Les facteurs en grève s’inquiètent surtout pour leur sécurité d’emploi

Suzanne Gammon

IJL – Réseau.Presse - Tribune : la Voix du Nipissing Ouest

Les travailleurs de Postes Canada font le piquet de grève devant le bureau de poste de Sturgeon Falls pour revendiquer des hausses salariales correspondant au taux d'inflation, de meilleurs conditions de travail et avantages sociaux, plus de congés payés et la fin du recours au travail contractuel et la sous-traitance.

Le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP), qui représente 55 000 membres à travers le Canada, s'est mis en grève le 15 novembre et l'employeur a imposé un lock-out le même jour. Depuis lors, les livraisons de courrier et de colis ont cessé dans tout le pays, obligeant les entreprises à recourir à la facturation et à l'échange d'argent par voie électronique, ainsi qu'à d'autres services de livraison privés.

Postes Canada, une société d'État, perd de l'argent depuis plusieurs années, avec notamment une perte de 548 millions de dollars en 2022 et un déficit de 748 millions de dollars en 2023. La livraison de lettres a chuté de façon spectaculaire au cours de la dernière décennie, et si les colis ont d'abord comblé le déficit, la concurrence plus féroce des transporteurs privés a grignoté la part de marché de Postes Canada, qui est passée de 62% avant la pandémie à seulement 29% en 2023. En réponse, la société a annoncé des plans pour livrer des colis sept jours sur sept et modifier sa structure salariale afin de rester compétitive - mais certains de ces changements sont opposés par le syndicat. Ce dernier ne veut pas voir les employés à temps plein écartés en faveur de contractuels, moins bien payés, les fins de semaine.

Le syndicat compte deux unités de négociation, à savoir l’Unité urbaine et l’Unité des factrices et facteurs ruraux et suburbains (FFRS). Les travailleurs de Nipissing Ouest, dont environ 16 sont syndiqués, font partie de l'unité FFRS. Ils luttent pour la stabilité de leur salaire alors que Postes Canada veut adopter un nouveau système de taux horaire. «Le passage à la rémunération à taux horaire nous oblige à veiller à ce que les titulaires d’itinéraire puissent compter sur une paie stable malgré la fluctuation des volumes et du nombre de points de remise,» déclare Jan Simpson, présidente nationale du STTP. Elle souligne l'importance de «maintenir des itinéraires de huit heures.»

Les maîtres de poste ne sont pas représentés par le syndicat et ne font pas grève, ce qui signifie que les bureaux de poste ruraux comme ceux de Field, Cache Bay et Verner sont toujours ouverts. Cependant, il n'y a pas de nouveau courrier à ramasser car les facteurs ne distribuent pas et les gens ne peuvent pas poster de courrier car Postes Canada ne peut pas garantir la livraison dans des délais raisonnables.

Malgré l'arrêt de travail, le syndicat s'est engagé à distribuer les chèques d'aide gouvernementale aux bénéficiaires. «Même s’ils sont en grève, les travailleurs et travailleuses des postes sont très conscients de leurs responsabilités,» déclare Jan Simpson. «Assurer la livraison à temps des chèques de programmes socio-économiques, comme les chèques de pension, d’assurance-invalidité et d’autres prestations essentielles, est d’une importance cruciale pour le bien-être des personnes et des familles du pays. Le présent conflit de travail nous oppose à Postes Canada et non aux membres les plus vulnérables de la société. »

Parmi les piquets de grève locaux, John Szewczyk, capitaine du piquet, affirme que les salaires ne sont pas «le grand sujet.» Ce qui le préoccupe le plus, ce sont les avantages sociaux et les droits des travailleurs temporaires et des futurs travailleurs, qui, selon lui, sont «tous réduits par rapport à ce que nous avons à l'heure actuelle» dans le cadre du nouveau contrat proposé. Il s'inquiète également de la sécurité de l'emploi, alors que l'entreprise s'oriente de plus en plus vers le travail temporaire et contractuel. «Nous comprenons que le volume a diminué,» reconnaît-il, mais il ajoute qu'à Sturgeon Falls, il y a eu une croissance en raison de l'augmentation de la population. Il ajoute que lorsqu'un itinéraire est ajouté, «nous préférerions avoir un poste à temps plein plutôt que deux postes à temps partiel» afin de garantir la sécurité de l'emploi et des avantages sociaux adéquats.

M. Szewczyk affirme que le soutien du public est bon et que les grévistes gardent le moral jusqu'à présent, mais ils souhaitent une résolution au plus vite. «Nous avons beaucoup de soutien de la part du public et beaucoup d'énergie sur le piquet de grève,» déclare-t-il. Il ajoute que les travailleurs ont été plus que patients, leur contrat ayant expiré il y a trois ans. Il rappelle que le syndicat a accordé à l’employeur une prolongation en 2020 à cause de la pandémie, n'obtenant à l'époque qu'une augmentation de salaire de 2%, insuffisante face à l'inflation. «Aujourd'hui, nous sommes pris à essayer de faire du rattrapage,» dit-il, soulignant que son loyer seul a plus que doublé au cours des sept dernières années. Postes Canada a offert une hausse de 11,5% sur quatre ans, alors que le syndicat en demande 24%.

Malgré cela, M. Szewczyk pense que les salaires ne sont pas le principal problème, mais que la livraison en fin de semaine dans une région rurale comme le Nipissing Ouest ne doit pas se faire en arrachant la sécurité d’emploi et les avantages des travailleurs. Selon lui, le syndicat est d’accord avec Postes Canada sur la nécessité de faire des livraisons sept jours sur sept pour assurer la compétitivité, mais pas aux dépens des travailleurs. «Il y a huit entreprises différentes qui livrent des colis à Sturgeon Falls à l'heure actuelle,» fait-il remarquer, ajoutant que Postes Canada doit être plus concurrentielle dans ce domaine, mais qu'elle doit s'assurer de rémunérer adéquatement les transporteurs qui travaillent les fins de semaine et leur donner, autant que possible, le statut de temps plein.

En ce qui concerne les pertes financières, il affirme que Postes Canada a investi des millions de dollars dans l'infrastructure et les véhicules au cours de l'année écoulée, ce qui explique en grande partie les pertes déclarées, et qu'elle a refusé de se diversifier pour générer davantage de revenus, par exemple en autorisant les services bancaires dans les bureaux de postes des zones rurales.

Pour l'instant, le gouvernement fédéral a exclu l'adoption d'une loi de retour au travail qui obligerait les travailleurs postaux à reprendre leurs tâches, comme il l'avait imposé en 2011 et en 2018, mais les négociations sont toujours en cours et les deux parties insistent qu'elles aspirent à une résolution rapide. Des médiateurs du Service fédéral de médiation et de conciliation (SFMC) ont été invités cette semaine à faciliter les discussions.

À l'approche des fêtes de fin d'année, nombreux sont ceux qui attendent avec impatience la fin de ce conflit pour que le service postal puisse reprendre.

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Photo :

Des facteurs et factrices membres du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes font le piquet de grève devant le bureau de postes de Sturgeon Falls le 20 novembre.

Crédit photo : Christian Gammon-Roy

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  • Date de création 22 novembre, 2024
  • Dernière mise à jour 22 novembre, 2024
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