Tribune : la Voix du Nipissing Ouest

Pour les électeurs de Nipissing Ouest, les résultats de l’élection fédérale du 28 avril sont mitigés. Les Libéraux ont célébré la victoire du chef Mark Carney au niveau national, mais ont déploré la perte du député local Marc Serré, dont la quatrième campagne s'est soldée par une défaite après avoir représenté la région depuis 2015. Les Conservateurs, pour leur part, ont été ravis par la victoire historique de Jim Bélanger, le premier à peindre en bleu l'ancienne circonscription de Nickel Belt (qui fait maintenant partie de la toute nouvelle circonscription de Sudbury-Est-Matitoulin-Nickel Belt), mais ils ont été amèrement déçus par la perte de leur chef Pierre Poilièvre sur la scène nationale et même dans sa propre circonscription de Carleton, Ontario.

Alors que les chaînes de télévision ont rapidement annoncé la formation d'un gouvernement libéral minoritaire en se fondant sur les résultats de l'Est du Canada, les données de l'Ontario ont commencé à être révélés vers 21h30, les premiers chiffres montrant que le Conservateur Jim Bélanger était en tête. L'avance sur le député sortant Serré s'est creusée de plus en plus au fil de la soirée, les chaînes annonçant vers 23 h 20 que M. Bélanger avait remporté la circonscription. Espérant toujours un retournement de situation grâce aux bulletins de vote par anticipation qui n'avaient pas encore été comptés, M. Serré est resté stoïque jusqu’à 23h45, lorsqu’il a finalement dû reconnaître sa défaite devant ses partisans et son équipe de campagne réunis à Val Caron. En fin de compte, M. Bélanger a obtenu plus de 5 000 voix d'avance, avec 29 129 votes (48,3 %) contre 24 122 votes (40 %) pour M. Serré.

 

Marc Serré concède

M. Serré a commencé la soirée plutôt confiant, et l'ambiance qui régnait dans son local était d'un optimisme fébrile. Les partisans ont applaudi la première annonce télévisée en faveur du parti, mais l’enthousiasme était moins fort lorsqu'un gouvernement minoritaire a été projeté. Les choses se sont assombries lorsque les résultats de la circonscription étaient affichés, car le siège de M. Serré est passé progressivement d'une quasi-certitude au péril après chaque dépouillement, puis s’est volatilisé. L'ancien député a fait bonne figure devant son entourage, leur disant qu'il était fier de la campagne menée et du travail accompli, et qu'ils devaient «garder la tête haute et les coudes en l’air.»

M. Serré, ayant remporté les trois élections précédentes, a raisonné qu'«il y a toujours des gagnants et des perdants» dans une élection et qu'il n'avait aucun regret. «J'ai travaillé fort pour la circonscription et mon équipe a travaillé très, très fort,» a-t-il déclaré, sous les applaudissements de la foule. «Nous devons continuer à nous battre pour la circonscription et le pays,» a-t-il ajouté, qualifiant le Canada du «meilleur pays au monde.»

M. Serré a reconnu que cette campagne avait été particulièrement éprouvante, affirmant que le redécoupage de la circonscription était «un élément difficile.» Il a cité la perte de «tout le Nickel Centre,» une région où il récoltait normalement environ 4 200 votes libéraux et qu'il avait «remportée haut la main auparavant.»

L'ancien député a également souligné que «le nord de l'Ontario a été durement touché» par la crise de l'abordabilité, le coût de la vie et du logement ayant augmenté rapidement. Il s’est dit conscient que de nombreux électeurs voulaient punir les Libéraux pour ces problèmes financiers. Néanmoins, M. Serré s’est déclaré fier de son bilan en matière de priorités locales, en particulier pour les personnes âgées, l’accès à Internet, les services de garde d’enfants et les prestations familiales. «Dans les zones rurales, les gens se sentent déconnectés du gouvernement, (...) mais ici, dans la circonscription, les gens ont eu le sentiment qu'on pouvait faire une différence,» a-t-il déclaré.

Soulignant que les Libéraux semblaient se diriger vers un gouvernement minoritaire, M. Serré a prédit qu'il pourrait y avoir d'autres élections dans un avenir assez proche et il n'a pas exclu de se présenter à nouveau. «Je vais réfléchir et discuter avec ma famille quant aux prochaines étapes,» a-t-il déclaré. «J'ai 58 ans, je suis encore assez jeune.» Mais d'abord, «je pense que je vais me reposer un peu,» a-t-il dit en riant sous le coup de l'émotion, admettant que la campagne avait été dure.

