Down Home, des histoires de résilience et de créativité 

Des œuvres réalisées par des artistes de descendance africaine basés en Nouvelle-Écosse, explorant différents aspects du soi, de la famille et de la communauté, sont en exposition à la galerie d’art de l’Université Dalhousie jusqu’au 27 avril. 

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Jean-Philippe Giroux

IJL – Réseau.Presse – Le Courrier de la Nouvelle-Écosse

Pour pousser la réflexion plus loin, les artistes de l’exposition, Down Home: Portraits of Resilience, ont pris part à un panel, le 27 février, à la Bibliothèque centrale d’Halifax en vue de révéler, à travers des anecdotes et des faits, la complexité qui façonnent la vie des Noirs, d'une génération à l'autre.

Le titre de l’exposition vient d’un poème de George Elliott Clarke, North is Freedom, qu’on peut lire sur le monument en avant le la bibliothèque publique du North-End. Il y a notamment une phrase qui mentionne le fait de «descendre» ou de «rentrer à la maison» (going down home).

«Je lisais beaucoup de poésie, de la poésie afro-américaine, lorsque je préparais le spectacle. Cela revenait sans cesse dans tous ces poèmes et c'était très nostalgique, très confortable», dit Fabiyino Germain-Bajowa, stagiaire en conservation pour 2024 de Dalhousie Art Gallery.

Les expériences distinctes des communautés noires des Maritimes et du Canada se reflètent dans les riches traditions de l'histoire orale, de l'art textile et de la foi, mentionne Mme Germain-Bajowa, et ont été une source d’inspiration pour l’exposition.

«J'espère que les gens en sauront un peu plus sur l'histoire et le contexte de ce que signifie être un Néoécossais africain et ce que signifie être un Afrocanadien en Nouvelle-Écosse.»

Les souvenirs des autres

Basée à Mahone Bay, Rebecca Fisk est une artiste visuelle et éducatrice afro-néoécossaise qui a grandi sur la Rive-Sud. En peignant principalement des autoportraits, elle explore les politiques identitaires, le racisme systémique et l'expérience d'avoir grandi dans une communauté rurale majoritairement blanche.

«J'avais un frère jumeau et nous étions les deux seuls enfants noirs de la famille et de la communauté. Je ne voulais pas être noire, je ne voulais absolument aucun lien avec la couleur noire, confie-t-elle, avant la période de discussion. C'était quelque chose dont j'avais honte.»

Elle inclut dans ses autoportraits de la nourriture associée à des stéréotypes de nature raciste, comme le melon d’eau (pastèque) et le sirop Aunt Jemima, et des artéfacts, certains plus personnels que d’autres. Par exemple, sur l’une de ses toiles se trouve une poupée au teint foncé, inspirée d’un vrai jouet d’enfance en sa possession.

Elle raconte avoir été victime de propos racistes à l’école, en troisième année, à cause de cet objet, une expérience qui l’a traumatisée. «Par la suite, j'ai détesté cette poupée parce que je ne voulais pas qu'on me rappelle la noirceur de ma peau.»

Chantal Gibson est une auteure, poète, artiste et éducatrice afro-canadienne de la côte ouest. Son art consiste notamment à imaginer des voix réduites au silence par l'effacement institutionnel.

Son matériau préféré pour créer, c’est l’histoire. «En particulier dans un contexte colonial, je considère l'histoire comme cette idéologie désagréablement collante et gluante qui nous colle parfois à la peau et que nous n'arrivons jamais à enlever.»

Pour Down Home, elle a travaillé sur une œuvre présentant 2000 cuillères-souvenirs, chacune ayant sa propre histoire. «Ma grand-mère blanche avait un porte-cuillères dans sa cuisine et, chaque fois qu'elle voyageait quelque part, elle récupérait une cuillère», relate l’artiste.

«Et ma mère - nous étions dans une petite communauté en Colombie-Britannique - avait un porte-cuillère, mais elle ne voyageait pas vraiment. Lorsque d'autres personnes allaient quelque part, elles lui apportaient une cuillère. C'était donc les souvenirs des autres.»

Elle utilise les cuillères pour parler de l’exclusion historique. L’œuvre tente de faire appel à «notre spécificité en tant qu'individus, parce qu'il y a 2000 cuillères du monde entier avec une iconographie différente». Cependant, une fois peintes en noir, elles semblent uniformes, ce qui est comparable à l’expression anglaise «paint everyone with the same brush».

Par exemple, sous le noir de l’une des cuillères souvenirs en provenance de Saint-Kitts se cache les mots «coupeurs de cannes», en référence aux esclaves. «Ainsi, quelqu'un avait dans sa collection, peut-être dans sa cuisine, l'image d'une personne réduite en esclavage sur son mur.»

Elle souhaite que son travail permette aux gens de prendre conscience de l'éventail des voix qui n'ont pas été entendues dans le discours colonial canadien.

De son côté, Fabiyino Germain-Bajowa espère que les gens se sentiront liés à ces artistes et à ces histoires, «parce que ce sont vraiment nos histoires».

«Ce n'est pas seulement l'expérience d'une personne. C'est une expérience partagée par beaucoup de gens et j'espère que les gens se sentiront connectés, qu'ils se trouveront eux-mêmes et qu'ils auront l'impression de rentrer à la maison en même temps», conclut-elle.

  • Nombre de fichiers 5
  • Date de création 10 mars, 2025
  • Dernière mise à jour 10 mars, 2025
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