No More Tears fait des progrès dans la lutte contre le sans-abrisme
Christian Gammon-Roy
IJL – Réseau.Presse - Tribune : la Voix du Nipissing Ouest
Le groupe No More Tears West Nipissing Society (NMT), nouvellement incorporé et logé dans un nouveau local, avance à grands pas dernièrement. Le déménagement au 189, rue Main à Sturgeon Falls a marqué le début d'un nouveau chapitre pour l'organisme, et ce chapitre est déjà bien rempli. Deliah Greenlees, trésorière et coordinatrice communautaire, Amanda Wells, secrétaire, et Kim Keefer, coprésidente de NMT, se disent très encouragées par les nouveaux locaux, l'obtention du statut d'organisme de bienfaisance, et leur récente participation à la conférence de l'Alliance canadienne pour mettre fin à l'itinérance, à Ottawa. Elles envisagent 2025 avec optimisme.
Mme Greenlees décrit le nouveau local comme «vraiment confortable» et dit que «les sans-abri sont plus nombreux (...) à venir. Parce que nous avons maintenant des espaces plus privés, ils sont plus à l’aise pour parler ouvertement.» Le centre de NMT se compose d'une grande pièce d’accueil avec un grand canapé douillet et une grande table de salle à manger. Cette pièce est flanquée de quatre autres pièces, dont une salle de bain, un entrepôt, une salle de réunion et un bureau. L'intimité offerte par ces deux dernières pièces est particulièrement bénéfique, selon les bénévoles de NMT et leurs clients. Mme Greenlees dit que la salle de conférence est maintenant utilisée par la Société Elizabeth Fry pour des visites de clients, «et nous pouvons tous nous asseoir ici sans avoir à mettre qui que ce soit à la porte» pour des raisons de confidentialité. À terme, la salle de conférence pourra aussi servir pour les rendez-vous au tribunal et d'autres réunions qui exigent la confidentialité.
En guise d'ouverture, le centre a organisé une célébration de l’Action de grâces le 14 octobre. «Au final, 15 sans-abri sont venus, et nous étions 22. Nous avons préparé de la dinde, tout le monde a apporté quelque chose, de la salade de pommes de terre, des tartes, toutes sortes de choses,» décrit Mme Greenlees. «L'un de nos gars joue de la guitare, alors il est allé s'asseoir dans un coin et a joué de la guitare pour nous pendant que nous étions tous dans le coma de la dinde,» ajoute-t-elle en riant. Les bénévoles et les clients sont finalement repartis aussi heureux que rassasiés. «C'était une très belle journée. Une fois qu'ils sont partis et que nous avons fermé les portes, nous nous sommes assis et nous nous sommes dit : «C'est génial, nous sommes chez nous, nous nous sentons comme à la maison,»» se souvient Mme Greenlees. Mme Wells renchéri qu’elle avait l'impression de recevoir sa famille.
La présence d'un si grand nombre de personnes au dîner a aussi permis à NMT de faire participer certains clients au projet d’énumération ponctuel «Point in Time Count,» une enquête menée par le gouvernement pour recueillir des données sur la situation des sans-abri au niveau national afin de pouvoir s'attaquer au problème. «Le gouvernement utilise toutes ces données pour déterminer où se trouvent tous les sans-abri, pourquoi ils sont là, depuis combien de temps, d'où ils viennent, ce qui les a amenés là, s'ils consomment de la drogue, s'ils ont des problèmes de santé mentale. Le sondage pose beaucoup de questions personnelles et, comme nous sommes ici, nous avons pu les emmener dans un bureau privé pour qu'ils donnent leurs réponses,» explique Mme Greenlees. Elle dit que, sur les 55 sans-abri actuellement recensés au Nipissing Ouest, NMT a réussi à faire remplir le sondage à 36 personnes.
Le groupe a également attiré l'attention de personnes et d’organismes locaux offrant des services spécialisés, dont certains ont proposé d'organiser des ateliers gratuits. En fait, NMT annonçait le 2 décembre qu'il s'associait aux services paramédicaux du district de Nipissing et à Tanya Boucher, technicienne paramédicale, pour organiser une clinique un jour par mois afin d'offrir des soins des pieds, des tests de tension artérielle, des dépistages du diabète, des soins de plaies, et plus encore. L'équipe de santé familiale de Nipissing Ouest et le Centre Alliance ont également proposé d'organiser des ateliers et de fournir aux bénévoles de NMT une formation supplémentaire.
