Les vendredis pédagogiques: un premier bilan encourageant
L’implantation des journées pédagogiques hebdomadaires dans certaines écoles francophones du Nouveau-Brunswick a engendré des résultats positifs, selon des intervenants du milieu de l’éducation.
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Bobby Therrien
IJL – Réseau.Presse – Acadie Nouvelle
En septembre, le District scolaire francophone du Nord-Ouest a lancé un projet-pilote dans trois de ses écoles. La semaine d’école est réduite de cinq à quatre jours et demi en éliminant les cours du vendredi après-midi.
Les enseignants utilisent ce temps pour de la formation, de la planification ou des rencontres de ressourcement. Toutefois, le temps d’apprentissage des élèves ne change pas. Quelques minutes sont ajoutées aux heures de classe du lundi au jeudi.
Un exercice similaire a été réalisé pour les écoles du District scolaire du Nord-Est alors que la quasi-totalité des vendredis a été désignée comme journée pédagogique. Au primaire, cela se traduit par des congés pour les enfants l’après-midi, alors qu’au secondaire, la moitié des vendredis du calendrier sont des congés pour les élèves. Les autres sont des «journées expérientielles», axées sur le développement des compétences.
Au Nord-Ouest, les écoles Marie-Gaétane, à Kedgwick, Mgr-Martin, à Saint-Quentin, ainsi que la polyvalente Alexandre-J.-Savoie de Saint-Quentin ont été sélectionnées.
Environ quatre mois plus tard, les directions de ces écoles dressent un bilan positif de cette initiative. Ils soutiennent notamment que ce temps alloué toutes les semaines a permis au personnel d’accroître la fréquence de leurs rencontres destinées à développer des stratégies pour améliorer l’enseignement et l’aide apportée aux élèves.
«Nous asseoir en équipe»
Julie Godbout, directrice de l’école Mgr-Martin, s’est dite satisfaite des effets des vendredis pédagogiques sur ses élèves et son personnel.
Du côté des enseignants, elle estime que cette approche leur permet de réseauter plus souvent entre eux et d’échanger sur des sujets comme leurs pratiques d’enseignement.
«Ces vendredis nous permettent vraiment de nous asseoir en équipe et de discuter des défis de nos élèves, les bons coups et les pratiques que l’on doit améliorer. C’est un temps qui nous permet de nous réaligner comme école. Ça nous permet d’accueillir des spécialistes pour venir nous parler de numératie, de littératie ou de gestion de comportements, afin de nous perfectionner et de nous améliorer.»
Selon elle, ces rencontres permettent également de réunir les enseignants avec différents intervenants en milieu scolaire afin de discuter des interventions à prioriser.
Même si elle reconnaît que tout n’est pas parfait et que le projet a nécessité certains ajustements, elle est convaincue que l’école Mgr-Martin ne voudrait pas retourner en arrière.
«Tout le monde travaille vers la même chose. Avant, il n’y avait pas de mise en commun (du travail). Maintenant, cette mise en commun est faite pour tous les élèves (…) Les interventions sont efficaces et tout le monde sait ce qu’il a à faire.»
Moins d’absentéisme
Jason Thibault, directeur de la polyvalente Alexandre.-J.-Savoie de Saint-Quentin, s’est dit surpris de voir que les jeunes sont plus présents en classe que lors des anciennes journées pédagogiques.
«Avant, on avait tendance à prendre ça plus relax et on s’en rendait compte du côté de la rigueur pédagogique. Ç’a été clair avec le personnel que si l’on allait de l’avant avec un projet comme ça, il fallait que cette rigueur soit de mise. J’ai été agréablement surpris de voir que cette année, on a fait un bon pas vers l’avant (…) Il y a beaucoup moins d’absences les vendredis.»
La directrice de l’école Marie-Gaétane de Kedgwick, Hélène Savoie-Chouinard, croit que les séances de discussions plus formelles – qui ont été ajoutées grâce à l’implantation des vendredis pédagogiques hebdomadaires – ont aussi permis de rassurer les nouveaux enseignants.
Selon elle, le personnel enseignant et de soutien semble moins épuisé de leur semaine de travail et les élèves font preuve de plus d’assiduité.
«C’est demandant quand même, mais on dirait que ça ne leur fait pas la même chose. On se sent un peu plus libre. Pour les élèves, comme nos vendredis sont beaucoup axés sur les compétences, on s’est rendu compte que les élèves manquent moins (de temps de classe).»
