Faire vivre l’histoire du French Shore

La French Shore de l’île a connu en 2024 sa plus grande saison touristique depuis l’éclosion de la pandémie COVID-19. C’est quoi exactement qui fait venir les touristes dans cette région isolée de la province? Quelles histoires sont racontées là-bas?

Jessica Tucker
IJL - Réseau.Presse - Le Gaboteur

Joan Simmonds est une des huit fondateurs de la Société historique du French Shore (SHFS) et actuellement directrice du Centre d’interprétation du French Shore. Elle explique que la Société a connu une fréquentation touristique record dans l’année qui a précédé son 25e anniversaire.

La plupart des visiteurs dans la région sont des Québécois et représentent 85% de la clientèle. En 2023, la majorité de ces 85% ont visité la région entre avril et juillet. Mais il y a encore beaucoup de Québécois qui prennent la croisière de Blanc-Sablon à Sainte-Barbe et qui continuent vers le sud sans jamais passer dans la région immédiate. De nouveaux vols directs de Dublin et de Paris à destination de St. John's s'annoncent également prometteurs.

Comment assurer alors que les touristes viennent au French Shore? Cette année la SHFS a changé son plan d’attaque.

Clientèle francophone

Vers le début de la saison touristique 2024, une Québécoise les a introduits à l'entreprise Terego, un réseau de stationnements gratuits pour VR d’origine québécoise. La SHFS s’est inscrite dans le réseau dans le but d’inciter plus de personnes à faire le tour de la région. Dès le lendemain il y avait des réservations. «C’est une petite histoire de succès», dit la directrice du Centre, qui explique que cette année les touristes québécois sont restés dans la région jusqu’en septembre.

L'été prochain, on peut espérer que l'association accueillera encore plus de touristes francophones grâce au nouveau vol direct entre Paris et St. John's.

En ce qui concerne l’emploi de la langue française, madame Simmonds nous assure que toutes les informations présentées dans le musée sont bilingues. Les traductions ont été envoyées à Montréal, à Saint-Pierre-et-Miquelon et à Granville pour assurer qu’elles sont fidèles. Elle explique que même si la grande majorité des visiteurs québécois peuvent se débrouiller en anglais, il y a toujours quelqu’un disponible au Centre d’interprétation qui parle français.

Gagner la confiance des résidents

Mais pourquoi l’équipe a-t-elle décidé de transmettre les histoires du French Shore qui se trouvent dans le musée?

Elle explique que la Société est née de tragédie en 2000. «Cette année en particulier, il y avait beaucoup d'aînés qui sont morts», raconte-t-elle. «La perte d’histoire à la pelle, je me suis dit “Que pourrait-on faire?”». De cette question est venue l’idée de préserver l’histoire de la région. La SHFS est aujourd’hui gestionnaire de plusieurs sites entre Conche, Croque et Grandois/Saint-Julien dans la Grande Péninsule du Nord de l'île. «Il y a un excès d’histoire ici à raconter», résume-t-elle, citant les artefacts autochtones trouvés régulièrement par des enfants, l’écrasement aérien de la Seconde Guerre mondiale et l’arrivée des Irlandais. Enfin, la Société a décidé de parler de l’histoire française parce qu’il y avait toujours des personnes vivantes qui pouvaient raconter leurs histoires sur ce sujet. L’équipe de la SHFS s’est ensuite mise à les recueillir.

Cette année-là, la Société s'est aussi établie en tant qu’organisme à but non lucratif grâce à Candace Cochrane, une Américaine qui faisait partie de son équipe fondatrice. On cherchait ensuite un endroit pour baser son quartier général. Prochaine mission: acheter et restaurer une ancienne station infirmière Grenfell. Au fil des années, le bâtiment avait servi comme caserne de pompiers et lieu d'enseignement pour les cours de TAGS (The Atlantic Groundfish Strategy) avant d'abriter le Centre d’interprétation du French Shore, musée consacré à l’histoire de la présence française dans la région.

Le bâtiment était dans un état catastrophique au moment de son acquisition par la SHFS. «Les deux [anciens propriétaires] ont abattu les murs et sont partis et le bâtiment était recouvert de bardeaux d'amiante», dit Joan. Après un dur travail de restauration, le bâtiment est enfin ouvert au public en 2004. L'ouverture du musée commémore les 500 ans de la présence française dans la province.

Cependant, lors de sa conception, Joan avoue que les résidents locaux se méfiaient de la SHFS. Dans une région qui n’avait fermé son usine de transformation de poisson que pendant une année suite au moratoire de 1992, on craignait que l’industrie du tourisme souhaitât supplanter celle de la pêche. En réalité, la SHFS voulait la soutenir.

Objets anciens revisités

L’un des premiers artefacts dans le Centre d’interprétation était un tapis hooké que l’équipe avait sauvé de la poubelle. Aujourd’hui on en compte neuf. Au fur et à mesure, la Société a gagné la confiance des résidents, qui font des dons réguliers. «C’est ça mon aspect préféré du travail au musée», dit Joan, «Les gens te font confiance pour prendre soin de leurs biens de famille».

Récemment la SHFS a obtenu des artefacts venus de près et de loin. Découvert à Corner Brook, la Société a procuré un exemple des portraits de saintes-femmes communs dans la région. Le sujet du portrait est inconnu, mais l'artefact est emblématique de la région. Joan explique qu’à l’époque on pouvait les trouver dans toutes les maisons le long du French Shore. Le portrait est dans un cadre ovale, recouvert d’un dôme en verre.

De la Colombie-Britannique, un vestige de l’écrasement aérien de la Seconde Guerre mondiale qui a eu lieu à Conche est aussi exposé au musée. Joan raconte que lors de l’écrasement, les femmes locales avaient récupéré les deux parachutes en soie afin de les transformer en vêtements et en rideaux. La Société a trouvé un exemple de ces objets à l’autre bout du pays, qui a été gracieusement donné à la SHFS. «Chaque fois qu’on croit qu’on a tout collectionné, quelqu’un se présente avec un nouvel objet», rigole Joan. L’histoire de la région a certainement été revivifiée.

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Courtoisie de Madonna Gardiner
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La marine française était de passage à Cap Rouge (nom historique français de Crouse) en juin 2024. Ils se sont recueillis à la tombe d’un capitaine français mort dans les années 1870.

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Courtoisie de Joan Simmonds
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Jean Doure (John Dower), représenté ici dans la Tapisserie du French Shore à Conche, a été distingué en 1852 de la Médaille française pour acte de courage et de dévouement après avoir sauvé la vie de plusieurs marins français. Ses médailles sont exposées dans l’exposition du Centre d’interprétation.

 

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  • Date de création 3 décembre, 2024
  • Dernière mise à jour 3 décembre, 2024
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