Nouvelles propositions pour améliorer les services en français en Ontario
Le 5 décembre dernier, à Toronto, le Commissaire aux services en français a présenté son Rapport annuel 2023-2024. Lors de la présentation, M. Carl Bouchard a dévoilé ses recommandations visant à améliorer les services en français. Quelques résidents de la région ont partagé leurs impressions à savoir si le rapport reflétait la réalité de la région de Simcoe.
Hubert Théberge
– IJL Réseau.Presse
– Le Goût de vivre
Les grandes lignes du rapport
Le Rapport du Commissaire comporte essentiellement deux grandes parties : les faits saillants des actions de l’Unité des services en français durant l’année 2023-2024 ainsi que les recommandations que le Commissaire Carl Bouchard a faites au gouvernement afin d’améliorer les services en français en Ontario.
Parmi les faits saillants : le rapport a signalé une augmentation de 2,3 % du nombre de plaintes traitées (un total de 395 plaintes et demandes de renseignements traitées) et une amélioration des services bilingues proposés par plusieurs ministères et établissements gouvernementaux comme le Musée royal de l’Ontario et l’Université de Sudbury. Le rapport signale également le maintien de la quasi-totalité des 41 recommandations qui ont été faites par l’Unité des services français au cours des dernières années.
Au niveau des recommandations le rapport déposé le 5 décembre dernier en compte deux nouvelles : « que le ministère des Affaires francophones compile un répertoire numérique complet des services en français […] ainsi que leur emplacement géographique, et que ce répertoire soit facilement accessible par le public » et « Que le ministère des Affaires francophones fasse rapport au Commissaire dans six mois, sur les progrès réalisés dans la mise en œuvre de la Recommandation 1 ».
Commentaires du
Commissaire Bouchard
M. Carl Bouchard est fier de l’augmentation de 2,3 % du nombre de plaintes : « l’an passé c’était une augmentation de 40% et on a su maintenir ce nombre et y ajouter une nouvelle augmentation ». Le Commissaire attribue ces augmentations au travail de son équipe et à ses tournées des régions désignées où il parle de ses Services. Il est passé entre autres par Windsor, London, Sarnia, Sudbury et également Penetanguishene, en septembre dernier, pour le 50e anniversaire de la Clé.
Concernant la première recommandation du Rapport, Carl Bouchard explique « qu’il est grand temps en 2024 qu’un répertoire numérique soit créé pour que les francophones sachent d’avance où ils peuvent s’attendre à avoir du service en français ». Le Commissaire a également parlé de la gêne que certaines personnes ont à demander le service en français. Selon lui, le répertoire va donner la confiance nécessaire à ces individus de demander d’être servis en français sans avoir peur de déranger les personnes offrant des services. M. Bouchard a profité de l’entrevue pour rappeler à tous les francophones que c’est essentiel de faire des plaintes à son bureau lorsque l’on n’a pas accès à un service gouvernemental en français. L’Unité des services en français a besoin des plaintes pour améliorer la situation et le service est gratuit.
Lorsque questionné sur la situation difficile de certains centres pour la petite enfance francophone, Carl Bouchard a été heureux de nous faire part que l’une des interventions de son bureau a aidé à maintenir un centre de la petite enfance ouvert dans la région de Toronto, car ce dernier assurait un service en français obligatoire. Le Commissaire a également ajouté qu’une clarification à savoir quelle garderie doit offrir des services en français serait bénéfique dans plusieurs régions de l’Ontario et qu’il espère que le répertoire numérique va améliorer la situation.
Par ailleurs pour ce qui est du délai espéré pour mettre en place un futur répertoire numérique des services en français, M. Bouchard n’a pas pu avancer de date étant donné que le travail relève du gouvernement. Cependant il a quand même spécifié que c’est un objectif réaliste pour celui-ci. C’est justement pour les raisons de délais et d’optimisation que la seconde recommandation sur un rapport d’avancement dans six mois a été faite. « La recommandation parle de progrès réalisé, donc on s’attend à ce qu’il y ait des progrès à rapporter dans 6 mois », a partagé le Commissaire.
Réactions chez nous
Claudette Paquin a œuvré au sein de différents organismes franco-ontariens et s’est dite généralement satisfaite du rapport et du fait que celui-ci aborde les enjeux différents des francophones vivant en région par rapport à ceux habitant dans les grandes villes.
