Une nouvelle directrice s’attaque aux défis que doit relever l’hôpital
Les déficits, le recrutement et les infrastructures vieillissantes sont les principaux enjeux
Isabel Mosseler
IJL – Réseau.Presse - Tribune : la Voix du Nipissing Ouest
L'Hôpital général de Nipissing Ouest (HGNO) a une nouvelle directrice générale, Dawn Morissette, une femme à la carrière variée, riche d’expériences dans les secteurs public et privé. Il lui faudra bien tous ces atouts pour affronter les nombreux défis dressés devant l’institution locale, qui assure des soins primaires et de nombreux emplois au Nipissing Ouest. L’hôpital a terminé les trois dernières années en déficit et fait face à une pénurie de médecins, entre autres. Mme Morissette est entrée en fonction le 3 février, s’est installée à Sturgeon Falls et s'est retroussé les manches, s'engageant à défendre le bien-être de l'hôpital, de son personnel et du public.
Mme Morissette explique que son parcours professionnel diversifié, depuis ses débuts à Syncrude, en Alberta, jusqu'à la gestion d'un établissement de soins de longue durée à Elliot Lake, est le fruit de sa préférence pour une vie rurale. «C'est ce qui arrive quand l’on est jeune et qu'on veut vivre dans de petites villes. Il faut essayer de faire des choses qui nous intéressent et nous font grandir en permanence,» dit-elle. Son dernier déménagement ne fait pas exception. «J'ai spécifiquement cherché une petite communauté. J'ai bien l'intention de rester ici aussi longtemps que possible,» affirme-t-elle.
Le parcours de Mme Morissette comprend les soins de santé, son propre cabinet de conseil consultatif, la planification d'affaires, la gestion, les relations publiques, l'enseignement et le bénévolat, notamment en tant que membre du conseil d'administration de l'École de médecine du Nord de l'Ontario (EMNO). Et maintenant, «je suis vraiment, vraiment concentrée sur l'hôpital ici (...) Je suis là où je dois être.»
Dawn Morissette souligne que les déficits ne sont pas rares dans les petits hôpitaux. «Je dirais que nos défis ne sont pas très différents de ceux de tous les petits hôpitaux ruraux du Nord (…) parce que cela nous coûte plus d'argent de fournir des services similaires car nous n'avons pas d'économies d'échelle. Il est donc certain que nous aurons un déficit dans le court terme; ce problème persistera tant que nous n’aurons pas trouvé un accord avec le gouvernement provincial» pour un financement adéquat.
La priorité, c’est d’assurer que le Nipissing Ouest continue à recevoir des soins de qualité dans un établissement bilingue et local, un atout majeur pour la région, dit-elle. D’autres collectivités ont les mêmes priorités, et «nous pouvons tous nous serrer les coudes et travailler ensemble pour nous assurer que le gouvernement nous finance de manière appropriée,» pense Mme Morissette.
Elle prévoit des pressions plus fortes sur le système, particulièrement les soins de longue durée et les maladies chroniques. «Cette année, la dernière génération du baby-boom a eu 60 ans, ce qui signifie que les plus âgés des baby-boomers ont eu 80 ans. Nous ne sommes pas encore sortis d'affaire (...) À mesure que la population continue de vieillir, nous devons fournir ces services.»
À cette fin, l’hôpital comprend une section de soins de longue durée, le Pavillon. «Nous avons temporairement perdu des lits en raison des modifications apportées à la réglementation sur les soins de longue durée pendant la pandémie. (...) Nous avons tiré de nombreuses leçons [de la pandémie], dont l'une est qu'il n'est pas souhaitable d'avoir quatre personnes dans une chambre de soins de longue durée. Ainsi, dans toute la province, le ministère a dit «Vous ne pouvez plus faire cela.» Alors maintenant nous devons trouver le moyen de fournir le même service, le même nombre de lits à notre communauté dans les locaux dont nous disposons. Je ne sais pas encore comment nous allons pouvoir résoudre ce problème.»
La loi stipule désormais qu'il ne peut y avoir que deux personnes par chambre dans les établissements de soins de longue durée, mais le Pavillon ne dispose que d'un nombre limité de chambres et nécessiterait des rénovations pour en créer plus - une proposition coûteuse. «Je ne sais pas encore si nous parviendrons à obtenir des fonds pour le réaménagement, mais il est certain que je rechercherai toutes les possibilités de financement pour m'assurer de maximiser les services, en particulier dans le domaine des soins de longue durée.»
