Le départ de Higgs va faire «baisser la température entre les provinces et vis-à-vis du fédéral»

Les anciens districts de services locaux qui font maintenant partie de la municipalité de Vallée-des-Rivières verront leur taux d’imposition augmenter en 2025.

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Alexandre Boudreau

IJL – Réseau.Presse – Acadie Nouvelle - Atl

Victoire des libéraux au Nouveau-Brunswick, réélection des progressistes-conservateurs en Nouvelle-Écosse, un nouveau visage politique se dessine au Canada atlantique. Quelle que soit leur étiquette, les quatre gouvernements de la région partagent des valeurs communes, favorables à une coopération interprovinciale. La plus grande inconnue demeure l’élection fédérale à venir et ses impacts sur les finances locales.

«Le départ de Blaine Higgs va faire baisser la température entre les provinces et vis-à-vis du fédéral», assure le professeur de sciences politiques à l’Université Mount Allison, au Nouveau-Brunswick, Mario Levesque.

Le professeur de sciences politiques à l’Université Saint-Francis-Xavier, en Nouvelle-Écosse, Yvon Grenier, qualifie, lui, l’arrivée au pouvoir de la libérale Susan Holt de «grande correction.»

«Dans la région, il y a une espèce de consensus vers le centre droit de l’échiquier politique, les grandes orientations progressistes demeurent assez partagées, analyse-t-il. Blaine Higgs s’était écarté de ce dénominateur commun, il était plus proche des conservateurs de l’Ouest.»

«Même s’ils ont des étiquettes politiques différentes, les quatre premiers ministres ont beaucoup de choses en commun, ils partagent des valeurs modérées», renchérit le professeur à l’École des hautes études publiques de l’Université de Moncton, Roger J. Ouellette.

Les progressistes-conservateurs, aux responsabilités en Nouvelle-Écosse et à l’Île-du-Prince-Édouard, n’hésitent pas à délier les cordons de la bourse et à dépenser généreusement pour financer des programmes sociaux.

À Île-du-Prince-Édouard, le politologue Don Desserud estime que le gouvernement de Dennis King «est poussé dans le dos par le Parti vert», tandis que lors du dernier scrutin en Nouvelle-Écosse, toutes les partis «s’entendaient pour dépenser plus», rappelle Yvon Grenier.

Des progressistes-conservateurs affaiblis ?

Aux yeux du politologue Yvon Grenier, le gouvernement progressiste-conservateur, élu fin novembre en Nouvelle-Écosse, est déjà «fragilisé».

Le nouveau premier ministre Tim Houston a remporté une super majorité avec 43 sièges sur 55 à l’Assemblée législative, mais le taux de participation a atteint un nouveau historiquement, le plus faible depuis 1933.

«Trop de pouvoirs sont concentrés entre les mains d’un gouvernement mal élu, ça donne un mauvais un goût à la démocratie», déplore-t-il.

À l’Île-du-Prince-Édouard, les révélations sur le partenariat entre la province et la Ligue nationale de hockey (LNH) éclaboussent aussi la réputation du cabinet progressiste-conservateur de Dennis King. En février dernier, l’île est devenue une destination touristique officielle de la LNH, avec un contrat pouvant s’étaler jusqu’en 2027 en échange de plus de 8 millions $.

Les partis d’opposition réclament désormais plus de transparence sur les coûts générés pour les contribuables et le rendement de l’investissement espéré.

«Ça affaiblit le gouvernement. Il devient de plus en plus évident qu’il y a beaucoup de spéculations sur les avantages que les insulaires peuvent espérer en retirer et beaucoup d’opacité sur ce que les élus ont fait pour obtenir des avantages de la LNH», observe le politologue Don Desserud.

Des provinces, «avant tout tournées vers leurs propres intérêts»

Dans ce contexte de «proximité idéologique retrouvée», Roger J. Ouellette estime que la collaboration des quatre provinces devrait s’avérer «fructueuse» et le dialogue «moins conflictuel et plus calme.»

De son côté, Yvon Grenier considère que les relations continueront à être «assez bonnes et cordiales.»

«Ça devrait rendre les choses plus faciles à la marge, les provinces sont avant tout tournées vers leurs propres intérêts», nuance-t-il.

Les priorités communes devraient donc rester inchangées. Énergies renouvelables, pêche, infrastructures, système de santé figureront au programme des rencontres des premiers ministres de l’Atlantique.