Dans une déclaration faite le lendemain de l'élection, M. Serré a annoncé la fermeture immédiate de ses bureaux de circonscription. Son personnel, présent à la soirée électorale, a confirmé que le résultat mettait fin à leur emploi. M. Serré a félicité Jim Bélanger pour sa victoire et a exhorté les électeurs à «s’assurer que le nouveau député leur rende des comptes.»

 

Jim Bélanger se retrousse les manches

Jim Bélanger a dit qu’il comprenait la gravité de ses nouvelles fonctions et qu’il était prêt à les assumer, lors d’un entretien avec la Tribune le matin suivant l'élection. «L'important pour moi est de travailler avec tous les gens de la circonscription (...), qu'ils aient voté pour moi ou non, et de faire entendre leur voix à Ottawa.»

Résident d'Azilda depuis toujours, il s’est dit un peu surpris par sa victoire, car les sondages le donnaient derrière M. Serré. Cependant, son instinct l'a poussé à remettre en question les sondages, car «le soutien aux portes était de plus de 50 à 60%, juste d'après les gens à qui j'ai parlé (...), mais je me suis dit que j'avais peut-être simplement eu de la chance» en frappant aux bonnes portes, a-t-il raconté.

Le soir de l'élection, son intuition s'est révélée juste et il a admis s'être d'abord senti «un peu dépassé» par le revirement. Il s’est vite ressaisi, et se dit prêt et même «impatient de commencer» le travail. M. Bélanger veut se concentrer sur l'économie, le coût de la vie et du logement et «essayer de rendre notre pays meilleur,» car il s'agit là des priorités que lui ont communiquées les résidents de toute la circonscription, a-t-il affirmé.

M. Bélanger a répondu à certaines des critiques dont il a fait l'objet. «J'ai reçu beaucoup de critiques pour ne pas avoir participé aux débats,» a-t-il reconnu, mais il a ajouté que les débats n'étaient «pas très suivis» et qu'il pensait pouvoir «atteindre beaucoup plus de gens en frappant aux portes.» Il a également organisé des rencontres, dont une à Sturgeon Falls le 9 avril, qui a attiré environ 80 personnes. «Je pense que c'était la stratégie gagnante,» a-t-il conclu.

Pour ce qui est de la suite des événements, M. Bélanger admet qu'il est un débutant et qu'il attend des directives et des informations du parti pour planifier ses premières actions. L'une des priorités à régler, c’est la façon dont il servira la vaste circonscription, à savoir le nombre et l’emplacement des bureaux de circonscription et du personnel de soutien. Lorsqu'on lui a demandé s'il prévoyait d'ouvrir un bureau dans le Nipissing Ouest, il a répondu qu'il était encore trop tôt pour prendre une décision, car il doit déterminer son budget et tenir compte des nouvelles limites de la circonscription. «Je sais que Marc Serré avait des bureaux à Val Caron, Sturgeon Falls et Ottawa. Aujourd'hui, les limites de la circonscription sont plus larges. Nous y réfléchissons,» a-t-il déclaré, ajoutant qu'il trouverait des moyens d'être accessible.

M. Bélanger, bilingue et travailleur autonome dans le secteur des ressources, a déclaré qu’il aimait le Nipissing Ouest en particulier pour son secteur agricole important. «J'ai un peu d'expérience en agriculture, et c'est un domaine sur lequel je veux me concentrer,» a-t-il dit. Il est également fier d'être le premier député conservateur à servir la circonscription, comparant cette percée historique à l’histoire de sa grand-mère Azilda Bélanger, qui était «la première dame pionnière» du village d'Azilda, nommé en son honneur.

Interrogé sur les résultats nationaux de son parti et sur le sort de son chef Pierre Poilièvre, M. Bélanger a insisté sur les points positifs. «J'aime beaucoup M. Poilièvre,» a-t-il déclaré, ajoutant que le chef conservateur «est venu deux fois [dans cette circonscription] et a montré à quel point il se souciait du Nord.»  Selon lui, ces visites ont donné un coup de pouce à sa propre campagne, et il en est reconnaissant. Le parti a également augmenté son nombre de sièges au Parlement, avec des gains importants notamment en Ontario.

Selon M. Bélanger, «de nombreuses politiques de Pierre [Poilièvre] ont été copiées par Mark Carney,» qu'il s'agisse de la suppression de la taxe carbone, de la réduction de l'impôt sur le revenu ou de la promotion des oléoducs. «Nous essaierons de faire en sorte que M. Carney mette en œuvre toutes les politiques qu'il a empruntées aux Conservateurs,» a-t-il déclaré.