Le recrutement de professionnels de la santé est un autre souci permanent. L'expérience de Mme Morissette au sein de l'EMNO pourrait permettre de mieux comprendre ce qui attire les professionnels. Elle indique que l’HGNO continuera d'être un centre d'apprentissage pour les étudiants poursuivant une carrière en santé. «En tant que membre du conseil d'administration de l’EMNO, j'apporterai toujours le point de vue des petites villes du nord de l'Ontario et je veillerai à ce que les besoins de nos petites communautés soient clairement définis. Pour ce qui est d'attirer davantage d'apprenants, il y en a deux types (...) : les apprenants de premier cycle (...) et (...) nos résidents qui terminent leurs études. Ces derniers portent désormais le titre de docteur, mais ils ont besoin de la partie pratique de leur formation pour être en mesure de passer leurs examens finaux.»
C'est là que l’hôpital entre en jeu. «Je suis absolument convaincue que notre établissement (...) doit continuer d’être un centre d’apprentissage (...) pour les médecins intéressés par le type de pratique disponible ici (...), un peu de médecine familiale, peut-être un peu de soins hospitaliers, certainement un peu d'urgence, car nous avons du mal à garder le personnel nécessaire. C'est une grande priorité, et plus il y a d'étudiants qui franchissent nos portes et apprennent dans nos communautés, mieux c'est.»
Il s'agit également d'un effort communautaire, reconnaît-elle. «Nous avons des partenaires formidables dans la communauté. J'ai eu l'occasion de rencontrer des membres de l'Équipe de santé familiale de NO et du Centre de santé communautaire. Ce sont des organismes fantastiques et bien gérées à l'heure actuelle. En travaillant ensemble, plus nous pourrons former d'étudiants et faire pratiquer de résidents, plus nous serons en mesure de les retenir à long terme. Plusieurs personnes de notre région sont à différents stades d'apprentissage et nous devons donc travailler ensemble avec la municipalité» pour les recruter. Elle insiste sur le fait de viser tous les professionnels de la santé, «pas seulement les médecins, mais aussi les préposés aux soins et les infirmières auxiliaires, les techniciens de laboratoire et d'imagerie diagnostique, les radiologues et ainsi de suite.»
Elle souligne que la communauté elle-même est très attrayante pour les professionnels, un atout dans la concurrence féroce entre les institutions qui cherchent toutes à recruter. «Nous allons vraiment devoir travailler ensemble pour faire savoir à quel point il est intéressant d'être ici. Je veux dire, regardez tout ce que vous avez ici. C’est une communauté merveilleuse. Il y a une boulangerie. Qui a une boulangerie de nos jours? Il y a une épicerie fine. Il y a un boucher. Il y a tout ce dont vous avez besoin. Les magasins. Le Canadian Tire. Toutes sortes d'options pour l'essence, un centre communautaire, vous avez une piscine, (...) c’est plutôt rare dans les petites communautés! Et nous sommes super bien situés, (...) à un saut si vous voulez faire un tour dans la grande ville. Mais vous n'êtes pas obligé d'y vivre et ça c'est spécial, c'est vraiment spécial. Je pense que c'est ce qui rend cette ville attrayante.»
Si tout cela peut convaincre les gens de rester travailler au Nipissing Ouest, l’hôpital n’aura plus besoin d’avoir recours aux agences pour fournir du personnel temporaire, très coûteux, précise la directrice. En effet, ces dernières années, l'hôpital doit régulièrement faire appel à des médecins intérimaires pour assurer le service des urgences. Bien que cette situation pèse lourdement sur le budget, l’alternative serait de fermer les urgences faute de personnel. Les directeurs généraux précédents s'étaient engagés à maintenir les urgences ouvertes malgré leur déficit, et Mme Morissette maintient pour l'instant cette pratique.
L'une des caractéristiques intéressantes de la biographie professionnelle de Dawn Morissette est son travail dans le domaine de la diversité, l'équité et l'inclusion. «J'ai eu l'occasion de travailler sur ce dossier à plusieurs endroits et, pour moi, cela fait partie intégrante de la façon dont nous travaillons en collaboration dans cet environnement, ce qui signifie que tout le monde doit se sentir le bienvenu. Nous devons nous assurer que les gens se sentent bien accueillis, et pas seulement les bienvenus, mais qu'ils se sentent culturellement et psychologiquement en sécurité.»