«Le personnel et les élèves espèrent que cette nouvelle pratique va continuer l’année prochaine.»
Marilou Frenette, élève de 12e année à l’école Marie-Gaétane, dit adorer ce nouvel horaire. Selon elle, il permet aux élèves qui ont des emplois ou des activités au cours du week-end d’avoir du temps de plus pour se préparer ou se reposer.
«C’est quelque chose qui est apprécié. J’ai remarqué que les vendredis, même les élèves que l’on n’avait pas l’habitude de voir sont tout le temps là.»
Bouée de sauvetage
Le directeur général du District scolaire francophone du Nord-Ouest, Luc Caron, croit que la formation en continu sera un défi auquel sera confronté le milieu scolaire dans le futur.
«On ne peut plus faire comme dans le bon vieux temps et libérer de 30 à 40 enseignants d’une salle de classe et les remplacer par des suppléants, afin de les former. Nos défis en ressources humaines nous empêchent de faire ça.»
Il considère donc que pour certains enseignants, principalement les nouveaux venus, cette période supplémentaire qui est allouée en raison des vendredis pédagogiques est une bouée de sauvetage.
«Ça nous permet de répondre à ce besoin auquel on ne pouvait pas répondre avant, à cause de notre calendrier scolaire qui est géré par la ministre (de l’Éducation et du Développement de la petite enfance).»
L’un des objectifs de M. Caron est d’implanter ce système dans d’autres écoles de son district. Pour ce faire, un rapport sera préparé, puis envoyé à la Fédération des enseignants du Nouveau-Brunswick et à l’ensemble des écoles du DSFNO afin d’évaluer cette possibilité en vue de la prochaine année scolaire.
«Comme l’an passé, ça va prendre un vote. Comme vous le savez, ça prend 100% d’adhésion de la part d’une école pour qu’elle puisse vivre ce projet dans son établissement.»
Pas de nouvelles, bonnes nouvelles
Questionnée à savoir si des parents ont fait part de leurs doléances par rapport à ce nouveau système, la directrice générale de l’Association francophone des parents du Nouveau-Brunswick, Chantal Varin, a confirmé que non.
Elle dit croire qu’ils se sont bien adaptés à la situation.
De son côté, la présidente de l’Association des enseignants francophones du Nouveau-Brunswick, Stéphanie Babineau, a avoué qu’elle n’avait pas reçu de nouvelles de ses membres à ce sujet jusqu’à tout récemment.
Après avoir sondé son conseil d’administration, elle a affirmé que ce nouveau système a été reçu de manière positive chez les enseignants et les élèves.
«Ils reçoivent des formations à des moments opportuns. Ça leur donne la chance de mieux saisir les notions qui leur sont transmises pour les appliquer rapidement en salle de classe par la suite.»
«Ils ont aussi parlé des activités que les élèves vivent et qu’ils n’auraient pas eu la chance de faire autrefois.»
Mme Babineau croit cependant qu’il existe encore un travail de sensibilisation à faire auprès de la communauté. Elle soutient que les gens croient, à tort, que tout ce qui dépasse le cadre traditionnel en éducation est néfaste pour l’apprentissage des enfants.
«Ça demeure un rêve pour les enseignants que la communauté soit capable de saisir que la vision de la pédagogie a vraiment évolué au fil du temps.»
Stéphanie Babineau estime que le succès apparent des vendredis pédagogiques hebdomadaires jusqu’à maintenant pourrait permettre à ce type de projet de toucher davantage d’écoles.
«Souvent, lorsque l’on propose des changements, les gens peuvent avoir une certaine réticence. Dans le domaine de l’éducation, il y a déjà des changements qui ont été proposés et les gens ont embarqué dans ce changement pour rapidement réaliser que ce n’était pas nécessairement ce qu’ils s’imaginaient.»
«Dans ce cas-ci, comme ils ont des collègues qui vivent l’expérience et qui sont capables d’en parler, ça donne une chance aux autres d’avoir un portrait beaucoup plus clair et d’apprendre de leurs erreurs.»
La présidente de l’AEFNB dit même croire que ce type de changement peut devenir un outil supplémentaire dans le recrutement et la rétention des enseignants.
«Les autres le voient et ils veulent venir dans un milieu comme celui-là. Le par et pour les enseignants est important et, selon les commentaires, les gens qui se sont prononcés voient les bienfaits, dans la plupart des cas, de ce qu’ils sont en train de vivre cette année.»
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- Date de création 20 janvier, 2025
- Dernière mise à jour 20 janvier, 2025