La zinothèque, bien plus qu’une bibliothèque
Chaque premier lundi du mois, Anchor Archive organise des soirées de catalogage de zines pour mettre à jour sa «zinothèque», qui regorge d’histoires locales, souvent racontées par des membres de groupes marginalisés qui trouvent dans ce médium une occasion de se faire entendre.
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Jean-Philippe Giroux
IJL – Réseau.Presse – Le Courrier de la Nouvelle-Écosse
Le cœur du travail a été effectué autour de 2008, lorsque Anchor Archive a reçu un fonds afin de cataloguer, pendant quatre mois, une grande partie des zines sur ses étagères.
D’où sont nées les soirées de catalogage avec des bénévoles. «Cela peut sembler très geek et peut-être ennuyeux, mais c'est un moyen cool de lire un grand nombre de zines différents ou de voir ce qu'il y a dans la collection de zines, explique Amanda Stevens, bibliothécaire et fabricante de zines. Et je pense que cela plait à certaines personnes.»
Elles se déroulent moins fréquemment qu’autrefois, mais elles ont toujours la même fonction: ajouter de nouveaux zines à la collection, pour que les Haligoniens puissent les lire.
Le zine est une publication autoéditée et autopubliée en dehors de l’univers des médias traditionnels, ayant pris ses racines au sein des mouvements féministes. C’est à travers ce médium que ces créateurs peuvent véhiculer des messages sociaux, politiques et identitaires très précis.
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Anchor Archive est né du désir de ses membres d’encourager la lecture et la création de zines, et de «rendre les médias indépendants et l'information plus accessibles à Halifax».
Selon Anchor Archive, la beauté du zine vient du fait qu’il permet aux projets militants de voir le jour, sans attendre que quelqu'un le fasse pour eux. C’est de «trouver des informations et des histoires qui ne sont pas représentées dans les médias et la culture dominante», réitère Anchor Archive, dans un zine réalisé précisément pour présenter la bibliothèque aux visiteurs.
Tout ce qu’il faut, c’est du papier, un stylo et une photocopieuse. Idéal pour les gens qui n'ont pas beaucoup d'argent ou qui n'ont pas accès à l'édition traditionnelle.
«Même en mettant des informations sur Internet, il y a des barrières à franchir, selon Stevens. Alors qu'un zine, oui, j'ai l'impression que tout le monde peut le faire.»
Aujourd’hui, la bibliothèque compte plus de 7000 œuvres, plusieurs étant locales. D’autres sont envoyées à Halifax depuis des villes aussi éloignées que Vancouver, en Colombie-Britannique.
En feuilletant à travers les zines, on trouve - certains écrits en français - des projets portant sur le féminisme, le racisme et l’indigénéité, mais on y trouve également plusieurs récits intimes.
Les zines sont souvent personnalisés, pointe Stevens, et parsemés d'humour et d’illustrations. «Il y a de la place pour les histoires personnelles, les expériences, les sentiments et les opinions.»
Stevens a découvert les zines dans les années 90, grâce à Internet. «Les gens ne l'utilisaient pas vraiment de la même manière qu'aujourd'hui.»
Elle était intéressée à la culture alternative, au groupe Riot Grrrl et aux groupes punks. «[J'ai] découvert les zines par ce biais, le voyant comme un moyen de m'exprimer et de me connecter avec d'autres adolescents bizarres vivant dans de petites villes du Canada ou d'autres endroits», raconte-t-elle.
Elle est tombée amoureuse du zine de nouveau lorsqu’elle est arrivée à Halifax pour faire des études bibliothécaires à l’Université Dalhousie.
«À l'époque où j'ai commencé, c'était l'un des seuls moyens de publier son propre travail, d'exprimer des opinions politiques alternatives, d'obtenir des informations politiques alternatives et d'établir des liens avec d'autres personnes ayant des intérêts similaires, mais qui étaient plus en marge.»
Achor Archive a ouvert ses portes en 2005 dans une petite maison rouge sur la rue Robert. Plus tard, elle est devenue le Robert Street Social Center, un espace pour faire de l’art et organiser des évènements communautaires.
Il y avait même eu une «résidence de zine» de deux semaines, qui a amené des artistes de divers horizons à Halifax.
Il s’agit du projet de deux amis, Sarah Evans et Sonia Edworthy. «Ils avaient tous les deux de grandes collections de zines et ont donc décidé d'ouvrir une bibliothèque de zines dans leur salon. Pendant quelques années, ils ont vécu tous les deux dans la maison et la bibliothèque était ouverte les fins de semaine.»
Elles ont organisé des ateliers sur les zines de plus qu’une foire de zines en 2019, avant la pandémie, un moment tournant pour Anchor Archive. «La pandémie nous a définitivement affectés et on ne s’est pas organisé à nouveau, dit-elle. J'ai encore des soirées de catalogage, et il y a généralement une bonne participation.»
«Il y a des gens qui viennent à chacune d'entre elles et on apprend à se connaitre, mais je dirais qu'il n'y a pas de communauté très active autour de la zinothèque en ce moment.»
Elle mentionne que les modes de communication sont différents depuis la pandémie. Il y a aussi un besoin de relève et de nouveaux leadeurs pour aider à s’occuper de la bibliothèque.
Anchor Archive a déménagé à quelques reprises. Sa demeure actuelle est dans le même lieu où se trouve la salle de spectacle et l’espace de location collective, Radstorm.
- Nombre de fichiers 7
- Date de création 13 février, 2025
- Dernière mise à jour 11 février, 2025