Terre-Neuve-et-Labrador dit Trude’au revoir
L’annonce du premier ministre sortant vient après plusieurs mois de polémiques nationales et des condamnations de la part des autres partis politiques représentés au Parlement. Si le soutien terre-neuvien et labradorien pour Justin Trudeau a diminué vers la fin de sa carrière, que doit faire le Parti libéral pour maintenir le soutien des électeurs de cette province?
John Babb
IJL - Réseau.Presse - Le Gaboteur - ATL
Le 6 janvier dernier, le premier ministre du Canada et chef du Parti libéral, Justin Trudeau est sorti du Cottage Rideau à Ottawa, où, devant une foule de journalistes et observateurs, il a annoncé sa démission. Ces derniers mois, son gouvernement a vu plusieurs défis dans la gestion de ses dossiers, notamment avec la démission de plusieurs membres de son cabinet, dont Chrystia Freeland, vice-première ministre et ministre de finance. Cette dernière a par exemple attiré beaucoup d'intérêt des médias, et ce, non moins à cause de sa lettre de démission critiquant la réponse économique canadienne face aux politiques de la nouvelle administration Trump au sud de la frontière.
Avec un vide à combler dans le Parti libéral dès la nouvelle année, on prévoit aussi une élection fédérale pour cet automne. Valérie Vézina, directrice du département de sciences politiques à la Kwantlen Polytechnic University de Surrey, en Colombie-Britannique, et actuellement professeure associée à l’Université Memorial, remarque le succès connu par Justin Trudeau ici et les défis auxquels les Libéraux feront face avant l’élection imminente.
«Je suis en fait surprise qu’il n’ait pas donné sa démission avant», nous confie la spécialiste en politiques comparées et canadiennes. «Ça fait très longtemps que monsieur Trudeau est extrêmement impopulaire dans les sondages...»
Une décennie de Trudeaumanie
Les Libéraux avaient la cote depuis plusieurs années à Terre-Neuve-et-Labrador, bien avant l’arrivée de Justin Trudeau sur la scène. Depuis l’élection fédérale de 1988, la majorité des députés fédéraux de la province sont rouges.
Bien que monsieur Trudeau quitte ses fonctions à la suite d'une chute graduelle en popularité autour du pays, sa carrière a connu un grand succès à Terre-Neuve-et-Labrador. Selon des sondages de l’Institut Angus Reid, il profitait d’une approbation de 84% en décembre 2015 dans cette province — la plus haute parmi un sondage réalisé dans neuf provinces. En février 2020, ce chiffre a diminué à 36%, mais son approbation est remontée à 65% en avril 2020. En revanche, ce niveau de soutien est clairement tombé parmi les Terre-Neuviens et Labradoriens: en décembre 2024, le chiffre a baissé jusqu’à 33%.
Il est possible que les filières de financement qu'offrent les Libéraux à Terre-Neuve-et-Labrador expliquent la popularité du parti dans cette province, dit la chercheuse originaire du Québec. En plus des «billions de dollars pour soutenir le projet de Muskrat Falls», le gouvernement Trudeau a également investi dans plusieurs programmes sociaux ici.
«La province de Terre-Neuve-et-Labrador dépend encore beaucoup des programmes mis de l’avant par [...] le gouvernement fédéral», explique madame Vézina. «Donc sous Trudeau - Terre-Neuve-et-Labrador, c'était la première province à, par exemple, signer l’entente sur les lunchs à l'école.»
«Je pense que ce qui a aidé le soutien de Terre-Neuve pour Trudeau, c’est justement tous ces programmes [sociaux]. Ce sont des programmes qui bénéficient aux Terre-Neuviens et aux Labradoriens qui en ont besoin», dit-elle. «Donc je pense que ça s'est rendu le gouvernement assez populaire [ici].»
Depuis 2022, le gouvernement Trudeau a également créé des programmes sociaux à travers une entente avec le Nouveau Parti démocratique (NPD), notamment l’expansion d’assurance dentale et la nouvelle législation d’assurance-médicaments. Le NPD a mis fin à l'entente de coalition avec le Parti libéral en septembre dernier et l'avenir des programmes resteincertain lors de la rédaction de cet article.
L’ère post-Trudeau: à quoi s’attendre?
Selon Valérie Vézina, la menace d'une seconde présidence Trump pourrait être bénéfique pour le Parti libéral lors des prochaines élections si le prochain leader du parti se montre ferme face au président américain. «Je pense que le nouveau chef du Parti libéral doit avoir vraiment une vision claire, doit être beaucoup plus, selon moi, pas sévère, mais affirmatif, plus guerrier en quelque sorte que présentement. [Il leur faut] un leader qui va être vraiment plus clair sur la position, qui ne va pas prendre en face le fait que Trump dit que le Canada va devenir le 51e État américain...»
Quand même, à cause des changements massifs sur le terrain politique national, le parti gagnant de la prochaine élection reste encore un mystère au public. Madame Vézina suggère que les connexions locales seront indispensables pour que les dirigeants des partis nationaux obtiennent du soutien. Mais leur capacité à atteindre cet objectif reste incertaine.
«...Ce qui se manque un peu, pour les trois partis principaux au niveau fédéral, c’est ces liens forts entre [Ottawa et] la province [...] on manque un peu de ça», dit-elle. «Je pense que ce qui va être un grand défi, c’est de vraiment bâtir des liens localement. Il va falloir que les chefs viennent visiter Terre-Neuve, et ça, je ne suis pas certaine que ça va se passer.»
Même si les Canadiens ont prévu de se rendre aux urnes cette année, les élections pourraient être plus proches qu'on ne le pensait, selon la chercheuse. «Je pense que comme on est en prorogation du gouvernement, moi je pense que la stratégie, ça serait bien de demander à la gouverneure générale, Mary Simon, une dissolution lorsqu’on retournera en mars - après la prorogation - puis d’aller en élection anticipée en mai probablement, plutôt que de faire face à une motion de censure [...]. Moi, je pense que ça serait un désastre de se mettre face à ça.»
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Photo: trudeau démission
Photo: Wikimedia Commons
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- Date de création 27 janvier, 2025
- Dernière mise à jour 27 janvier, 2025