Une chirurgie inédite redonne un second souffle à une ancienne combattante du Madawaska
Le jour et la nuit. C’est dans ces mots que Lisa Cyr décrit sa vie après avoir reçu une rare intervention médicale lui permettant littéralement de mieux respirer.
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Bobby Therrien
IJL – Réseau.Presse – Acadie Nouvelle
Celle qui a dû vivre avec des problèmes respiratoires depuis la naissance s’est sentie, du jour au lendemain, libérée d’un lourd fardeau.
Tout cela grâce à une petite prothèse fabriquée à l’aide d’une imprimante 3D. Il s’agissait d’ailleurs d’une première dans le domaine médical au Canada.
Mme Cyr raconte que c’est par hasard – soit à la suite d’un rendez-vous avec un oto-rhino-laryngologiste (ORL) pour traiter un abcès sur sa lèvre – qu’elle a découvert cette intervention qui n’avait jamais été réalisée au Canada auparavant.
«L’ORL m’a présenté le Dr Pascalin Roy, de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ-ULaval), qui m’a parlé de cette nouvelle opération.»
Les problèmes respiratoires de cette ancienne membre des Forces armées canadiennes, originaire de Rivière-Verte, ne datent pas d’hier. Elle dit avoir réussi à vivre avec ce défi, en sachant toutefois très bien qu’il n’allait pas s’améliorer au fil des années.
Comme l’explique Dr Pascalin Roy, pneumologue à l’IUCPQ-ULaval, le problème de Lisa Cyr provient d’une malformation congénitale qui a nécessité de multiples opérations. Il ajoute que sa trachée n’a pas grossi normalement et ne possède pas tous les tissus de soutien pour l’aider à demeurer en place convenablement.
Selon lui, c’est comme si elle devait respirer continuellement dans une paille en papier.
Mme Cyr raconte qu’en 2016, on lui a appris qu’une nouvelle intervention chirurgicale pourrait nécessiter une trachéotomie permanente, ce qu’elle a refusé catégoriquement.
«J’étais au début de la quarantaine et je n’étais pas très chaude à l’idée de vivre avec une trachéotomie, surtout parce que j’en ai eu une jusqu’à l’âge de 6 ans.»
Pascalin Roy a confirmé qu’en raison des nombreuses opérations qu’elle avait subies dès un jeune âge, aucune chirurgie de correction complète ne pouvait être envisagée.
Il a aussi reconnu qu’une trachéotomie pose des enjeux majeurs sur la qualité de vie d’une personne, d’où l’idée de plutôt installer une prothèse dans le conduit principal menant à ses poumons.
«C’est une technique novatrice que j’ai apprise lors de ma formation en France. Il y avait plusieurs obstacles à franchir puisque c’était une première au Canada», a expliqué le médecin.
Avant d’en arriver à la prothèse fabriquée sur mesure – principalement en raison du fait que ce procédé n’était pas encore approuvé au Canada – deux autres dispositifs ont été mis à l’essai au préalable.
Ils n’ont toutefois pas eu l’effet escompté, surtout parce que ces deux premières prothèses avaient tendance à se déplacer et causer certains effets indésirables.
«La première que l’on m’a mise a duré environ trois semaines. La deuxième n’a duré que 48 heures», mentionne Mme Cyr.
L’intervention tant attendue s’est quant à elle produite en juillet.
«Ce qui est particulier de la prothèse est que j’utilise la cavité qui a été laissée par la trachéotomie que Mme Cyr a eue à la naissance comme une espèce de crochet pour ma prothèse qui l’empêche de bouger. Elle est aussi efficace, en termes de soulagement, que les deux autres prothèses que j’avais essayées, mais elle ne bouge pas autant», a expliqué Dr Roy.
Lisa Cyr confie qu’elle traîne son lot de blessures, principalement celles qu’elle a subies lors de son passage dans les Forces armées canadiennes. Le fait d’être délivrée d’au moins l’un des maux qui l’affectent depuis des années représente une grande victoire pour elle.
«Je suis limitée dans mes activités. Pour moi, courir, ou simplement marcher sur un terrain inégal, c’est difficile physiquement. Quand, en plus, tu as des troubles respiratoires, ça ajoute un fardeau. Le fait d’éliminer les problèmes respiratoires du jour au lendemain, c’est merveilleux.»
«Je ne cherche plus mon air, je n’ai plus de maux de tête et je ne suis plus à bout de souffle. Ç’a changé ma vie.»
Même si elle était la première cobaye au Canada pour ce type d’intervention médicale, Mme Cyr assure qu’elle n’a éprouvé aucun sentiment de doute.
«Quand j’ai rencontré le Dr Roy, j’ai tout de suite ressenti de la confiance. Il ne m’a jamais donné de faux espoirs et m’a rapidement expliqué quelles étaient mes options. Je n’avais pas d’inquiétude, car je savais qu’il n’y avait pas de risque que ça tourne en trachéotomie. Le pire que ça pouvait faire, c’est que ça ne marche pas et qu’on m’enlève la prothèse. Ma vie aurait été la même.»
Environ quatre mois plus tard, la femme qui est aussi propriétaire du Café félin «Ma langue aux chats» à Québec, ne regrette pas sa décision. Jusqu’à maintenant, l’intervention est un succès.
«Je suis âgée de 48 ans. J’ai toujours réussi à vivre avec ce problème, mais, en vieillissant, il y a plusieurs inquiétudes qui surviennent. J’ai travaillé six ans dans un foyer de soins alors je sais dans quelle direction on s’en va (…) Si ça n’avait pas fonctionné, je n’étais pas entre la vie et la mort, mais ça améliore grandement la qualité de vie.»
Dr Pascalin Roy a souligné cette résilience dont a fait preuve sa patiente, surtout qu’elle s’est embarquée dans un projet qui n’avait jamais été tenté au Canada.
«J’ai été chanceux de rencontrer cette patiente pour tester cette méthode novatrice (…) Ça met aussi en lumière l’importance du partage de connaissances au niveau international pour améliorer la vie des gens.»
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Photo : Lisa Cyr, en compagnie du Dr Pascalin Roy. - Gracieuseté
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- Date de création 19 novembre, 2024
- Dernière mise à jour 19 novembre, 2024