Élection fédérale: ne pas perdre de vue les enjeux locaux

Si la guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis semble être de première importance lors de cette élection fédérale, les leadeurs des communautés francophones veulent rappeler aux candidats l’importance des enjeux locaux qui se manifestent. 

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Jean-Philippe Giroux

IJL – Réseau.Presse – Le Courrier de la Nouvelle-Écosse

La Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse se préoccupe de tout ce qui a trait à la petite enfance, dont la liste d’attente pour les places en garderie francophone, presque 4000, pour être plus précis.

«C'est très important d'avoir de l'appui financier pour les garderies francophones en Nouvelle-Écosse», lance la présidente, Denise Comeau Desautels.

En ce qui concerne l’immigration francophone, qui touche également aux dossiers de la main-d'œuvre francophone et bilingue, du soutien au service d'établissement en français, ainsi que de la reconnaissance des dossiers étrangers, il y a une cible à atteindre, rappelle la présidente, soit de 12 %.

Notons que le Parti libéral du Canada s’engage à respecter cette cible d’ici 2029, et qu’en 2022, le gouvernement fédéral a atteint sa cible annuelle, à 4,4 %.

En entretien avec Francopresse en 2023, le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, a affirmé que l’une de ses priorités, au pouvoir, serait d’avoir «davantage de francophones» à l’extérieur du Québec, sans mentionner une cible ou une année exacte pour l’atteindre. 

Renforcer les communautés 

La Fédération nationale des conseils scolaires francophones (FNCSF), de son côté, met l'accent sur un retour à l’étude sur le continuum en éducation, de la part du Comité permanent des langues officielles.

Ce continuum a pour objectif d’étendre l’application de l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés aux services à la petite enfance et à l’éducation postsecondaire.

L’étude en question était pratiquement complétée, avec 10 des 12 rencontres qui avaient eu lieu. Mais, malheureusement, la prorogation du Parlement en début d’année a mené à la dissolution des comités en place.

Or, si les membres du nouveau comité votent à l'unanimité pour reprendre l'étude au point où elle était, le travail ne sera pas perdu, explique Simon Cloutier, président de la FNCSF.

«C'est une des choses pour lesquelles présentement on fait beaucoup de sensibilisation auprès des potentiels futurs élus ou potentiels futurs membres du comité parce que, évidemment, on aimerait voir cette étude-là être complétée. Parce que je pense que ce serait très important pour nous et pour tout le continuum en éducation au complet.»

Soutenir le réseau

​​L'appui aux organismes communautaires francophones en situation minoritaire est un autre enjeu prioritaire pour la Fédération acadienne. «On sait [qu’à] la FANE, il y a 29 organismes à travers la Nouvelle-Écosse et puis il y a de ce financement-là qui vient du fédéral, dit Mme Comeau Desautels. Alors, ça, c'est un message aussi qu'on apporte aux candidats.»

«L'appui aux provinces pour les services en français, c'est encore de l'appui aussi qui vient en partie du fédéral. Alors c'est quelque chose aussi qu'on est en train de leur apporter, quand on les rencontre», ajoute-t-elle.

Cette année, le portefeuille des Langues officielles et du Patrimoine canadien est tombé sous le parapluie des responsabilités du ministre de la Culture et de l'Identité canadienne.

«Je pense que ça serait vraiment important que, peu importe qui formera le prochain gouvernement, qu'il y ait un portfolio distinct au niveau des langues officielles, puis que ça soit clairement dans l’étude ministérielle», commente M. Cloutier.

L’économie au premier plan 

D'après un sondage Léger mené pour un reportage de La Presse canadienne, les répondants, respectivement 36 % et 33 % d’entre eux, ont deux grandes préoccupations: choisir le meilleur premier ministre pour faire face à l’administration Trump et rediriger l'économie, pour améliorer la vie des Canadiens.

Le climat économique actuel génère de l'incertitude pour de nombreuses entreprises, soutient Mark Bannerman, directeur général du Conseil de développement économique de la Nouvelle-Écosse (CDÉNÉ).

«Le stress est réel, mais des solutions existent. Il est possible de faire de ces turbulences un catalyseur pour diversifier nos marchés, renforcer nos chaines d'approvisionnement et favoriser la résilience de notre économie acadienne et francophone.»

Pour une entrepreneure comme Nathalie Rousseau, cofondatrice et directrice de l'exploitation de Rousseau Chocolatier, elle souhaite voir un gouvernement qui peut bien naviguer à travers la guerre commerciale, tout en appuyant les entreprises canadiennes, «dans ce climat qui est pas mal incertain».

«Ceci dit, je pense qu'on va favoriser des candidats qui priorisent les entreprises, les opportunités, les taxes qu'on paye, des choses comme ça, pour pouvoir mieux gérer nos économies locales», précise Mme Rousseau.

«Donc, mettre des emphases sur des programmes et des organisations pour que chaque région puisse se démarquer en ayant leurs propres fournisseurs.»

Achat d’ici, pour ici

Le mouvement d’achat canadien a pris de l’ampleur au cours des derniers mois, ce qui est très positif, selon Nathalie Rousseau, «mais j'aimerais ça aussi qu'ils apportent un peu plus d'attention à supporter local».

Elle fait remarquer que plusieurs entrepreneurs «dépendent beaucoup plus sur les économies locales, surtout avec les possibilités de réduction d'exportation».

Selon le CDÉNÉ, les entreprises acadiennes et francophones peuvent contribuer au développement de l’économie.

Pour ce faire, il faudrait assurer la libre circulation des biens, des services et de la main-d'œuvre. «En éliminant les barrières interprovinciales et en harmonisant les compétences, nous pouvons renforcer les corridors commerciaux et stimuler les échanges entre les entreprises francophones et bilingues à l'échelle nationale et internationale», déclare Mark Bannerman.

Même s’il y a beaucoup de négatifs associés avec la guerre tarifaire, Mme Rousseau est d’avis que le mouvement d'achat local va durer. «Au niveau du cœur des consommateurs, je pense que ça va continuer à supporter local, pour très longtemps.»

En aval de l’élection 

Pour Jean Lanteigne, directeur général de la Fédération régionale acadienne des pêcheurs professionnels, les préoccupations ne sont pas nécessairement en lien à ce qui aura lieu au moment de l’élection, mais plutôt après, lorsque le gouvernement sera formé et que le ministre de Pêches et Océans Canada sera nommé.

En fin de compte, malgré la menace initiale de tarifs américains il y a quelques semaines, beaucoup de produits exportés par le Nouveau-Brunswick ne vont pas être frappés.

Un certain soulagement pour le secteur, mais l'instabilité et l'incertitude à long terme planent tout de même, dit M. Lanteigne, car il est difficile de prédire quelle sera la prochaine décision prise par le gouvernement Trump.

«Mais une chose est certaine, je pense que l'inquiétude qui a été créée vient de changer la façon qu'on fait la mise en marché», précise-t-il, d’où son intérêt de suivre attentivement la façon dont les producteurs vont s'adapter à leur nouvelle réalité.

Aujourd’hui, plus de 90 % des exportations du Nouveau-Brunswick sont pour les États-Unis. La volonté est donc de diversifier les marchés, pour ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier.

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  • Date de création 24 avril, 2025
  • Dernière mise à jour 24 avril, 2025
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