Nepean: le choix de Mark Carney divise les Ottaviens

Alors que le premier ministre sortant a confirmé qu’il se présenterait comme candidat pour représenter Nepean au parlement, les électeurs de la circonscription s’interrogent sur la disqualification de leur précédent député.

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Par Clémence Labasse
IJL - Réseau.Presse - Le Droit

À Nepean, chaque coin de rue des grandes artères aborde une ou plusieurs pancartes pour la candidate conservatrice Barbara Bal.

En ce lundi de début d’élection, aucun signe ou écriteau pour Mark Carney n’est encore visible dans la circonscription que le premier ministre souhaiterait représenter à la Chambre des communes.

Il faut dire que jusqu’à jeudi dernier, le député libéral de Nepean, Chandra Arya pensait se représenter dans cette circonscription lors des élections à venir. L’homme politique qui sert le secteur depuis 2015 a annoncé le 20 mars que son parti politique avait révoqué son statut de candidat. Deux jours plus tard, il a été confirmé que le chef du Parti libéral du Canada, Mark Carney, comptait se présenter dans cette même circonscription de l’ouest d’Ottawa.

Heather McLeod est résidente de longue date de Nepean. Elle était satisfaite de son représentant actuel au parlement. Si elle dit ne pas être opposée à la venue de Mark Carney comme candidat du Parti libéral pour la circonscription, cette dernière avoue être perplexe quant aux circonstances qui entourent la mise à l’écart de son précédent député.

«C’est vrai que je me demande ce qui se passe dans les coulisses, car [notre député] n’avait déjà pas été autorisée à se présenter aux élections de la direction du Parti libéral. J’ai le sentiment qu’ils ne nous ont pas donné toute l’histoire.

Jennifer Marrie habitait à Nepean jusqu’à récemment. Elle avait voté pour Chandra Arya lors de précédentes élections.

«J’espère qu’il a été démis de ses fonctions parce qu’il ne faisait pas du bon travail, aussi étrange que cela puisse être à dire. Ce ne serait pas juste qu’il soit écarté par le parti juste pour que Mark Carney soit nommé quelque part… même si je l’aime bien et je souhaite qu’il soit notre prochain premier ministre», explique l’Ottavienne, à la sortie du complexe sportif de Nepean.

Quelques pas plus loin, une publicité pour le dernier député de la circonscription est toujours visible dans l’affichage de l’arrêt de bus, tourné vers la rue.

Le manque de raison explicitement nommée pour justifier la décision du parti d’écarter la candidature de M. Arya a fait naître de nombreuses spéculations parmi les citoyens de la capitale canadienne.

«Pour moi, il s’agit d’une attaque envers la communauté hindoue du Canada. Quand nos temples ont été vandalisés, il a pris position et nous a défendus. Je pense que c’est pour ça qu’il a été pris pour cible», déclare Ritu Dhir, résidente du centre-ville d’Ottawa.

«Je ne suis pas contente du tout avec la situation».

—  Ritu Dhir, résidente d'Ottawa.

D’autres membres de la communauté indienne de la ville ajoutent qu’ils appréciaient le franc-parler du représentant libéral de Nepean, ces dix dernières années.

«Selon moi, le dernier premier ministre, Justin Trudeau était une bonne personne, mais il a détruit les relations du Canada avec l’Inde. Ce que je respectais beaucoup chez [Chandra Arya], c’est qu’il lui arrivait de ne pas suivre la ligne de parti. Il s’en tenait aux faits; surtout sur ce sujet», commente Akay Devy, un résident de Nepean d’origine indienne.

Mais cette opinion n’est pas partagée par tout le monde. Dans les commentaires de Chandra Arya sur les réseaux sociaux, ces derniers jours, les Canadiens semblent divisés sur les relations que le député semblait entretenir avec l’Inde durant son mandat.

De nombreux internautes qualifient la décision du Parti libéral de déplorable. Pour d’autres commentateurs, le choix du parti est justifié.

«Vous avez agi en tant que représentant de l’Inde dans vos relations avec le Bangladesh. Ce n’était pas correct. Un député canadien ne devrait pas se comporter comme le représentant d’un autre pays», commente Rimon Mahmud, qui ajoute: «Bien joué, Parti libéral».

Si certains internautes recommandent au député sortant de se présenter aux élections en tant que candidat indépendant contre Mark Carney, d’autres comme «robmacpage» sur Instagram se disent satisfaits de voir le député s’en aller.

«À part organiser des fêtes pour ses amis, il n’a rien fait pour Nepean et le pays», écrit ce dernier. Un avis partagé par Susanne Tanguay sur Facebook.

«Bonne nouvelle! J’espère qu’on aura finalement un député libéral à Nepean qui se soucie de nous.»

—  Suzanne Tanguay, une internaute résidente d'Ottawa, sur Facebook

Enfin, certains reprochent à l’ancien représentant de Nepean ses commentaires lors de la course à la chefferie du parti libéral en janvier dernier. «Vous avez méprisé les francophones, comment pouvez-vous représenter la population?» écrit Alan Craig, chef de l’administration du syndicat des employé-e-s de l’Impôt à Ottawa.

Lors d’une entrevue avec Radio-Canada en janvier, Chandra Arya avait en effet déclaré: «Pour les Québécois comme pour les anglophones au Canada, ce n’est pas la langue qui est importante, c’est ce que nous leur livrons».

Quelques jours plus tard, il avait été écarté de la course à la chefferie du Parti libéral du Canada.

Nepean compte 87 000 électeurs. Ses limites ont été redessinées en 2022 en vue de l’élection actuelle. Une partie de l’ancienne région appartient désormais à la circonscription voisine de Carleton, où le chef du parti conservateur Pierre Poillievre est candidat.

La circonscription a été créée en 1988 et était détenue par le parti libéral jusqu’à son abolition en 1996 et la redistribution du territoire dans d’autres circonscriptions. Rétabli en 2015, le siège de Nepean avait alors été remporté par Chandra Arya avec 52,4 % des voix. En 2021, ce dernier avait été réélu avec 46 % des voix.

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  • Date de création 25 mars, 2025
  • Dernière mise à jour 28 mars, 2025
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