Des poissons malades inquiètent
La Voix acadienne - Les poissons de la rivière West ne vont pas très bien. Ils sont touchés par une infection appelée saprolégniose. Les causes exactes demeurent pour le moment inconnues. Des chercheurs de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard lancent une étude sur le sujet.
Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne
Une épidémie de saprolégniose sévit dans la rivière West, à l’Île-du-Prince-Édouard, entre Victoria-by-the-Sea et Charlottetown. Cette infection fongique affecte de manière anormale les poissons de la zone. En 2021, la section Central Queens de la PEI Wildlife Federation a recensé 85 poissons malades, en 2023, elle en a dénombré 146.
Ces poissons développent des plaques blanches, comme des boules de coton, sur leurs écailles, leurs nageoires et leur queue.
«Ce n’est pas vraiment une maladie, c’est dû à un organisme proche des champignons qui cause une infection secondaire», explique le biologiste à l’Université de Moncton, Simon Lamarre.
La saprolégniose touche en effet les poissons affaiblis et stressés, ou les spécimens blessés qui souffrent par exemple de petites plaies ouvertes. L’organisme s’accroche alors à la blessure et commence à se répandre.
«C’est présent dans tous les environnements humides. C’est assez commun et tous les organismes aquatiques, même les crustacés et les mollusques, peuvent en souffrir», observe Simon Lamarre.
Des poissons fragilisés pendant la reproduction
À l’Île-du-Prince-Édouard, «on en trouve dans de nombreuses rivières», confirme le volontaire au sein de la section Central Queens, Jordan Condon, mais «la prévalence est nettement plus élevée dans la West River.»
«Dès qu’un poisson a des plaques, il émet des particules dans l’eau qui attendent de trouver un autre hôte pour s’accrocher. Il y a alors un taux d’infection plus haut dans le cours d’eau», précise Simon Lamarre. En d’autres mots, le taux de probabilité que d’autres poissons l’attrapent est plus élevé.
D’après Jordan Condon, l’omble de fontaine et la truite arc-en-ciel semblent les espèces les plus affectées. Les saumons de l’Atlantique sont également frappés de la fin octobre à la mi-novembre lorsqu’ils frayent.
C’est la période où les femelles creusent un nid, appelé frayère, dans le gravier. Elles y pondent leurs œufs, puis un mâle vient les féconder.
«Lorsqu’ils frayent, les saumons consacrent toute leur énergie à la reproduction, ce qui affaiblit leurs défenses immunitaires, relève Jordan Condon. Ils sont alors plus sensibles aux infections comme la saprolégniose.»
De nombreux autres facteurs peuvent néanmoins expliquer le phénomène. Simon Lamarre évoque une eau trop chaude, pauvre en oxygène, avec un niveau très bas.
«Les poissons sont stressés et érodent leur peau sur de petits rochers, ça crée des éraflures propices au développement de la saprolégniose», détaille le scientifique.
Signe d’une pollution plus large
«Il peut aussi y avoir quelque chose dans l’environnement qui aggrave la situation», poursuit Jordan Condon. Il fait notamment référence à une étude européenne ayant établi un lien entre la saprolégniose et des quantités plus élevées d’hydrocarbures dans l’eau.
La PEI Wildlife Federation mène actuellement une étude avec l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard pour mieux comprendre la situation.
En attendant, les poissons atteints ne meurent pas systématiquement et «peuvent s’acclimater», selon Simon Lamarre.
«Si les saumons parviennent à regagner l’océan, ils ont une chance de survie plus grande, car la saprolégniose tolère mal l’eau salée», ajoute Jordan Condon.
Le bénévole demande à toute personne apercevant des poissons avec des taches blanches de contacter la PEI Wildlife Federation en indiquant si possible l’espèce et la localisation exacte.
PHOTOS :
1- Cette truite arc-en-ciel a développé des plaques blanches, caractéristiques de la saprolégniose. (Photo : Gracieuseté)
2- Le biologiste Simon Lamarre explique que la saprolégniose est une infection commune qui touche tous les organismes vivant dans des milieux humides. (Photo : Gracieuseté)
3- Selon le bénévole Jordan Condon, une multitude de facteurs peuvent expliquer la prolifération de la saprolégniose. Il évoque notamment des polluants présents dans la rivière. (Photo : Gracieuseté)
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- Date de création 25 novembre, 2024
- Dernière mise à jour 25 novembre, 2024