Un engagement jeunesse en déclin chez les organismes francophones d’Ottawa?
La précarité financière qui sévit chez les organismes francophones d’Ottawa n’est pas le seul défi auquel ils font face. Assurer la relève ou encourager la participation communautaire chez les plus jeunes peut aussi poser problème.
Ani-Rose Deschatelets, Le Droit et Chantallya Louis, IJL - Réseau.Presse - Le Droit
L’Association des communautés francophones d’Ottawa (ACFO) soutient que le sous-financement des gouvernements joue un rôle crucial en ce qui a trait à la relève.
«Il faut augmenter le financement pour assurer notre survie, c’est certain», a lancé sans détour le nouveau président de l’ACFO, Bobby Bourdeau, rencontré par Le Droit après son élection, mardi soir. «De notre côté, on a également dû faire des coupures dans la dernière année pour assurer qu’on respecte nos budgets.»
Dans nos pages plus tôt ce mois-ci, le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, Fabien Hébert, martelait ce qu’il qualifiait de sous-financement des organisations communautaires francophones dans la province. M. Hébert réagissait par la même occasion au rapport publié par le commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge, qui soutient que le financement prévu dans le Plan d’action 2023-2028 pour les langues officielles du gouvernement fédéral est en deçà des besoins des organismes francophones.
L’ACFO Ottawa tenait au Muséoparc Vanier la 55e assemblée annuelle de son conseil d’administration, où une vingtaine de militants s’étaient réunis. M. Bourdeau succède à Éric Barrette, qui a achevé mardi un mandat de deux ans à la tête de l’organisation.
La lourdeur administrative, un frein à la relève jeunesse?
Devant cette vision inquiétante des finances de ces organismes francophones auxquels la communauté tient tant, difficile parfois d’être optimiste quant à la suite des choses. Pourtant, l’ambiance était bon enfant lors de l’assemblée générale de l’organisme. Les membres du conseil d’administration et les participants semblaient tous prendre part avec bonheur et fierté à cet exercice annuel.
Seul hic, la relève jeunesse: le seul poste du conseil d’administration de l’ACFO Ottawa dédié à la jeunesse n’a pas pu être pourvu mardi, faute de candidature.
«On se retrouve devant de plus en plus de cadres réglementaires qui peuvent décourager les gens de s’impliquer de façon durable ou de s’embarquer dans l’implication auprès d’un organisme», croit Éric Barrette. «J’ai siégé pendant huit ans auprès du CA de l’ACFO. La jeunesse, on la voit, mais c’est dur de convaincre des gens de se représenter après un mandat. Souvent, ils dénoncent la lourdeur. Alors oui, il y a un enjeu de relève chez nous, mais dans tous les organismes francophones communautaires, je crois.»
Bobby Bourdeau souhaiterait justement, lors de son mandat, consulter les jeunes pour s’assurer que les prochaines actions de l’ACFO soient bien alignées avec leurs besoins. «Si on les écoute, c’est sûr qu’ils vont s’impliquer de plus en plus. Et je ne dis pas que ça ne se fait pas déjà. De notre côté on est un CA assez fort en termes d’accès à la jeunesse. Mais le défi est vraiment de les motiver, de les encourager et de cibler les bons jeunes. Ce n’est pas tout le monde qui est prêt ou qui a le goût de s’engager.»
Une discussion entre la jeunesse et les organismes nécessaires
Du côté du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO) et de ses 300 employés, la problématique se pose plutôt au niveau de la participation des jeunes aux activités qu’offre l’organisme.
«On est un organisme qui est établi depuis plus de 40 ans, à Orléans, dans l’Est ontarien, et on a un organisme qui a une clientèle très fidèle, mais ce sont des personnes un petit peu plus âgées, explique la directrice des communications, des affaires publiques et partenariales du MIFO, Catherine Sirois. Et donc on a absolument des objectifs depuis plusieurs années de redévelopper notre public plus jeune.»
Malgré les nombreuses initiatives prises par le MIFO pour impliquer les jeunes davantage, telles que les activités d’improvisation, Catherine Sirois admet qu’il est plus difficile de garder les jeunes engagés.
«Ce n’est pas nécessairement un désintérêt de leur part, mais c’est peut-être aussi une déconnexion entre ce qu’on offre habituellement vers ce qui les intéresse», admet Catherine Sirois.
Pour la directrice des communications, le défi va au-delà du financement, mais plutôt dans une conversation à double sens entre la jeunesse et l’organisme.
«En fait, quand on essaie d’impliquer les personnes concernées dès le départ dans les processus, on a vraiment de meilleurs taux de réponse et de réactivité à ce qu’on fait», dit-elle.
Selon Mme Sirois, le scénario reste le même lorsqu’il a trait à la participation bénévole des jeunes au sein de l’organisme. Elle remarque une certaine déconnexion entre les activités proposées et les activités qui les interpellent.
«Je ne suis pas certaine qu’en ce moment, c’est nécessairement cette image-là qu’on reflète, avoue Mme Sirois. On en est conscient. Et en mettant toute sorte d’action de l’avant. On essaie de changer un petit peu cette image-là et de montrer qu’il y a des choses qui sont intéressantes.»
Et si ça passait davantage par l’immigration?
Pour certains organismes francophones, la clé de la relève, c’est aussi l’immigration. L’ACFO Ottawa ne fait pas exception. L’organisme a d’ailleurs accueilli deux nouveaux membres issus de la diversité au sein de son conseil d’administration, deux administrateurs, soit Sulaiman Al Dhaim et Layla Saligane. Cette dernière s’est d’ailleurs fièrement présentée comme une Franco-ontarienne d’adoption depuis maintenant 10 ans, lors de son discours, mardi.
«Oui, la relève passe inévitablement par l’immigration si on veut ne serait-ce qu’assurer notre maintien démographique, a avancé M. Barrette. Mais ça va demander encore plus d’immigration francophone et même, si on veut assurer une croissance de la francophonie. L’ACFO et les autres organismes se doivent de considérer le point de vue des nouveaux arrivants. Ils font partie de la communauté.»
Pour sa part, le MIFO se dit fier de refléter la diversité de la communauté qu’il dessert. «Je reviens au fait que c’est en s’associant avec des gens qui rejoignent ces communautés-là, qu’on a réussi à tisser les meilleurs liens», lance Mme Sirois.
Questionnés à savoir si, malgré les défis, l’ACFO réussira encore à tirer son épingle du jeu dans 10 ans, «certainement», ont lancé MM. Bourdeau et Barrette.
Photos :
Photos_Une_ACFO_Cr. Archives Le Droit : Outre la précarité qui sévit chez les organismes francophones d’Ottawa, ces derniers rencontrent de nombreux autres défis, tels qu’assurer la relève ou encourager la participation communautaire chez les plus jeunes. (Archives Le Droit)
Photos_ACFO Ottawa_Cr. Courtoisie : Les membres-conseils d'administration 2024-2025 de l'ACFO Ottawa qui étaient présents, mardi soir, au Muséoparc Vanier. De gauche à droite: Lynda Sehi, Catherine St-Hilaire, Sulaiman Al Dhaim, Bobby Bourdeau, Layla Saligane, Marie Renée Faye et Luc Fournier. (ACFO Ottawa)
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- Date de création 21 novembre, 2024
- Dernière mise à jour 21 novembre, 2024