Le Jour du Souvenir acadien, aussi nécessaire que le 15 août
La Voix acadienne - Depuis 2008, à l’Île-du-Prince-Édouard, on observe le Jour du Souvenir acadien, le 13 décembre, pour commémorer les vies perdues et ruinées par les déportations de 1755 à 1763. Le 15 août, on célèbre, le 13 décembre on commémore.
Jacinthe Laforest / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne - ATL
À l’Île-du-Prince-Édouard, l’année 2008 marquait le 250e anniversaire de la déportation des Acadiens de l’île Saint-Jean, en 1758. Cette année-là, le monument de l’Odyssée acadienne a été inauguré à Skmaqn—Port-La-Joye—Fort-Amherst. Pour la première fois, et chaque année par la suite, le Jour du Souvenir acadien, le 13 décembre, a été observé au moyen d’une cérémonie et par le dépôt d’une couronne.
Le vendredi 13 décembre 2024, le public et des invités se sont réunis au monument de l’Odyssée acadienne pour faire, une fois de plus, leur de voir de mémoire et commémorer ces vies disparues à jamais.
«Entre le 31 août et le 4 novembre 1758, pendant la Guerre de Sept ans, environ 3 000 hommes, femmes et enfants ont été déportés vers la France à partir du lieu où nous nous trouvons aujourd’hui, l’ancienne capitale de l’île Saint-Jean, Port-La-Joye», a résumé l’historien et maître de cérémonie, Georges Arsenault.
Il a rappelé qu’au moins la moitié de ces déportés a péri, soit de maladie, de faiblesse ou par noyades, «annihilant des familles entières». Trois navires, partis de Port-La-Joye avec, à leur bord, des centaines d’Acadiens, ont coulé sans arriver à leur destination, la France. Ces trois navires étaient le Violet, le Ruby et le Duke William.
«À son départ de Port-La-Joye, a rappelé Georges Arsenault, le Duke William avait 360 Acadiens à son bord. Ce navire a coulé le 13 décembre 1758, entraînant dans la mort presque tous ses passagers. Cette date est restée gravée dans les mémoires comme la plus meurtrière de l’ensemble des déportations et c’est pour cette raison que le 13 décembre a été choisi pour souligner le Jour du Souvenir Acadien», a expliqué l’animateur au public réuni.
L’ambiance dans la salle pourrait être décrite comme un recueillement respectueux et serein, sans amertume.
«Profitons de ce moment de recueillement pour en faire un symbole de notre engagement à protéger notre patrimoine et à bâtir un avenir où nos valeurs acadiennes continueront de rayonner. Ces vies méritent d’être commémorées et jamais oubliées. Leur mémoire renforce notre unité et nous inspire à construire un avenir prometteur», a indiqué le président de la Société acadienne et francophone de l’ÎPÉ (SAF’Île), Charles Duguay, avant de citer les paroles célèbres d’Angèle Arsenault dans sa chanson Grand-Pré.
Cette cérémonie du Jour du Souvenir acadien est organisée par de nombreux partenaires qui incluent Parc Canada, responsable du Lieu historique national où se tient la cérémonie.
Géraldine Arsenault est depuis peu la directrice de l’Unité de gestion de Parc Canada pour l’Île-du-Prince-Édouard. «Ce naufrage en 1758 est l’événement le plus meurtrier de la déportation, mais également, de l’histoire de l’Île-du-Prince-Édouard, et il a changé notre île à jamais. Malgré le ton sombre de la cérémonie, nous rendons également hommage au courage et à la persévérance des Acadiens. Ils ont tourné la page, sans oublier, munis d’un esprit invincible et d’un irrépressible espoir», a-t-elle ajouté.
Également présent à la cérémonie, Brad Trivers, député de Rustico Emerald, a dit quelques mots au nom du premier ministre Dennis King et de Gilles Arsenault, ministre responsable des Affaires acadiennes et francophones.
«Je suis heureux d’être ici et de voir des élèves de l’École Saint-Augustin, qui sont dans ma circonscription. Ils sont la preuve de la résilience et de la résistance du peuple acadien», a-t-il exprimé.
La représentante de la Société Nationale de l’Acadie, Émilie Caissie, a, quant à elle, rappelé que même si en général l’Acadie moderne se concentre sur son avenir, «le Jour du Souvenir acadien est aussi nécessaire que le 15 Août», a-t-elle dit, rappelant les paroles du président de la SNA, Martin Théberge.
