Un nouveau rapport révèle une augmentation de 77 % du nombre de sans-abris en trois ans

L'accès local aux services s'est amélioré, mais il reste encore beaucoup à faire

Christian Gammon-Roy

IJL – Réseau.Presse - Tribune : la Voix du Nipissing Ouest

Le Conseil d'administration des services sociaux du district de Nipissing (CASSDN) a publié le 26 février les résultats de son compte ponctuel (Point in Time ou PiT) des sans-abris, qui vise à déterminer le nombre de personnes confrontées à l'itinérance dans la région. Le compte a été effectué au moyen d'un sondage mené le 9 octobre 2024 par des organismes de services sociaux, des fournisseurs de services aux sans-abris, des établissements de soins de santé, des municipalités et des institutions correctionnelles dans le district de Nipissing. Les données publiées font état d'un total de 531 personnes en situation d'itinérance dans le district, comparativement à 300 dénombrées en 2021, soit une augmentation de 77 %. Dans le Nipissing Ouest en particulier, le nombre serait de 65 d’après le rapport du CASSDN. Cependant, selon l’organisme No More Tears, qui vient en aide aux sans-abris dans cette municipalité, ce chiffre ne fait qu'effleurer la surface.

«Il est très difficile pour nous d’évaluer la précision du compte parce que nous ne nous occupons que de Sturgeon Falls, donc pour nous, nous avons 56 clients. Ce chiffre [du compte PiT] englobe Garden Village, Field, tout le Nipissing Ouest,» explique Delia Greenlees, trésorière et coordonnatrice communautaire de No More Tears. Elle souligne en outre les facteurs susceptibles de limiter l'exactitude du compte PiT, dont le délai très court pour recueillir les chiffres, soit 24 heures dans les villes et une semaine dans les régions rurales, et le fait que les sans-abris de Nipissing Ouest ne sont pas toujours faciles à trouver. Cela dit, M. Greenlees convient qu'il vaut mieux avoir des données que rien du tout, car des chiffres concrets permettront au CASSDN de demander plus de financement gouvernemental pour les services offerts à North Bay et au Nipissing Ouest.

Les prochaines étapes sont décrites dans le rapport du CASSDN. Sans surprise, l’organisme compte «continuer à plaider en faveur d'un financement pour soutenir les personnes sans domicile.» Lorsque la Tribune a contacté l’organisme pour demander des précisions sur ses revendications, on nous a fourni un autre rapport du CASSDN. Ce rapport décrit les demandes faites au gouvernement provincial lors de la conférence 2024 de l'Association des municipalités de l'Ontario (AMO), au cours de laquelle la délégation du CASSDN a présenté trois demandes au ministre des Affaires municipales et du Logement. La première concernait un financement annuel de 313 000$ pour une équipe de sensibilisation à l'itinérance à l'échelle du district, ainsi qu'une somme ponctuelle de 65 000$ pour un véhicule affecté à cette fonction. La seconde demande était de 8,75 millions de dollars pour la construction d’un projet de logements supervisés, ainsi qu’un financement annuel de 1,2 millions de dollars pour son fonctionnement. La troisième visait l’augmentation du financement aux programmes Initiative de logement Canada-Ontario et Initiative de logement axée sur les priorités de l'Ontario, afin que le CASSDN puisse «financer des projets de logement abordable sur une base annuelle, ainsi qu'un financement annuel régulier pour les subventions au loyer afin de répondre aux besoins des résidents à faible revenu du district de Nipissing.»

Il convient de mentionner aussi la délégation du CASSDN auprès du ministère des Services à l'enfance et des Services sociaux et communautaires, pour lui demander «au minimum, d'indexer annuellement les prestations du programme Ontario au travail pour tenir compte de l'inflation et d'aligner les allocations pour les nécessités de base et le logement sur celles du Programme ontarien de soutien aux personnes handicapées (POSPH), afin que les personnes seules et les familles soient mieux équipées pour couvrir le coût de la nourriture, du logement et des autres nécessités de base.» Le CASSDN n'a pas fait de commentaires sur les programmes en cours, ni sur le résultat de ses revendications jusqu'à présent.