«Je ne m’attends pas à des divisions majeures. Le regard des provinces est surtout tourné vers le fédéral, à la recherche de meilleurs financements pour les programmes d’infrastructure, de plus d’aide pour les soins de santé», affirme Don Desserud.

L’universitaire évoque également les «problèmes persistants» avec Pêches et Océans Canada: «Je pense qu’un programme cohérent de délivrance de permis auquel les quatre provinces peuvent adhérer sera sur la liste des priorités.»

Roger J. Ouellette mentionne, lui, la boucle de l’Atlantique, le mégaprojet énergétique qui vise à verdir les réseaux électriques des provinces de l’est du pays.

Droits 2SLGTBQIA+, «en bas de la liste des priorités»

Selon le professeur de sciences politiques à l’Université du Nouveau-Brunswick, J. P. Lewis, le «capital de sympathie» dont bénéficient Susan Holt et Tim Houston, fraîchement élus, pourrait néanmoins les pousser à «prendre des risques pour promouvoir leurs positions.»

«Je suis certain qu’ils apporteront une perspective différente dans leurs relations avec leurs homologues provinciaux, appuie-t-il. Cela peut conduire à des accords auxquels nous ne sommes pas habitués.»

En revanche, d’après les spécialistes, la question des droits de la communauté 2SLGTBQIA+ devrait disparaître de l’agenda politique régional.

«Ça va descendre en bas de la liste des priorités, soutient Yvon Grenier. C’était une erreur de Blaine Higgs d’avoir élevé ce sujet de manière réactionnaire comme si elle était primordiale pour la population.»

«Blaine Higgs s’en était allé dans une direction opposée aux autres provinces, plus soucieuses des droits des minorités, poursuit Mario Levesque. Pour elles, ce n’est pas un enjeu politique de premier plan.»

Les convergences idéologiques des premiers ministres de l’Atlantique pourront aussi les aider à porter leurs revendications d’une seule et même voix auprès du gouvernement fédéral. Dans l’attente de l’élection fédérale prévue en 2025, ils naviguent aujourd’hui à vue dans leurs relations avec Ottawa.

Depuis un an, les sondages donnent le conservateur Pierre Poilievre en tête, avec en moyenne 15 à 20 points d’avance sur le libéral Justin Trudeau.

Incertitudes liées à Terre-Neuve

«C’est le facteur qui va avoir le plus d’impact dans la région, affirme Mario Levesque. Il y a beaucoup de questions dans l’air sur l’attention que le chef des conservateurs donnera à l’Atlantique, sur les dossiers qu’il jugera prioritaires.»

«On connaît le style de Poilievre, mais pas ses politiques et sa plateforme. Il n’est pas prolixe sur ce qu’il entend faire dans ses relations avec les provinces, l’aide qu’il souhaite apporter aux régions les plus pauvres», ajoute Yvon Grenier.

La question est pourtant cruciale pour les provinces de l’Atlantique, dont les budgets sont grandement dépendants des transferts d’Ottawa, notamment dans le domaine de la santé.

À cet égard, Don Desserud anticipe déjà des compressions budgétaires dans de nombreux programmes sociaux financés par le fédéral, en cas de victoire des conservateurs.

«Quel que soit le futur parti au pouvoir, elles s’efforceront malgré tout de coopérer. C’est dans leur intérêt et ça fait aussi partie de leur obligation envers l’unité nationale», avance-t-il.

Les élections provinciales qui auront lieu à Terre-Neuve et Labrador l’an prochain pourraient aussi changer la donne.

«Terre-Neuve s’est souvent montrée très opposée aux actions d’Ottawa. En fonction des résultats, la dynamique régionale pourrait en pâtir», croit Don Desserud.

Le politologue prend l’exemple de l’ancien premier ministre terre-neuvien progressiste-conservateur, Danny Williams, connu pour sa dispute avec Stephen Harper à propos des transferts fédéraux. L’homme politique avait par ailleurs lancé la campagne controversée Tout sauf conservateur lors du scrutin fédéral de 2008.

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Photo : Les premiers ministres de l’Atlantique en 2021: Tim Houston (Nouvelle-Écosse), Blaine Higgs (Nouveau-Brunswick), Andrew Furey (Terre-Neuve) et Dennis King (Île-du-Prince-Édouard). Ils sont tous conservateurs, sauf M. Furey. - Archives

 

 

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  • Date de création 23 décembre, 2024
  • Dernière mise à jour 23 décembre, 2024
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