«Il faut sortir nos ressources du sol,» a insisté M. Bélanger, ajoutant que cela peut également être bénéfique pour l'environnement, car la vente de gaz naturel à la Chine et à d'autres pays pollueurs «pourrait réduire leur dépendance au charbon.»

M. Bélanger souhaite également revenir à l’équilibre budgétaire, en soulignant que cela n’est pas nécessairement incompatible avec les dépenses sociales. «Je crois aux programmes sociaux, mais je pense qu'il faut d’abord avoir l'argent pour les financer,» a-t-il avancé.

Le nouveau député a déclaré qu'il se rendrait à Ottawa avec l'esprit ouvert et la volonté de collaborer, s'engageant à saisir «toutes les occasions de travailler ensemble,» que ce soit avec les Libéraux, les Néo-démocrates ou les Conservateurs, car «ce qui me préoccupe, c’est toujours ce qu’il y a de mieux pour les gens.»

Quant aux divisions politiques et aux débats souvent acrimonieux tant parmi les élus que les électeurs, M. Bélanger qualifie cela de «malheureux,» et il voudrait voir un dialogue plus respectueux de toutes parts. «Je ne crois pas en cela,» a-t-il dit, exhortant au calme et à l'unité. «Tout le monde a des points de vue différents,» et c'est très bien ainsi, mais «nous devons trouver des moyens de nous unir en tant que pays.» Il pense que la construction d'un oléoduc et la facilitation du commerce interprovincial seraient un bon début pour promouvoir la coopération et la bonne volonté entre toutes les régions du Canada. «M. Trump a été un très bon signal d'alarme,» a-t-il déclaré, espérant que les Canadiens et les politiciens de tous bords s'uniront pour défendre les intérêts du pays.

Sur le plan de la coopération, M. Bélanger a ajouté qu'il avait l'intention d'appeler Marc Serré pour le féliciter de sa bonne campagne et qu'il était ouvert à d'autres discussions pour connaître les dossiers en suspens qui nécessitent une attention particulière. «Il serait très intéressant de voir ce qui se passe afin d'éviter que certaines choses ne tombent dans l'oubli.» Le nouveau député estime qu'il faut poursuivre les travaux en cours.

En fin de compte, M. Bélanger a déclaré que même si «il me reste encore beaucoup à apprendre, je travaillerai toujours fort et avec intégrité.»

 

Andréane Chénier ne baisse pas les bras

Le Nouveau parti démocratique, bien que traditionnellement fort dans toutes les parties de la nouvelle circonscription, a sombré à seulement 4 818 votes (8%). La candidate Andréane Chénier, qui en était à sa deuxième campagne fédérale, a organisé une soirée électorale à Val Caron, tout près de l'événement de M. Serré. Là, une dizaine de personnes ont suivi à la télévision la chute du NPD à seulement 7 sièges au Parlement, même pas assez pour conserver son statut de parti officiel. Le soir même, dans son discours de concession, le chef du NPD, Jagmeet Singh, a annoncé qu'il se retirait. L’avenir du NPD semblait précaire, jusqu'au lendemain matin, lorsque le nombre de sièges libéraux ont commencé à s'approcher des 172 nécessaires pour former une majorité, signifiant que les 7 élus du NPD pourraient à nouveau détenir la balance du pouvoir à Ottawa en appuyant le gouvernement Carney.

Bien que le nombre de votes de Mme Chénier ait considérablement diminué par rapport au 26,6 % qu'elle avait obtenu en 2021, elle a été encouragée d’obtenir une moyenne plus élevée que le résultat national du NPD, soit de 6,3 %. Elle a souligné que de nombreux électeurs néo-démocrates s'étaient éloignés du parti par peur, bien qu'il semble que certains se soient tournés vers les Conservateurs plutôt que vers les Libéraux, une surprise pour bien des observateurs. En Ontario, la présence du NPD a été entièrement effacée, la carte électorale n'étant peinte qu'en rouge et bleu désormais.

