Le rayonnement linguistique du mi’kmaw 

Depuis plus de 10 ans, et ce, dans le but de faire revivre le mi'kmaw dans ses communautés, Mi'kmaw Kina'matnewey a mis en place plusieurs initiatives qui ont eu une influence positive sur les jeunes et les apprenants. 

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Jean-Philippe Giroux

IJL – Réseau.Presse – Le Courrier de la Nouvelle-Écosse

Le Courrier s'est entretenu avec la directrice générale de Mi'kmaw Kina'matnewey, Blaire Gould, pour connaitre le point de vue de l’organisme vis-à-vis de ses réussites et des obstacles qu'il continue à surmonter.

JP: Comment est-ce que vous vous sentez, en voyant les jeunes raviver la langue, reprendre le flambeau et montrer autant d'intérêt pour leur langue?

BG: Nous avons réalisé une étude sur la langue mi'kmaw en 2013. Les résultats de cette étude nous ont montré que nous avions des populations linguistiques saines, de 40 personnes et plus, dans la plupart des communautés. Pas dans toutes les communautés, mais il y avait une population saine parmi le grand public de la Nouvelle-Écosse qui conservait des langues et qui avait une certaine aisance ou une certaine compétence linguistique.

La population qui souffre actuellement est celle des 40 ans et moins, et l'impact se fait sentir dans toutes les communautés. [...] il y a encore des nombres isolés de locuteurs dans diverses catégories d'âge. Cependant, il s'agit d'un vrai écart de tendance par rapport à 1999, lorsque nous avons réalisé l'étude initiale, qui montrait des populations saines dans toutes les générations et toutes les catégories d'âge. Le fait de constater cette différence en 2013 a vraiment sonné l'alarme pour dire, «Qu’est-ce qui se passe avec l'acquisition du langage?».

[...] Des mesures d'intervention ont été prises par Mi'kmaw Kina'matnewey à l'époque concernant les programmes scolaires [avec] la volonté de mettre l'accent sur une meilleure structure dans les salles de classe. Cependant, et je ne pense pas qu'aucun groupe linguistique ne le contesterait, qu'il s'agisse du français, du gaélique ou peu importe, cette langue n'est pas soutenue ou revitalisée à l'école et uniquement à l'école.

C’est une approche à multiples facettes qui implique la communauté, le foyer, les familles, qui doivent tous faire le même pas guidé vers la réappropriation des langues. Et tandis que les écoles font de leur mieux, nous devons vraiment compter sur le fait que lorsque les élèves quittent l'école, où sont-ils? Nous nous intéressons donc aux communautés, aux foyers et aux familles. C'est le plus important.

La deuxième partie concerne l'évolution de la langue et la nécessité de, ce que nous disons toujours, nos ainés, [qui] sont nos bibliothèques, ils sont nos encyclopédies. Lorsqu'ils passent à l'étape suivante de leur voyage et qu'ils meurent, ils emportent avec eux toutes ces informations. C'est pourquoi nous insistons vraiment sur la nécessité de transmettre le savoir.

Il s'agit donc de passer du temps avec les anciens, d'être intentionnel et de veiller à ce que des relations significatives soient créées afin que nous puissions extraire le maximum de notre histoire, de notre langue et de nos traditions de ces experts, et que nous puissions également les conserver dans des personnes qui sont fortes dans ces domaines. C'est donc sur cette composante que nous mettons l'accent.

Enfin, [...] pour que les langues survivent, elles doivent évoluer, n'est-ce pas? Nous vivons aujourd'hui à une époque tellement différente que la langue doit être adaptée pour survivre. Et c'est le cas pour toutes les langues, pas seulement pour le mi'kmaw, mais aussi pour le français, l'anglais, l'espagnol et toutes les langues, en particulier les langues autochtones, qui doivent évoluer pour survivre.

Cela signifie que, oui, il y a de vieilles façons de parler et de vieilles langues que nous utilisons tous les jours, mais nous devons aussi nous lancer dans la création de nouveaux mots, par exemple, et nous assurer que nous nous adaptons aux technologies qui nous sont données. Nous ne pouvons pas résister à ce genre de choses, nous devons les adopter et les utiliser à notre avantage.