Mme Paquin est bien d’accord avec la recommandation du répertoire numérique : « savoir tout ce qui peut s’offrir en français, là où je n’ai pas besoin d’un contact physique, me sera utile. Car en ligne, je n’ai pas besoin de tâter le terrain pour voir si la personne au comptoir parle peu, pas ou bien le français. Ces situations sont toujours difficiles à vivre pour le client francophone ».
Inquiétudes sur les services en français dans le secteur de la santé
Mme Paquin cautionne également l’utilisation de plaintes au Commissaire pour s’assurer du service en français particulièrement lorsque les questions sont d’ordre économique (travailleurs, prêt et bourses pour étudiants, etc.), mais est toutefois inquiète de la situation dans certains hôpitaux. Claudette Paquin précise : « Je demanderais au commissariat de revoir la question des plaintes dans le domaine de la santé, particulièrement des hôpitaux. […] Je suis certaine que le ou la ou les francophones aux conseils d’administration sont de bonne foi en approuvant les plans de services en français. Mais la réalité lorsqu’on arrive sur place comme client est autre. […] D’une part, on a un plaignant vulnérable qui se demandera sûrement si le service qu’il recevra ensuite sera affecté. D’autre part, en région, les employés en santé sont souvent le cousin de la belle-sœur de quelqu’un, donc tu te mets plein de gens à dos ». Mme Paquin suggère que le Commissaire gère une petite équipe volante de « clients » qui pourraient tester à l’aveugle, la vraie disponibilité du service en français dans le système de santé, surtout en régions.
Claudette Paquin déplore également que l’Hôpital général de Penetanguishene, un hôpital avec services désignés sous la loi, ait fermé sans que le processus de dé-désignation ait été suivi […] et sans que l’hôpital de Midland, où les services ont été transférés, soit même informé qu’ils « recevaient » des services désignés, donc évidemment, rien n’avait été fait pour respecter la loi. »
Que fait-on pour les écoles francophones?
Assez peu abordées dans le Rapport, les écoles primaires et secondaires ainsi que les garderies sont au cœur de la francophonie ontarienne. Afin d’avoir leur son de cloche sur le Rapport nous avons interrogé mesdames Claire et Tina-Anne Thibideau, toutes deux originaires de la région et ayant œuvré auprès des élèves franco-ontariens. Pour Claire Thibideau, les actions et les recommandations du commissaire sont généralement positives pour la population francophone, mais elle aurait aimé avoir des données plus précises au sujet du travail qu’il reste à faire dans certains secteurs comme dans les centres de la petite enfance.
Pour Tina-Anne Thibideau la qualité du service et de l’enseignement en français dans les écoles ne relèvent pas spécifiquement du travail du Commissaire, mais d’un ensemble de facteurs notamment « la construction identitaire, la langue parlée à la maison, les occasions de s’amuser en français et les liens qu’entretiennent les écoles avec les différents organismes et promoteurs de la culture française. »
Claire et Tina-Anne sont par ailleurs satisfaites de la recommandation sur la création d’un répertoire numérique des services français, mais aimeraient certaines autres améliorations de la part du gouvernement. « Il serait important d’avoir un poste dédié aux francophones au sein du ministère de l’Éducation pour la petite enfance.
Nos réalités sont différentes et c’est important de pouvoir bien mettre en place les appuis nécessaires et essentiels […] » précise Tina-Anne. De son côté Claire ajoute : « trop de parents doivent avoir recours à une garderie anglophone ce qui nuit à la transmission de la langue et de la culture francophone. »
Au final, le survol du Rapport et de ses recommandations au gouvernement offre plusieurs perspectives encourageantes au sujet du travail du Commissaire aux services en français, mais de réelles inquiétudes demeurent pour l’avenir de certains services. Comme le suggérait Mme Paquin est-ce qu’une équipe d’inspecteurs en services francophones pourrait un jour être mis en place par le gouvernement afin de s’assurer de la qualité de ces services?
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PHOTOS :
Photo 1 : Le Commissaire aux services en français M. Carl Bouchard (Crédit : gracieuseté de l’Unité des services en français)
Photo 2 : Tina-Anne et Claire Thibideau lors de l’ouverture des garderies de la Clé en juin 2022. Crédit: Thérèse F. Maheu
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- Date de création 19 décembre, 2024
- Dernière mise à jour 19 décembre, 2024