Violences sexuelles dans le sport universitaire : un «problème systémique»

La Voix acadienne - Une chercheuse de l’Université de Moncton lance une étude sur les violences sexuelles dans le sport universitaire en Atlantique pour pallier le manque de données sur le sujet. La culture du silence règne encore trop souvent. Les personnes survivantes n’osent pas en parler par crainte de perdre leur carrière sportive. 

 

Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne

«Dans le milieu sportif, la culture du silence règne autour des violences sexuelles, la dénonciation n’est pas assez encouragée», regrette la professeure au département de sociologie et de criminologie de l’Université de Moncton, Kim Dubé. 

La sociologue évoque la tendance à «faire taire» les personnes survivantes, à vouloir «régler ça de manière informelle, sous le tapis.»

Si dans certains sports violents comme le hockey ou le football, «la violence fondée sur le genre est presque cool et pratiquement encouragée», Kim Dubé n’hésite pas à parler d’un «problème systémique» qui affecte toutes les disciplines.

Avec l’aide de quatre autres chercheurs, elle lance une étude de deux ans sur les violences sexuelles subies par les athlètes universitaires dans les provinces de l’Atlantique. 

L’équipe de recherche veut connaître le nombre et le profil des victimes dans la région, avant de réaliser des entrevues avec des athlètes. L’objectif final est d’identifier des pistes d’action afin d’endiguer le phénomène. 

Sensibilisation à l’Université de l’ÎPÉ

«On sait que c’est assez fréquent, mais les dynamiques de pouvoir empêchent souvent les athlètes de révéler les violences qu’ils ont subies», observe Kim Dubé.

«Les jeunes ont peur de mettre en péril leur carrière sportive et académique, de perdre leur place dans l’équipe, surtout si l’auteur est l’entraîneur ou le médecin sportif», poursuit-elle. 

Le phénomène toucherait par ailleurs aussi bien les athlètes féminines que leurs homologues masculins.

«Au niveau des mineurs, les hommes sont presque autant victimes que les femmes, confirme Kim Dubé. Plus ils vieillissent, moins ils sont à risques, ce qui n’est pas le cas des femmes.» 

Pour prévenir ces abus et agressions sexuels, la réponse est très variable d’un établissement postsecondaire à l’autre. À l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard, le Bureau de prévention et de réponse aux violences sexuelles a mis en place un programme spécifique pour les athlètes, appelé Interrompre le préjudice. 

Au début de chaque année, le bureau organise une présentation sur les dynamiques de pouvoir et les stratégies pour mettre fin aux violences.  

«Nous constatons un fort engagement et un grand intérêt des athlètes. Ils se sentent concernés et posent beaucoup de questions», assure la coordinatrice du bureau, Pamela Atkinson.

Former les entraîneurs

Des activités et des sessions d’information sur les relations saines sont également proposées tout au long de l’année. 

«On veut faire comprendre aux étudiants que c’est notre responsabilité à tous d’intervenir et de soutenir les personnes survivantes», souligne Pamela Atkinson.

Le bureau offre enfin des présentations aux entraîneurs et aux personnes qui gravitent autour des sportifs. Le but est de les former à la détection des violences et à l’accompagnement des victimes, en tenant compte de leur traumatisme. 

«Ces formations sont très importantes si l’on veut ancrer une attitude d’écoute des personnes survivantes et mettre fin à la masculinité toxique», affirme Kim Dubé. 

«La société a encore trop tendance à minimiser les actions de l’auteur et à remettre en question la crédibilité des propos de la victime», poursuit-elle. 

À l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard, Pamela Atkinson se montre optimiste. À ses yeux, un changement de culture est en train de se produire avec la nouvelle génération, beaucoup plus au fait des questions de consentement.

 

PHOTOS :  

1- «La société a encore trop tendance à minimiser les actions de l’auteur et à remettre en question la crédibilité des propos de la victime», estime la sociologue Kim Dubé.  (Photo : Gracieuseté)

2- Pamela Atkinson de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard constate un fort engagement des jeunes sportifs lors des sessions d’informations sur les violences sexuelles.  (Photo : Gracieuseté)

 

  • Nombre de fichiers 3
  • Date de création 10 décembre, 2024
  • Dernière mise à jour 10 décembre, 2024
error: Contenu protégé, veuillez télécharger l\'article