JP: Quels sont les exemples de nouveaux mots qui ont dû être ajoutés au vocabulaire au fur et à mesure de l'évolution de la langue?

BG: Wow, oui, de nouveaux mots comme, par exemple, ordinateur portable, avion, des choses qui impliquent l'actualité. C'est toujours quelque chose que nous devons faire.

Et je pense que, en plus de cela, par exemple, les choses sur les médias sociaux, comme Facebook, publier et les mèmes, et juste essayer de rester à jour parce que ces enfants, oh mon Dieu, je suis assez jeune, mais même les adolescents d'aujourd'hui parlent tout simplement d'une manière différente. Je ne veux pas parler de l'argot qu'ils utilisent, mais nous devons l'accepter et être respectueux de ces jeunes qui ont besoin de ces outils.

JP: Par curiosité, cet argot est-il un mélange de mi'kmaw et d'anglais, ou bien utilise-t-on ces mots d’ailleurs pour en inventer de nouveaux dans la langue mi'kmaw?

BG: Le mi'kmaw est une langue à base de verbes, n'est-ce pas? Ce n'est pas une langue basée sur les noms comme l'anglais [...]. C’est un peu plus complexe de créer de nouveaux mots. Beaucoup de nos mots ont donc une signification plus profonde. On peut les traduire littéralement, mais ils sont toujours davantage basés sur des concepts et, encore une fois, plus orientés vers le verbe. Voilà donc le tableau auquel nous sommes confrontés aujourd'hui.

[...] Chaque fois que nous voulons créer un nouveau mot, eh bien, c’est d’une longueur d'environ 28 caractères, n'est-ce pas? Alors, comment créer de nouveaux mots? Nous pouvons utiliser des mots courts, nous pouvons utiliser des mots longs, mais comment trouver un mot qui sera adopté et accepté largement à travers Mi'kma'ki ?

Les ainés y travaillent et d'autres experts en langues proposent les bons concepts, s’inspirant de choses qui existent déjà pour ne pas créer totalement de nouveaux mots, mais je dirais que la combinaison du mi'kmaw et de l'anglais est quelque chose que nous éviterons parce que, à ce moment-là, c'est du «mi'kmawlish», n'est-ce pas? Nous ne voulons pas évoluer en parlant moitié mi'kmaw, moitié anglais. Nous voulons l'inverse. Nous voulons nous éloigner de l'anglais.

JP: Nous entendons beaucoup parler de l'utilisation de l'intelligence artificielle comme outil d'apprentissage. Je sais que certaines Premières Nations ont étudié la possibilité d'utiliser l'intelligence artificielle à des fins éducatives, mais je voulais savoir si c'est quelque chose dont on discute dans vos cercles. Est-ce que c'est quelque chose qui est envisagé ou exploré pour l'apprentissage?

BG: Oui, absolument. L'IA est l'avenir, n'est-ce pas? Elle est là. [...] Il y a de très belles choses à propos de l'IA et je pense qu'il y a aussi des choses préjudiciables et effrayantes à propos de l'IA, n'est-ce pas? Tout dépend de l'utilisateur et de la manière dont il choisit de manipuler les choses.

Je suis moi-même très ouverte et je sais que beaucoup de membres de mon équipe sont prêts à nous aider dans cette stratégie. Il y a beaucoup de discussions à mener sur la manière dont nous évoluons vers l'IA.

J'aimerais attirer l'attention sur un point, à savoir, l'étude du langage courant et des conversations de tous les jours, oui, pourquoi pas? Mais quel est notre protocole autour des choses sacrées?

Les remèdes et les cérémonies, jusqu'où pouvons-nous les étendre à l'IA? C'est un sujet dont nous devons discuter, avec lequel nous devons nous assurer que tout le monde est à l'aise, avant d'envisager quelque chose comme ça.

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  • Date de création 14 mars, 2025
  • Dernière mise à jour 14 mars, 2025
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