En ce qui concerne la formation, justement, l'équipe de NMT a récemment obtenu une subvention à cette fin. Selon Mme Greenlees, la nouvelle désignation de NMT comme organisme caritatif, obtenue en octobre, lui ouvre de nouvelles possibilités de financement, et permet de donner des reçus fiscaux aux donateurs, ce qui devrait inciter plus de personnes à faire des dons. Selon Mme Keefer, une subvention de 750$ pour la formation des bénévoles a déjà été obtenue. «Neuf de nos membres se rendent à SafeTALK à North Bay pour recevoir une formation,» dit-elle, ajoutant qu'une partie des fonds a également été utilisée pour envoyer Mmes Greenlees et Wells à la conférence à Ottawa du 29 au 31 octobre.
La conférence de l'Alliance canadienne pour mettre fin à l'itinérance proposait des ateliers et des tables rondes avec des intervenants clés et des agences de services sociaux, dans le but de créer des réseaux et de trouver des moyens de mettre fin au sans-abrisme. Comme l'explique Mme Greenlees, des intervenants venus de tout le Canada ont expliqué comment ils avaient relevé les défis liés au sans-abrisme dans leur propre communauté. «Tout tourne autour du sans-abrisme et de son éradication, et c'est notre objectif,» dit-elle.
«C'était très inspirant (…) Il y avait beaucoup de très bonnes idées,» ajoute Mme Greenlees. Par contre, elle a trouvé que les présentations portaient principalement sur les zones urbaines. «Il y avait très peu d'information sur les zones rurales, et le principal problème, c'est qu'elles sont toutes financées. Chacune de ces agences bénéficie d'un financement important, ainsi que d'un soutien et d'un appui considérables de la part des municipalités,» souligne Mme Greenlees.
Malgré cela, elle assure que les participants sont repartis avec de nombreuses bonnes idées et que le travail de réseautage a été inestimable. «Nous avons noué de très bons contacts qui nous permettent de collaborer pour offrir des services plus complets, ce dont nous avons besoin ici. Nous avons fait un travail remarquable avec ce que nous avons et les services avec lesquels nous sommes en contact, mais nous avons besoin de services intégrés. La mise en relation avec ces personnes est exactement ce dont nous avons besoin pour réussir,» résume-t-elle.
Plus précisément, Mme Greenlees indique qu'elle a discuté avec le Conseil d'administration des services sociaux du district de Nipissing (CASSDN), qui avait également une délégation à Ottawa. «Nous avons discuté avec eux et nous allons collaborer pour gérer les situations de débordement, ce qui est vraiment important pour nous parce que nous ne pouvons pas envoyer nos gens là-bas [à North Bay], ce n'est tout simplement pas faisable. Nous sommes en pourparlers avec eux pour avoir un site d’abri de débordement ici dans le Nipissing Ouest,» dit-elle. En raison de la forte demande à North Bay et du manque de places dans les refuges, le CASSDN est déjà en situation de débordement sans même inclure les habitants de Nipissing Ouest, souligne-t-elle.
Cela signifie qu'il faut trouver d'autres moyens d’héberger les gens, surtout à l'approche de l'hiver. Il pourrait s'agir de trouver des chambres d'hôtel ou d'autres types d'hébergement, comme le CASSDN l'a fait l'an dernier. Mme Greenlees affirme que la différence cette année, c’est que l'on en discute maintenant à l'avance pour être mieux préparé. «Nous ne nous attendons pas à ce qu'ils hébergent toutes les personnes que nous avons ici, mais nous avons aussi des plans en place pour cela. Nous espérons qu'il y aura autant de chambres de motel que l'année dernière, mais nous avons prévu de le faire en cas d'urgence, comme l'année dernière.»