Cependant, les choses ont progressé sur le front contre l'itinérance au Nipissing Ouest. Avant l'hiver, l'organisme No More Tears (NMT) s'est adressé au CASSDN pour demander que les sans-abris locaux soient à nouveau logés temporairement dans des chambres de motel. Selon Mme Greenlees, NMT a recommandé de prolonger le programme d’intervention en temps de grand froid, géré par le Centre de crise de North Bay pour le compte du CASSDN, qui a accepté. Le programme est toujours en cours jusqu'au 30 avril, et NMT travaille avec l’organisme True Self pour offrir des soutiens directs ici au Nipissing Ouest.

«Le motel River Mist a été formidable. Nous avons élaboré un très bon programme avec la propriétaire et l'avons rassurée de notre présence continue pour veiller à ce que tout aille bien. C'est un très bon partenariat. True Self et nous-mêmes communiquons quotidiennement avec les propriétaires pour nous assurer que tout va bien,» explique Mme Greenlees. Jusqu'à présent, les quatre chambres réservées au motel River Mist ont vu, en rotation, 17 personnes hébergées temporairement pendant les mois d'hiver. Mme Greenlees est surtout fière de dire que «cinq d'entre elles ont trouvé, depuis, un logement permanent.»

Ce niveau de collaboration entre les organismes locaux est aussi un progrès important, dit-elle. «Nous avons travaillé en étroite collaboration avec le Centre de crise et nous sommes parvenus à un accord selon lequel, si nous appelons, nous n'avons pas besoin d'emmener nos sans-abris sur place pour les inscrire, nous pouvons le faire par téléphone et ils nous diront s'ils ont un lit disponible ou non, afin que nous ne perdions pas de temps,» explique Mme Greenlees. Elle ajoute que la collaboration avec les refuges Northern Pines et Four Elms a été tout aussi bonne. «Ils ont été formidables et ont aidé un grand nombre de nos clients. Nous avons pu en placer un certain nombre. C'est une bonne chose.»

Les agences qui travaillent sous l'égide du CASSDN sont désormais en mesure de collaborer et de communiquer directement entre elles. Mme Greenlees explique qu'il y a un an, la directive était toujours de «communiquer avec le CASSDN», qui finançait les programmes mais qui n’était pas impliqué dans leur administration au jour le jour. Aujourd'hui, elle affirme que les choses se règlent bien plus vite lorsque le personnel du Centre de crise, de True Self ou de NMT peut communiquer directement l’un avec l’autre. «C'est tellement agréable de travailler tous les trois ensemble. Nous organisons des conférences téléphoniques avec les trois agences et nous arrivons à faire avancer les choses,» dit-elle.

C'est un contraste par rapport aux conversations au début de la crise du sans-abrisme dans le Nipissing Ouest. De nombreuses personnes déploraient le fait que tous les services du CASSDN se trouvaient à North Bay et semblaient hors de portée. La réponse était toujours «le CASSDN paie pour les services à North Bay et nos résidents sont autorisés à utiliser les services à North Bay,» se souvient Mme Greenlees. Mais la question portait sur l’accès, à savoir «comment les amener là-bas, et s'ils ne peuvent pas y aller, que peut faire le CASSDN pour nous aider ici?» raconte-t-elle. La réponse, semble-t-il, était de rendre les services plus facilement accessibles à partir de Nipissing Ouest, comme le logement temporaire dans un motel local et l’inscription par téléphone. Ainsi, bien que nous soyons toujours à 30 minutes de la ville où sont administrés les services, cette distance semble un moins infranchissable grâce aux revendications et à la présence sur le terrain de No More Tears.

Aujourd'hui, devant une augmentation de 77 % du nombre de sans-abris dans le district, révélée par le récent compte PiT du CASSDN, Mme Greenlees espère à une mobilisation et un financement accrus pour continuer à s'attaquer à ce problème de plus en plus grave.

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Photo : Delia Greenlees, de l’organisme d’aide aux sans-abris No More Tears, n’est pas convaincue de l’exactitude des données sur le sans-abrisme, mais elle espère que la croissance démontrée du fléau incitera à l’action et à l’investissement.

Crédit photo : Courtoisie

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  • Date de création 26 mars, 2025
  • Dernière mise à jour 26 mars, 2025
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