La recette de Ford, gagnante aussi au fédéral?

L’un a passé une grande partie de la semaine à faire campagne dans le Grand Toronto, en passant par Brampton, North York et Hamilton. L’autre a promis de protéger les travailleurs, en direct du pont Ambassadeur, à Windsor. Vous n’êtes pas tombé sur la tête: les élections ontariennes se sont bel et bien passées le 27 février dernier. Mais ce récent scrutin provincial risque de servir d’inspiration pour les candidats aux élections fédérales.

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Émilie Gougeon-Pelletier

IJL – Réseau.Presse – Le Droit

Devant le pont Ambassadeur, à Windsor, le libéral Mark Carney se tenait derrière un lutrin sur lequel on pouvait lire, en majuscules, «PROTÉGER LES TRAVAILLEURS».

Ce message de Mark Carney, évoqué mercredi, était un quasi-calque à celui du premier ministre ontarien Doug Ford, lors du premier jour de la campagne électorale provinciale, le 29 janvier dernier.

Ce jour-là, lui aussi entouré de travailleurs du secteur automobile, le chef progressiste-conservateur ontarien se tenait au même endroit, derrière un lutrin où était apposée une affiche indiquant «PROTECT ONTARIO».

Le pont Ambassadeur, qui relie Windsor à la ville de Détroit, dans l’État du Michigan, est le poste frontalier commercial le plus fréquenté entre nos deux pays voisins.

Doug Ford disait avoir besoin d’un mandat fort pour lutter contre les menaces tarifaires du président américain Donald Trump, et avait utilisé cette conférence de presse pour orienter la question de l’urne vers le besoin de protéger la province contre celles-ci.

Et faire écho à la campagne électorale victorieuse de Doug Ford, c’est exactement ce que devra faire Mark Carney pour devenir le prochain premier ministre du Canada, selon des experts.

«Il doit s’inspirer de la campagne de Doug Ford», avance l’ancien stratège libéral à Ottawa, Jeremy Ghio.

«Je ne suis pas prêt à dire qu’il doit calquer la campagne de Doug Ford, puisque déjà, l’appui non dit de Doug Ford à M. Carney est un énorme avantage, et le fait que Doug Ford ne fasse pas campagne pour Pierre Poilievre est un autre grand avantage», soutient le directeur principal chez TACT.

Mais Mark Carney «doit s’inspirer [du premier ministre de l’Ontario], notamment dans sa position de ‘Capitaine Canada’», indique Jeremy Ghio, ajoutant que «Doug Ford avait une position très ferme par rapport aux États-Unis».

Un défi différent pour Pierre Poilievre

Le style de campagne du conservateur Pierre Poilievre contient quelques similarités à celui de Doug Ford, comme «le rythme qu’il impose en organisant plusieurs événements par jour», note l’ancien conseiller politique du gouvernement Ford, Andrew Brander, lui qui a aussi occupé ce rôle auprès de ministres du gouvernement de Stephen Harper.

«Il commence généralement la journée par une annonce de campagne. Il participe ensuite à une sorte d’événement de sensibilisation avec le candidat local, comme des visites de boulangeries, ou quelque chose du genre, et termine avec de grands rassemblements, en soirée», indique Andrew Brander, qui travaille maintenant à l’agence Crestview.

Une autre similarité: le Parti conservateur du Canada a décidé de faire comme le Parti progressiste-conservateur de l’Ontario et de ne pas autoriser les médias à bord de sa caravane de campagne.

Ainsi, comme l’a fait l’équipe de Doug Ford lors des trois dernières élections ontariennes, l’équipe de Pierre Poilievre limite les interactions du chef conservateur avec les journalistes.

Or, c’est peut-être là que prennent fin les ressemblances entre ces deux politiciens. «Doug Ford est un classique progressiste-conservateur, alors que Pierre Poilievre amène plus un conservatisme de l’ouest», soulève le rédacteur en chef de l’agrégateur 338Canada, Philippe J. Fournier.