Pendant toute la cérémonie, des artistes ont offert des intermèdes musicaux choisis pour alléger les propos tout en restant dans la continuité. Mia MacInnes et Vincent Gallant-Côté, ainsi que Karine Gallant, tous trois membres de la famille Gallant-MacInnes, ont apporté leur touche spéciale, qui incluait une interprétation d’Un Acadien errant, par Mia MacInnes. Ce chant, dont le titre original était Un Canadien Errant, a été composé en 1842 par Antoine Gérin Lajoie, après la rébellion du Bas-Canada de 1837-1838, qui a mené à l’exil de nombreux Canadiens. «C’est facile de s’imaginer que les Acadiens ont vécu des tourments semblables à ceux qui sont décrits dans cette chanson», a analysé Georges Arsenault.
Le chant Tout passe, a été interprété a capella par Angie Arsenault.
«Selon des témoignages anciens, ce chant aurait été chanté et fredonné par les Acadiens lors de la Déportation de Grand-Pré», a indiqué Georges Arsenault.
La cérémonie entière a été bénie par le père Albin Arsenault, curé de Rustico.
Des témoignages émouvants
Sur les quelque 3 000 déportés de l’île Saint-Jean en 1758, environ la moitié étaient des enfants de moins de 16 ans. Des enfants comme ceux qui fréquentent nos belles écoles. Pour illustrer ce fait troublant, les organisateurs de la cérémonie du Jour du Souvenir acadien ont demandé à quatre élèves, parmi les élèves de l’École Saint-Augustin qui assistaient à la cérémonie, de prêter leur voix à quatre Acadiens déportés alors qu’ils étaient encore des enfants.
C’est ainsi que Freddie Clarke, Isla MacLean, Lucy Campbell et Odell Dasylva-Gill ont raconté les histoires tragiques de Charles-Olivier Guillot, Marie-Josette Haché, Julienne Gautreau et Paul Hébert.
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Photos des témoignages
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Madeleine Doiron n’a pas abandonné
Parmi toutes les familles qui ont été forcées de quitter l’île Saint-Jean en 1758, seules deux familles sont revenues et l’une de ces familles était celle de Madeleine et Alexis Doiron. Lors de la cérémonie du Jour du Souvenir acadien, Noëlla Richard a raconté l’histoire de Madeleine Doiron, qui a connu des épreuves inimaginables.
«J’avais seulement 16 ans quand j’ai épousé Alexis, qui en avait 30. Il était veuf et avait trois fils. Nous vivions à Grande Anse lorsque les Anglais sont venus et nous ont déportés vers la France. Pendant la traversée, j’ai perdu mes deux enfants. J’ai donné naissance à mon troisième enfant sur le bateau. Le pauvre, il est mort quelques mois seulement après notre arrivée à Saint-Malo», a raconté Madeleine Doiron, via Noëlla Richard.
Les Doiron ont vécu environ 12 ans en France avant de revenir en Acadie. « En 1772, nous avons décidé de revenir à l’île Saint-Jean. Alexis a été embauché avec d’autres Acadiens pour faire de la pêche et pour défricher dans la région de Trois-Rivières. Après quelques années, Alexis a perdu son emploi. Nous ne savions plus trop ce qui allait se passer. Nous avons décidé de nous établir à Rustico.»
La vie à Rustico a été relativement bonne, malgré les épreuves et les misères. Madeleine a donné naissance à 15 enfants et elle en a perdu six. «Je suis heureuse de dire que je suis entourée à Rustico par mes neuf enfants et de nombreux petits enfants.»
PHOTOS :
1- Georges Arsenault, Émilie Caissie (SNA), Charles Duguay (SAF’Île), Brad Trivers (rep. du gouvernement), père Albin Arsenault et Peter Bevan-Baker (député de la circonscription où se situe Skmaqn—Port-La-Joye—Fort-Amerst.)
2- Charles Duguay, président de la Société acadienne et francophone de l’ÎPÉ.
3- Angie Arsenault, dans l’interprétation du chant «Tout passe».
4- Géraldine Arsenault, directrice de l’Unité de gestion de Parc Canada pour l’Île-du-Prince-Édouard.
5- Mia MacInnes, Karine Gallant et Vincent Gallant-Côté ont offert de belles pièces musicales.
6- Les élèves de 5e et 6e année de l’École Saint-Augustin se sont réunis autour du monument pour une photo avec quelques-uns des invités.
7- Georges Arsenault, au moment de lire la déclaration du Jour du Souvenir acadien.
8- Photo : J.L.
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- Date de création 17 décembre, 2024
- Dernière mise à jour 17 décembre, 2024