L’élection de Donald Trump, des jours noirs pour les baleines

Les attaques de l’administration Trump contre la protection de l’environnement menacent les baleines noires de l’Atlantique Nord, déjà au bord de l’extinction. Côté canadien, les scientifiques appellent à renforcer les efforts de conservation du cétacé présent au large des côtes de la Nouvelle-Écosse. 

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Marine Ernoult 

IJL – Réseau.Presse – Le Courrier de la Nouvelle-Écosse

Comme toutes les espèces sauvages, les baleines noires de l’Atlantique Nord ne connaissent pas les frontières. Le mammifère marin, régulièrement observé au large de la Nouvelle-Écosse, circule librement entre les eaux territoriales canadiennes et américaines.

L’élection de Donald Trump à la Maison-Blanche réveille donc les pires craintes des scientifiques quant au sort de cette baleine d’ores et déjà en danger critique d’extinction.

«Tout ce qui se passe aux États-Unis peut avoir des conséquences sur l’espèce le long de nos côtes, prévient la directrice des campagnes de l’organisme Oceana Canada, Kim Elmslie. Les décisions de Washington pourraient accélérer son déclin et potentiellement mener à son extinction.»

Dans le monde, il ne reste que quelque 370 spécimens encore vivants, dont 70 femelles reproductrices. Cette année, il n'y a eu que 10 naissances, selon Kim Elmslie.

«Instabilité» et «manque de confiance»

Récemment, l’Agence météorologique et océanographique américaine (NOAA), qui supervise tous les programmes de protection des baleines aux États-Unis, a été contrainte de supprimer des centaines de postes de chercheurs.

«L'incertitude règne. Nous ne savons pas exactement ce qui se passe, en quoi cela affectera leur capacité d’action ni quels sont les employés concernés par ces licenciements», s’inquiète Kim Elmslie.

En temps normal, les gouvernements du Canada et des États-Unis se rencontrent plusieurs fois par an afin d’assurer la protection transfrontalière du cétacé.

«On ne sait pas si ces réunions vont se poursuivre ni comment les informations seront partagées», observe Kim Elmslie.

Le biologiste principal en conservation - programmes marins - de la Fédération canadienne de la faune, Sean Brillant, partage la même inquiétude: «Le plus gros problème est l'instabilité et le manque de confiance. C’est frustrant.»

Il rapporte qu’au cours des deux derniers mois, les organismes canadiens ne savaient pas «jusqu’à la dernière seconde» si leurs homologues américains seraient autorisés à participer aux réunions bilatérales consacrées aux baleines.

Plus de limite de vitesse aux États-Unis 

«Jusqu'à présent, ils ont continué à venir. Mais, la prochaine fois, à cause de leur président, on pourrait leur dire, "Non, vous ne collaborez plus avec les Canadiens"», regrette Sean Brillant.

Oceana Canada craint par ailleurs que des fonds dédiés à la sauvegarde du cétacé soient retirés aux agences et ministères fédéraux américains.

L’autre source d’inquiétude des scientifiques, ce sont les navires en excès de vitesse dans les zones désignées pour la protection des baleines. De fait, avec les enchevêtrements dans des engins de pêche, les collisions avec des bateaux constituent la principale cause du déclin de l’espèce.

Or, à la mi-janvier, l’administration de Joe Biden a renoncé à une proposition de limitation de vitesse plus stricte pour les navires dans les eaux territoriales américaines de la côte atlantique.

«Ils s'attendaient à ce que cette mesure ambitieuse soit annulée avec le retour de Donald Trump. Ils l’ont donc volontairement retirée en prévision d'un manque de soutien», explique Sean Brillant.

«Cette volteface met une pression supplémentaire sur les épaules des écologistes canadiens», ajoute Kim Elmslie.

Une action en justice est en cours aux États-Unis pour tenter de rétablir la mesure. De ce côté de la frontière, Ottawa impose aux navires des limites de vitesse plus strictes depuis 2017 dans des zones désignées.

Retombées positives pour les pêcheurs 

Kim Elmslie estime cependant que ces restrictions sont insuffisantes. Elle réclame notamment des ralentissements «systématiques et obligatoires pour tous les navires», en particulier dans le secteur du détroit de Cabot, entre la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve.

Quelle que soit la situation aux États-Unis, les chercheurs encouragent les acteurs néoécossais à redoubler leurs efforts de conservation.

La sauvegarde des baleines est également importante pour l’industrie de la pêche de la province. Toute personne important des produits de la mer aux États-Unis doit en effet respecter leurs normes de protection des mammifères marins.

«On doit faire tout ce qui est en notre pouvoir pour protéger les baleines, pour ne pas donner une bonne raison au gouvernement américain de refuser nos produits de la mer», souligne Sean Brillant.

Aux yeux du biologiste, cette stratégie pourrait s'avérer encore plus importante si les pêcheurs de crabe des neiges et de homard sont obligés de décrocher de nouveaux marchés en Europe: «Nous devrons démontrer que notre système de gestion est très soucieux de la conservation.»

Les baleines noires sont aujourd’hui sous les feux de la rampe, mais plusieurs autres mammifères marins présents dans les eaux de la Nouvelle-Écosse, comme les marsouins et les baleines à bosse, sont aussi menacés par l’administration de Donald Trump.

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  • Date de création 31 mars, 2025
  • Dernière mise à jour 28 mars, 2025
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