Contrairement à Mark Carney, s’inspirer de la campagne de Doug Ford n’est pas le premier conseil qu’ont à offrir les stratèges politiques à Pierre Poilievre.

«Le défi principal de Pierre Poilievre, c’est de se distancier de Donald Trump, et d’adoucir le ton», souligne Jeremy Ghio.

  1. Poilievre a, par exemple, qualifié son adversaire libéral de «faible et fragile», cette semaine, des mots qui rappellent ceux utilisés par Donald Trump lorsqu’il parlait du démocrate Joe Biden.

Or, l’analyste politique Andrew Brander souligne que si l’on a l’impression que Pierre Poilievre adopte souvent un ton similaire à celui du président américain, ce n’est qu’un «stéréotype».

«C’est peut-être le plus grand défi à relever actuellement, mais si vous regardez les propos des principaux chefs de parti, [...] on constate un langage très similaire de tous les côtés. Que ce soit “le Canada d’abord”, de Pierre Poilievre, ou le “Trump veut nous briser pour pouvoir nous contrôler”, de Mark Carney, tous véhiculent un message très similaire. Donc, je ne sais pas exactement où cette nuance se perd, pour les conservateurs, mais je ne pense pas qu’il ait besoin de faire un quelconque ajustement», croit M. Brander.

L’Ontario, cette province redoutable

Il est quasi impossible de remporter des élections fédérales sans gagner la majorité des circonscriptions de l’Ontario.

Le scénario est le même depuis 50 ans: le parti politique ayant remporté le plus de sièges dans cette province a gagné 14 des 15 dernières élections.

Stephen Harper a été l’exception à cette règle, soit la fois où son parti conservateur a délogé les libéraux et formé un gouvernement minoritaire, en 2006.

«Si les conservateurs font bien en Ontario, mais n’arrivent pas à percer nulle part ailleurs que leur bastion traditionnel, ils ne seront pas majoritaires. Si les libéraux tiennent le coup en Ontario, mais perdent le Québec, ils ne seront pas majoritaires», mentionne Philippe J. Fournier.

Le Grand Toronto

«Je regarde la liste de sondages, et il n’y en a aucun qui donne un avantage en Ontario pour les conservateurs. Et donc c’est pour ça que présentement dans mes projections, j’ai le Parti libéral comme favori», dit l’expert des sondages.

«Pour les libéraux, pour gagner un gouvernement, tu as besoin du Grand Toronto et du Québec. Pour les conservateurs, tu as besoin des prairies et du Grand Toronto», souligne l’analyste politique, Jeremy Ghio.

«Et c’est pour ça que la pression était aussi forte sur Justin Trudeau pour qu’il démissionne. Parce que quand c’est rendu que tu échappes des comtés comme Toronto-St. Paul’s, et à Montréal [LaSalle—Émard—Verdun], tu échappes tes bastions, et il n’y a plus rien qui tienne», ajoute Jeremy Ghio.

Ainsi, les analystes politiques indiquent que les chefs libéral et conservateur devraient passer beaucoup de leur temps dans le Grand Toronto durant la campagne électorale.

Des régions comme celle de Brampton, par exemple, offrent une opportunité en or pour les conservateurs de Pierre Poilievre, souligne M. Brander.

«Des quartiers-dortoirs typiques qui devraient être en phase avec les enjeux évoqués par Pierre Poilievre, notamment les problèmes de budget, d’accessibilité financière et la forte hausse de la criminalité», remarque le stratège conservateur.

Philppe J. Fournier estime que la présence de Pierre Poilievre dans des villes comme Hamilton et Brampton, au cours de la dernière semaine, «c’est exactement le genre de places qu’il doit convoiter s’il veut faire des gains, parce que sinon, il n’y a pas de chemin vers la victoire».

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  • Date de création 31 mars, 2025
  • Dernière mise à jour 31 mars, 2025
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