Toronto au pied du mur... de déchets
Avec une population et une économie en constante croissance, la quantité de déchets produite par Toronto ne cesse d’augmenter. La capacité de son unique dépotoir arrivera à saturation dans moins de 10 ans, rappelait récemment la mairesse Olivia Chow.
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Soufiane Chakkouche
IJL – Réseau.Presse – l-express.ca
La situation pousse la Ville à chercher urgemment des solutions de substitution, mais cela est loin d’être du goût de tout le monde!
830 000 tonnes, c’est la quantité de déchets que produit Toronto annuellement, soit près de 300 kg par habitant. Or, seulement 54% de ces détritus sont recyclés ou compostés, bien loin des 70% fixés pour 2010 sous l’administration de l'ancien maire David Miller.
Green Lane bientôt débordée
Cette cible non atteinte est l’une des raisons pour lesquelles la seule décharge de Toronto commence à montrer des signes de saturation. Selon les responsables de la Ville, elle sera pleine d’ici 2034 ou 2035 au plus tard, ce qui oblige à explorer d’autres options.
Pour rappel, les déchets de la Ville-Reine sont acheminés au dépotoir de Green Lane (dont la Ville est propriétaire depuis 2007) situé à quelque 200 kilomètres à l'Ouest de Toronto, au Sud de London, et ce, après avoir été rassemblés dans des stations de transferts.
«La Ville étudie actuellement diverses options pour gérer les déchets de Toronto, notamment l’exploration de décharges privées et publiques, ainsi que l’étude de la faisabilité d’un agrandissement de la décharge Green Lane, le tout en prenant en compte les aspects environnementaux, sociaux et financiers», révèle Charlotte Ueta, directrice par intérim des politiques, de la planification, de la sensibilisation et des services de gestion des déchets solides au sein de la mairie.
Consultations publiques
Dans ce cadre, la Ville a lancé des consultations publiques dans le but de rafraîchir sa politique de gestion des déchets pour les 10 années à venir.
«La Ville est en train de mettre à jour sa stratégie de gestion des déchets à long terme (Waste Strategy) qui inclut des consultations publiques. La première phase de ces consultations, en décembre dernier, parmi les trois prévues, a permis de collecter des idées pour réduire et détourner les déchets des décharges», étaye Charlotte Ueta.
«Parmi les alternatives qui s’offrent à la Ville, il y a la solution consistant à incinérer les déchets.»
L’incinération de la discorde
Bien que, selon Charlotte Ueta, la Ville de Toronto ne fait pas appel, pour l’instant, au procédé d’incinération pour éliminer ces déchets, le fait que cette option figure dans les consultations publiques ne laisse pas la place au doute quant à sa probable utilisation future, ce qui incite déjà certains acteurs environnementaux à monter au créneau.
«En théorie, c’est possible d’incinérer les déchets de Toronto, mais cela est très malsain, parce que cette méthode est un grand gâchis au niveau de la santé humaine et de l’environnement, car très polluante», fait remarquer Karen Wirsig, cheffe du programme principal plastiques à Environmental Defense.
Et de poursuivre: «Les données de l’incinérateur de Brampton montrent qu’il y a un énorme pourcentage des déchets verts qui y sont incinérés, ce qui crée beaucoup d’émission de gaz à effet de serre qui est mal ou très peu mesurée pour l’instant, alors qu’on pourrait les utiliser comme compost.»
Le rapport de référence sur les déchets et le recyclage en Ontario 2023 de l'Association des municipalités de l'Ontario (AMO) abonde dans ce sens. En effet, le document souligne que les déchets organiques représentent 46% de la composition des déchets résidentiels d’un ménage ontarien moyen, contre 44% pour le Canada.
Questions de santé publique
De plus, la militante évoque une potentielle menace hautement cancérigène pour les animaux et les êtres humains habitant à proximité de ces incinérateurs.
D’après elle, le danger est dû aux «énormes quantités de plastique qui y sont brûlées, alors que le plastique ne devrait jamais se trouver dans un incinérateur, sans parler du mercure qui est très dangereux, sachant que le mercure n’est pas détruit par la combustion même avec la technologie la plus avancée qu’on connaisse».
À titre informatif, il existe déjà deux incinérateurs gérés par des entreprises privées, l’un à Brampton et l’autre dans la région de Durham.
Une variable nommée Trump
Le torchon commence donc à brûler entre les militants écologistes et les autorités locales, et il est fort probable qu’il brûlerait jusqu’à consumation dans un avenir proche, et ce au niveau de toute la province!
La situation est d’autant plus vulnérable qu’environ un tiers des besoins de l’Ontario en matière d'élimination des déchets sont satisfaits par des sites d'enfouissement se situant à New York, au Michigan et dans l'Ohio, selon l’AMO.
Cela veut dire que, sur un énième coup de tête, le président élu Donald Trump pourrait stopper ces exportations de déchets ou, au meilleur des cas, augmenter les tarifs douaniers s’y appliquant. Rien n’est certain à ce stade, mais la situation actuelle des relations géopolitiques tendues entre les deux pays s’y prête grandement.
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Photos
Titre : déchets camion
Légende : Un camion de ramassage des ordures de la Ville de Toronto.
Crédit : archives l-express.ca
Titre : déchets Toronto
Légende : 44% des déchets solides de Toronto sont envoyés au site d'enfouissement de Green Lane.
Crédit : Ville de Toronto, Waste Strategy
Titre : déchets Ontario
Légende : Deux à trois millions de tonnes de déchets de l'Ontario sont acheminées au Michigan et en Ohio.
Crédit : Association des municipalités de l'Ontario
Titre : déchets recyclage
Légende : 46% des déchets organiques et 34% des déchets papier de l'Ontario sont rééutilisées. Pour les autres matériaux, ça ne dépasse pas 5%.
Crédit : Association des municipalités de l'Ontario
Titre : déchets Charlotte Ueta
Légende : Charlotte Ueta, directrice par intérim des politiques, de la planification, de la sensibilisation et des services de gestion des déchets solides à la Ville de Toronto.
Crédit : courtoisie
Titre : déchets Karen Wirsig
Légende : Karen Wirsig, cheffe du programme principal plastiques à Environmental Defense
Crédit : courtoisie
- Nombre de fichiers 7
- Date de création 16 janvier, 2025
- Dernière mise à jour 17 janvier, 2025