Mme Greenlees dit que les communautés rurales sont toutes dans le même bateau, d’après ce qu’elle a appris lors de la conférence, car les besoins en milieu urbain sont souvent plus visibles et dépassent déjà la capacité des organismes intervenants. «Il est difficile d'obtenir des fonds pour les communautés rurales. La CASSDN reçoit l'argent et le distribue (…) Le centre urbain reçoit les fonds, puis ils les filtrent,» décrit-elle. C'est pourquoi les partenariats avec le CASSDN et les grandes agences sont essentiels pour les petits groupes comme NMT qui opèrent dans les zones rurales. Comme l'explique Mme Greenlees, les fonds ne parviendront pas directement à leur groupe, ils doivent venir de l'agence qui reçoit l'argent du gouvernement.
Elle reste optimiste et pense que les fonds finiront par parvenir aux communautés rurales, car le sans-abrisme rural est un problème que l'on ne peut plus ignorer. Il devient de plus en plus visible, particulièrement dans le Nipissing Ouest. «Nous avons un problème énorme, plus important que la plupart des communautés par habitant. Nous avons 55 sans-abri ici, et North Bay en a 360 ou 370, mais la population ici n'est que de 5 200 habitants [à Sturgeon Falls], c'est donc énorme,» souligne Mme Greenlees.
Pour Mme Wells, le point fort de la conférence à Ottawa a été la présence d'un grand nombre de personnes ayant une expérience vécue de l’itinérance. «De nombreuses communautés ont travaillé en étroite collaboration avec des personnes confrontées au sans-abrisme et à la toxicomanie, ainsi qu'avec des personnes qui en ont fait l'expérience, pour connaitre leur avis sur des pistes de solution. Je pense que c'est ce qui a contribué à leur succès, car les personnes qui vivent cette situation savent ce dont elles ont besoin,» explique-t-elle, ajoutant que NMT a toujours préconisé cette approche.
«En tant que personne ayant une expérience vécue, il était agréable de voir autant de personnes dans la même pièce et avec le même objectif travailler ensemble, parce que la plupart du temps, vous avez l'impression qu'ils sont contre vous, ou qu'ils essaient de vous faire faire des choses et qu'ils essaient de faire des choses à votre place, plutôt que ce dont vous avez besoin. C'était très instructif, et j'ai noué beaucoup de liens avec d'autres personnes qui ont une expérience vécue et qui travaillent dans le domaine,» décrit Mme Wells. Mme Greenlees est d'accord. «Certains des conférenciers étaient des personnes ayant une expérience vécue qui ont réussi, et leur histoire a eu un impact considérable. Cela montre bien que l'on ne sait pas ce qui nous attend demain. Vous pourriez être sans-abri demain, ou le sans-abri que vous aidez aujourd’hui pourrait être celui qui vous aidera le mois prochain.»
En attendant, NMT continue de faire ce qu'il peut pour aider les sans-abri à trouver l'aide dont ils ont besoin. Avec la fermeture du Paradis Motel, qui a accueilli quelques clients l'hiver dernier, et une nouvelle saison froide qui arrive, le groupe travaille dur pour conclure un nouvel accord avec un motel local afin d'héberger le trop-plein des programmes du CASSDN. Le groupe se prépare également à intensifier ses activités de sensibilisation. Les bénévoles s'attendent à ce que moins de clients se rendent au centre par le froid et la neige, et se préparent donc à aller à leur rencontre pendant l'hiver. Tout cela s'ajoute aux services à offrir au centre et au maintien de la soupe populaire. «Nous continuerons à faire ce que nous faisons, nous avons du succès. On nous a dit que ce que nous avons fait en si peu de temps est incroyable, et je le pense aussi. Je pense que nous avons pris beaucoup d'avance sur ce que nous avions prévu, en particulier au cours des trois derniers mois, et nous allons continuer en 2025,» déclare Mme Greenlees.
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Les bénévoles et les clients de No More Tears West Nipissing se sont réunis pour un festin de l’Action de grâces dans leur nouveau centre. Le repas a servi d’ouverture non officielle du nouveau local, déjà un moteur de croissance et de progrès pour l’organisme.
Crédit photo : Courtoisie
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- Date de création 6 décembre, 2024
- Dernière mise à jour 6 décembre, 2024