Une série télévisée s’intéresse à l’artiste drag Jenna Seppa et sa vie à Sturgeon Falls

Christian Gammon-Roy

IJL – Réseau.Presse - Tribune : la Voix du Nipissing Ouest

Une équipe de tournage était à Sturgeon Falls les 3 et 4 octobre pour filmer des scènes avec Michel Gervais et son alter ego, l’artiste drag Jenna Seppa. C’était pour une série télévisée intitulée «Drag! D'la tête aux pieds,» qui mettra en vedette 14 artistes drag francophones à travers le Canada, exposant leur art et leur vie quotidienne – avec et sans le maquillage. Pour Michel Gervais, la série offre une bonne occasion de montrer les mondes parallèles de Jenna Seppa, qui est née à Toronto et continue de s'y produire, mais qui vit et fait des spectacles maintenant dans sa petite communauté de Sturgeon Falls.

«La série, c’est l’exploration de l’art du drag à travers le Canada. Donc on visite des artistes drag d’un bout à l’autre du pays, on découvre leur univers. C’est de prendre le drag et de le sortir des bars le soir ou des séries télévisés de compétition, et de le mettre un peu dans des lieux où l’on n’est pas habitué de voir du drag. (…) C’est ça qu’on essaie de faire, c’est de l’emmener ailleurs, puis montrer que ce n’est pas juste que les artistes drag font leurs performances, leurs shows, puis c’est fini, mais qu’il y a un côté artistique, un processus de création, il y a une pensée qui vient avec ça,» décrit Joël Robichaud, réalisateur de la série et coproducteur chez JAGR Productions. Les productions JAGR et MOZUZ Productions collaborent pour produire Drag! D'la tête aux pieds pour TFO, la chaîne publique de langue française en Ontario.

Bien que la série se veuille une exploration du drag en tant que forme d'art, elle se concentre sur les histoires personnelles des artistes pour illustrer ce phénomène. «Chaque personne qu’on a rencontrée a une histoire différente, a une manière de faire différente. À Edmonton, Lady T a commencé à faire du drag à 52 ans, c’était son projet de retraite,» explique M. Robichaud. Il précise qu'ils rencontrent également des drag kings, un artiste drag androgyne et ainsi de suite. «On n’explore pas juste les queens, mais l’art du drag, on essaie d’avoir tout le spectre de l’art.»

Un artiste de drag est souvent influencé par des éléments personnels et culturels marquants, ce qui le fait passer d'un simple personnage adapté à des fins de divertissement à une forme d'expression artistique avec une empreinte bien distincte. M. Gervais fait remarquer que les caractéristiques de Jenna Seppa reflètent ses origines, son milieu, son appartenance culturelle. En tant que francophone issu d'une petite communauté, ces éléments de son identité se voient clairement dans les spectacles de Jenna Seppa.

«J’aime jouer avec ces concepts-là. Je viens de Sturgeon, une communauté francophone. Jenna est née à Toronto, mais je voulais faire un petit ‘callback’ à mes origines,» explique-t-il, ajoutant que même pendant ses spectacles à Toronto, Jenna insère des phrases en français ici et là. M. Gervais ajoute qu'il est impatient de voir la série à la télé pour découvrir comment d'autres artistes francophones expriment cette partie d'eux-mêmes. «J’ai hâte de voir tous les artistes francophones au Canada qui font du drag et leurs expériences, surtout dans des communautés ou des provinces qui sont minoritaires francophones,» dit-il.

Michel Gervais raconte que les producteurs de l'émission l'ont contacté en septembre 2022. «Ils voulaient me demander des questions sur ma vie, mon parcours en drag, ce que je fais da ma vie comme artiste de drag, et aussi sur ma vie personnelle. Un des points, c’était sur mon départ de Toronto et mon retour à Sturgeon. C’était des questions qui servent à savoir c’est qui Jenna Seppa, et je suis francophone et quel est le rapport avec mon drag,» se souvient-il.