Cela vaut pour le personnel comme pour les patients. «Si vous ne vous sentez pas en sécurité lorsque vous demandez des soins, vous risquez de ne pas raconter toute votre histoire et cela peut avoir un impact sur votre capacité à recevoir les meilleurs soins possibles sur le moment. Alors, comment faire en sorte que chaque personne qui franchit nos portes ait le sentiment de pouvoir être écoutée sans être jugée ? (...) Cela peut s'appliquer aux personnes qui luttent contre la toxicomanie, à celles qui viennent d'horizons différents, ou encore lorsque nous travaillons avec nos partenaires autochtones. Il y a beaucoup de travail à faire, mais nous avons tous beaucoup de travail à faire sur ce front, n'est-ce pas ? Il s'agit simplement de construire une culture dans laquelle chacun se sente en sécurité pour raconter son histoire.»
Mme Morissette est convaincue que cette communauté a ce qu’il faut pour créer cet environnement. «J'adore! Les gens ici sont phénoménaux. Ils sont gentils, compatissants et bons dans ce qu'ils font. Je rencontre de plus en plus de gens chaque jour. La charge de travail est lourde, mais je rencontre des gens dans les magasins, dans la rue ou au travail. C'est vraiment, vraiment accueillant. C'est une bouffée d'air frais. C'est formidable.»
Interrogée sur le secteur du bénévolat à l'hôpital, elle remarque que la pandémie a eu un impact. «Beaucoup de ces programmes de bénévolat ont été réduits pour faire face à la pandémie et pour protéger les bénévoles, les patients et le personnel de l'hôpital (...), et beaucoup d'hôpitaux ont mis du temps à rouvrir ces programmes de bénévolat et à les réimaginer pour les adapter à ce qui se passe dans les hôpitaux aujourd'hui. (...) Je n'ai pas encore eu l'occasion d'examiner ce dossier. Je pense que les bénévoles jouent un rôle très important, mais nous devons trouver un moyen de protéger tout le monde tout en permettant aux gens de s'engager. En attendant, si vous souhaitez faire du bénévolat, la Fondation [de l’hôpital] est un très bon point de départ. Nous avons des événements à organiser et des levées de fonds à faire.»
Mais elle a d’autres priorités avant d’attaquer celle-là, notamment de garder les portes ouvertes tout en veillant au budget. Dès son arrivée, l’hôpital était en plein travaux de rénovation. «Lundi [dernier], le service des urgences revenait à son emplacement d'origine, (…). Le personnel est en train de déménager en ce moment même (...). La nouvelle législation stipule que chaque hôpital doit être équipé de gicleurs en cas d'incendie et, bien entendu, certains bâtiments plus anciens, comme celui-ci, n'ont pas été conçus de cette manière à l'origine. Il fallait donc s'y atteler. (...) Nous sommes à la fin d'un projet de réfection réalisé sur plusieurs années. Je ne peux pas vous dire à quel point je suis impressionnée par l'équipe ici présente et la façon dont elle a géré le projet, ainsi que par les entrepreneurs. L'attention portée aux détails est incroyable. C'est impressionnant.»
Dawn Morissette n'est en poste que depuis un mois et avant de changer quoi que ce soit, elle veut connaître l'histoire, la communauté et le personnel de l’hôpital en écoutant. Elle se concentre non pas sur les difficultés, mais sur la vision de développement futur. «Il y aura toujours des problèmes à résoudre. Cela fait partie intégrante des choses. Mais il y aura aussi toujours des opportunités,» affirme-t-elle. «Si nous nous concentrons trop sur la résolution des problèmes, nous risquons de passer à côté de belles opportunités qui auraient été bénéfiques pour la communauté.»
Elle veut s'assurer que l’hôpital «reste viable dans 20 ans» et continue d'offrir des soins de qualité et des emplois valorisants au niveau local. «C'est vraiment un endroit où il fait bon travailler et si les gens cherchent un emploi qui les aidera à se développer et à avoir une carrière épanouissante et intéressante, c'est vraiment un endroit à considérer,» invite-t-elle.
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Photo :
La nouvelle directrice de l’Hôpital général de Nipissing Ouest, Dawn Morissette, cherchent les opportunités tout en relevant les défis.
Crédit photo : Isabel Mosseler
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- Date de création 8 mars, 2025
- Dernière mise à jour 8 mars, 2025