«Les gens votent pour le parti, c'est la popularité du parti,» a-t-elle opiné, estimant que les électeurs de Sudbury-Est-Manitoulin-Nickel Belt ont été influencés par les chefs de parti plus que par leurs candidats locaux. Elle a souligné que M. Bélanger n'a participé à aucun débat, ce qui laisse entendre qu'il n'a pas été le facteur convaincant, selon elle. Mme Chénier a également mis en cause la désinformation, en donnant l'exemple de mèmes en ligne suggérant que le NPD retirerait les armes des chasseurs, alors qu'en fait «nous avons utilisé notre influence (...) pour faire exclure les fusils de chasse» de la législation sur les armes à feu. Mme Chénier a déclaré que les médias sociaux sont responsables de la propagation de fausses informations, car les gens croient des demi-vérités promulguées en ligne. Elle a cité le cas de personnes affirmant que M. Poilièvre réduirait leurs impôts de moitié, alors qu'en réalité, le plan conservateur prévoyait une réduction progressive des impôts qui ne leur apporterait «un allègement qu'en 2029,» a-t-elle déploré.

Selon Mme Chénier, la défaite du NPD est le reflet des menaces tarifaires actuelles et non le résultat des politiques ou des actions du parti, qui, selon elle, sont populaires d'après ce que les gens lui ont dit pendant la campagne. «À la porte, les gens disent toujours qu'il nous en faut plus,» a-t-elle déclaré, évoquant l'assurance-médicaments, les soins dentaires et d'autres services mis en place sous la pression du NPD. «Ce «plus,» ce sont les néo-démocrates, et non les autres partis, qui le livre,» insiste-t-elle.

Elle est convaincue que le parti peut continuer à livrer, même avec seulement 7 élus à Ottawa. «La dernière fois, nous avons fait beaucoup avec très peu,» a-t-elle souligné. Bien sûr, cela commence par un nouveau chef, et Mme Chénier est convaincue que le parti compte des leaders prêts à prendre le relais, bien qu'elle n'ait pas voulu nommer une personne particulière. Elle a fait remarquer qu'une course à la direction devra être organisée prochainement et qu'elle continuera à s'impliquer en tant que présidente de l'association de circonscription du NPD de Sudbury-Est-Manitoulin-Nickel Belt.

D'ailleurs, la candidate envisage déjà de se présenter une troisième fois. «Les raisons pour lesquelles je me suis présentée n'ont pas changé,» a-t-elle fait remarquer, affirmant que «tout le monde est perdant» lorsque les programmes publics sont sous-financés. Selon elle, «les gens sont toujours néo-démocrates dans leur cœur,» même s’ils ont voté différemment cette fois-ci. À 47 ans, Mme Chénier a déclaré qu’elle avait encore le temps de se rendre au Parlement et de défendre «les choses qui sont importantes pour les gens,» soulignant que la population vieillissante de la circonscription bénéficie de soins dentaires, de médicaments contre le diabète et d'autres avantages défendus par son parti. «Ce sont des choses qui transforment la vie des gens,» a-t-elle déclaré, s'engageant à tenter sa chance lors des prochaines élections. «La troisième fois, c’est la bonne!»

 

Taux de participation et autres résultats

Les résidents de Sudbury-Est-Manitoulin-Nickel Belt tenaient fort à exprimer leur choix; 70,11 % ou 60 266 des 86 955 électeurs admissibles inscrits dans la circonscription ont voté. Plus d'un tiers d'entre eux l'ont fait pendant les journées de vote par anticipation, du 19 au 22 avril. En effet, les travailleurs électoraux au Centre récréatif de Sturgeon Falls le 19 avril ont déclaré qu'il y avait une file d'attente dès 9 heures le jour de l'ouverture et que l'afflux s'est poursuivi toute la journée. Il en a été de même dans toute la circonscription, où 21 116 bulletins de votes ont été déposés avant le jour du scrutin du 28 avril.

Trois autres noms figuraient sur les bulletins de vote. Sharilynne St. Louis du Parti populaire du Canada a obtenu 1 423 votes (2,4 %); Himal Hossain du Parti vert, 453 voix (0,8 %); et Justin Dean Newell Leroux du Parti libertaire, 321 voix (0,5 %).

 

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Photos :

Le Conservateur Jim Bélanger (debout au centre) est le nouveau député fédéral de la toute nouvelle circonscription de Sudbury-Est-Manitoulin-Nickel Belt, après avoir obtenu plus de 48% des voix lors des élections fédérales du 28 avril. On le voit ici lors d'une rencontre avec des partisans locaux à Sturgeon Falls le 9 avril.

Crédit photo : Joyce Beauchamp

 

Après dix ans comme député fédéral pour la circonscription locale, le Libéral Marc Serré a perdu son siège le 28 avril. Il s'est adressé à ses partisans, son personnel et ses bénévoles lors d'une soirée de veille électorale à Val Caron.

Crédit photo : Suzanne Gammon

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  • Date de création 2 mai, 2025
  • Dernière mise à jour 2 mai, 2025
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