«C’est très Trump»: l’opposition déplore les propos de Doug Ford sur les juges
Le premier ministre ontarien Doug Ford a suggéré que l’Ontario fasse comme aux États-Unis et tienne des élections pour choisir les juges, mercredi matin. L’opposition n’a pas tardé à critiquer ces commentaires.
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Émilie Gougeon-Pelletier
IJL – Réseau.Presse – Le Droit
Doug Ford a fait ces commentaires lors d’une conférence de presse à Mississauga, en Ontario, où le gouvernement dévoilait une partie d’un projet de loi sur la justice qui obligerait les criminels à payer pour leurs propres bracelets électroniques.
«Le système est défaillant. Et une fois que ces juges sont en poste, ils ont ce sentiment d’avoir tout droit, c’est ce qui me rend fou».
— Doug Ford, premier ministre de l'Ontario
«Nous avons été démocratiquement élus en tant que gouvernement et je dis toujours que le pouvoir législatif est suprême, c’est-à-dire que le peuple est suprême. Lorsqu’on reçoit un mandat pour faire quelque chose, on ne peut pas laisser les juges constamment passer outre le gouvernement.»
Le premier ministre se plaignait du fait que deux lois adoptées par son gouvernement au cours de la dernière législature ont récemment été suspendues à la suite de contestations judiciaires fondées sur la Charte canadienne des droits et libertés.
Primo, les sites de consommation supervisée, dont la fermeture a été ordonnée par une loi provinciale, ont été autorisés à rester ouverts temporairement.
Secundo, les travaux visant à supprimer les pistes cyclables à Toronto, en vertu d’une loi distincte, ont également été suspendus.
Aucune de ces affaires n’a encore été tranchée, et le gouvernement ne les a pas perdues, mais certaines mesures qu’il espérait mettre en place en vertu de ces lois ont été interrompues temporairement.
Doug Ford s’en est d’ailleurs pris spécifiquement au juge qui a ordonné à son gouvernement de suspendre les travaux de suppression des pistes cyclables jusqu’à ce qu’une décision soit rendue sur la constitutionnalité de la loi.
«Nous sommes élus, nous avançons, et un juge, pour des raisons idéologiques, décide d’imposer une injonction sur les pistes cyclables. [...] Vous vous foutez de moi! Le système est défaillant», s’est-il exclamé.
Il a aussi laissé entendre qu’il souhaitait des élections à l’américaine pour les juges en Ontario.
«Nous sommes élus démocratiquement. La dernière fois que j’ai vérifié, aucun juge n’a été élu», s’est plaint M. Ford.
«C’est peut-être là, le problème. Nous devrions faire comme aux États-Unis… commencer à élire nos juges et à les tenir responsables».
— Doug Ford
Le procureur général de l’Ontario, Doug Downey, a ensuite sous-entendu que le premier ministre s’était retenu en faisant ces commentaires.
«Vous devriez voir ce qu’il dit en privé», a-t-il lancé en riant.
«C’est très Trump»
La cheffe libérale Bonnie Crombie a noté que ces commentaires, «c’est très Trump», rappelant que M. Ford a affirmé, durant la campagne électorale provinciale du mois de février, qu’il avait déjà soutenu Donald Trump dans le passé.
Même s’il ne l’appuie plus, «il continue de tenir des propos à la Trump et de préférer le système judiciaire américain à celui que nous chérissons ici au Canada, [un système qui implique] l’indépendance de nos juges et l’impartialité du pouvoir judiciaire par rapport à l’exécutif», déplore Mme Crombie.
«Un juge ne devrait pas se voir dicter sa façon de prendre une décision en fonction de directives politiques», a noté la députée libérale d’Ottawa-Vanier, Lucille Collard.
La cheffe néo-démocrate Marit Stiles s’est réjouie du fait que les nominations judiciaires soient gérées de manière à être à l’abri de toute ingérence politique.
«La tentative du premier ministre de politiser nos tribunaux et notre système judiciaire est inacceptable et dangereuse», a-t-elle soutenu.
«Sa vendetta personnelle contre la Cour suprême n’est pas partagée par les Ontariens. Nous nous concentrons actuellement sur une menace existentielle pour notre province, notre pays et notre économie. Et je tiens à être très claire: nous ne serons pas le 51e État et nous n’importerons pas le système judiciaire ou les tribunaux américains en Ontario ou au Canada», a mentionné Marit Stiles.
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Photos:
- Doug Ford se plaignait du fait que deux lois adoptées par son gouvernement au cours de la dernière législature ont récemment été suspendues à la suite de contestations judiciaires fondées sur la Charte canadienne des droits et libertés. (Patrick Woodbury/Archives Le Droit)
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- Date de création 1 mai, 2025
- Dernière mise à jour 1 mai, 2025