Égales: le message anachronique des agricultrices

Des épouses d’agriculteurs qui sont seules responsables des tâches ménagères malgré leur travail quotidien à la ferme. Des conjointes de fermiers à qui le responsable des prêts à la banque n’adresse pas la parole. Des femmes entrepreneures à qui l’on demande des garanties ou des appuis que l’on ne demande pas à un homme. Est-ce le portrait d’une ferme des années ‘30? Non. Ce sont des scènes bien réelles. Aujourd’hui. En Ontario.

 

Jean-Marc Dufresne

IJL – Réseau.Presse – Agricom

L’Union culturelle franco-ontarienne a lancé récemment un vaste projet de consultation des agricultrices francophones de la province. Le but? Les écouter, entendre leurs témoignages, comprendre quelles sont les barrières à leur succès à la tête d’une entreprise agricole. Après seulement deux consultations, le constat est parfois désolant.

Rendre visible l’invisible

La charge mentale. S’il est un élément qui ressort au-dessus de tout des consultations tenues jusqu’à présent avec des groupes d’agricultrices, c’est le poids des responsabilités qu’elles ressentent- et le déséquilibre qu’elles perçoivent entre leurs tâches et celles de leurs conjoints.

« J’avais du travail à faire au champ quand mon fils a eu besoin d’une chirurgie majeure », raconte Catherine. « En revenant de l’hôpital, j’avais à reprendre le travail et m’occuper de sa convalescence. C’est deux fois plus de charge de travail », dit-elle en référence au travail non-rémunéré à la maison, que le groupe de femmes appelle “le shift pas payé”.

Marianne, elle, est confrontée à une dure réalité quand son conjoint décède subitement à 42 ans: « Il est parti en auto un matin. 10 minutes plus tard, j’ai reçu un appel pour me dire qu’il a eu un accident et qu’il est mort. Il fallait que je reprenne seule les opérations. J’ai des voisins qui sont allés à la banque pour acheter mes terres, en se disant qu’une femme ne pourrait pas s’occuper d’une ferme. C’est pourtant ce que je fais depuis ce jour-là. »

Du changement

Responsable du projet, Janie Myner fonde de l'espoir sur la cueillette des témoignages de ces femmes, partout en Ontario. « On a vu du changement depuis les années ‘70, mais la société ne change pas rapidement. Il faudra se baser sur ces constats pour faire du lobbying, entre autres auprès des institutions financières, pour que les femmes soient davantage prises au sérieux et mieux considérées. »

Le chantier est vaste: conciliation travail-famille, congé de maternité pour l’agricultrice, accès aux services de garderie en milieu rural où la liste d’attente atteint deux ans, partage des tâches familiales au sein du couple, le congé parental offert aussi au père, partage du patrimoine lors d’une séparation, obligation pour la femme entrepreneure d’avoir une assurance-prêt qui n’est pas demandé à l’homme emprunteur, etc.

« Dans les périodes économiquement difficiles, les microentreprises réussissent mieux », estime Mme Myner. « Les femmes doivent souvent travailler deux fois plus fort pour se prouver. On n’est plus à l’époque où papa travaille pendant que maman est à la maison. Dans l’Est ontarien, le revenu moyen des couples d’agriculteurs selon les statistiques de 2023 est de 36 000$. C’est impossible de vivre sur un seul revenu. »

Le projet Égales vise ultimement à servir de base à un nouveau modèle de formation pour les prêteurs financiers afin qu’hommes et femmes soient traités de la même façon. « On veut aussi accompagner les agricultrices dans leurs croissance professionnelle à l’aide de programme Master Mind, où la mentorée devient à son tour mentore. On a tous quelque chose à apprendre », indique-t-elle.

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Légende photo 1 : Un groupe d'agricultrices et de femmes oeuvrant dans des domaines connexes s'est réuni le 6 mars à Plantagenet pour discuter des défis auxuquels elles sont confrontées.

Légende photo 2 : Janie Myner espère faire changer les mentalités pour une plus grande équité envers les agricultrices.

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  • Date de création 12 mars, 2025
  • Dernière mise à jour 17 mars, 2025
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