Lorsqu'on lui demande ce qui intéressait les producteurs particulièrement chez Michel Gervais et Jenna Seppa, M. Robichaud explique que l'un des thèmes de cet épisode, c’était de mettre en contraste le drag dans les grands centres comparativement aux plus petites communautés. Jenna Seppa était la candidate idéale pour illustrer cette différence, car elle se produit à la fois à Toronto et à Sturgeon Falls. En fait, les équipes ont tourné pendant trois jours, filmant le bingo de Jenna Seppa à Sturgeon Falls le vendredi 4 octobre, puis suivant l’artiste jusqu'à Toronto pour un spectacle dans un bar le samedi soir.

Ainsi, comme l'explique M. Gervais, l'équipe a pu voir les deux mondes différents dans lesquels vit Jenna Seppa, relevant les différences et les similarités intéressantes qui existent entre eux. Par exemple, il compare Sandy's Closet, une friperie à Sturgeon Falls, à Space Vintage à Toronto. Selon M. Gervais, c'est à Space Vintage qu'il a commencé à acheter des vêtements «glam» économiques pour Jenna Seppa, et tout comme Sandy's Closet, où il va maintenant, le magasin est une «petite entreprise mère-fille.»

Le soutien familial et communautaire mis en avant

Un autre aspect important exploré dans l'épisode de Drag! D'la tête aux pieds consacré à Michel Gervais/Jenna Seppa, c’est le soutien familial et communautaire dont il s'estime chanceux de bénéficier. «L’appui de la famille, ce n’est pas une chose commune chez les artistes drag, malheureusement. Mais, chez-nous, j’ai mes parents, mes grand-mères, et là j’avais Barbada aussi, qui est une autre famille,» décrit l’artiste.

Barbada de Barbades est une célèbre drag queen québécoise qui a été la «mère drag» de Jenna Seppa dans l'émission télévisée Call Me Mother en 2022. Elle est coanimatrice de l'émission Drag! D'la tête aux pieds, aux côtés de Sami Landry, et se trouvait à Sturgeon Falls lors du tournage du 4 octobre. Barbada a même fait une apparition au bingo drag de Jenna Seppa au restaurant Twiggs, pour le plus grand plaisir de ses fans.

Comme l'explique Michel Gervais, le soutien de sa communauté, de sa famille et de sa famille élargie de la communauté drag, c’est quelque chose qu’il est heureux de mettre en lumière. «J’espère que ça démontre que c’est possible d’avoir du succès dans une petite communauté, puis que ça existe d’avoir l’appui de sa famille comme artiste drag ou comme personne queer, puis que ça peut contribuer à l’art. J’ai cet appui-là, puis ça fait juste m’inspirer plus,» affirme-t-il, réfutant l'idée que la souffrance engendre le grand art. «Je suis inspiré de faire de l'art dans un espace positif qui n'est pas tragique!»

Lorsqu'on lui demande si ce soutien est un thème commun abordé dans les autres épisodes de cette première saison de Drag! D'la tête aux pieds, M. Robichaud est heureux de constater un changement positif dans l'ensemble. «Je pense que c’est quelque chose qu’on voit de plus en plus, que la famille, la communauté, les gens d’autour se rallient. À Moncton, avec Rose Beef, sa grand-mère était la plus grosse fan de Rose Beef, et elle était très excitée que Barbada était là. Il y a vraiment un changement où l’art du drag est en train de prendre sa place, est en train d’être plus accepté, et connu comme un art au lieu de juste des gens qui s’habillent pour faire le party,» décrit le réalisateur.

Le tournage de Drag! D'la tête aux pieds est toujours en cours et, selon M. Robichaud, la production se poursuivra pendant plusieurs mois par la suite. Il estime que l'émission sera prête à être diffusée aux ondes de TFO en septembre 2025.

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Photo :

L’artiste drag Jenna Seppa et la célèbre drag queen Barbada de Barbades ont coanimé un bingo au profit de l’organisme Fierté Nipissing Ouest au restaurant Twiggs à Sturgeon Falls le 4 octobre. Une équipe de tournage était présente pour filmer des scènes de l’émission Drag! D'la tête aux pieds, une série documentaire sur les artistes de drag francophones du Canada, que Barbada coanime.

Crédit photo : Courtoisie

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  • Date de création 25 octobre, 2024
  • Dernière mise à jour 25 octobre, 2024
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