Une bibliothèque en région fait ce qu’elle peut avec ce qu’elle a

Et comment se passent les choses dans les bibliothèques publiques à l’extérieur de la capitale? Megan Joy, bibliothécaire en charge de la Stephenville Crossing Public Library (SCPL) explique sa réalité.

Nikala Lebel

IJL - Réseau.Presse - Le Gaboteur

Le réseau des Newfoundland and Labrador Public Libraries (NLPL) est composé de 94 bibliothèques. En milieux éloignés ou ruraux, plusieur·e·s bibliothécaires doivent travailler seul·e avec peu de moyens. C’est le cas de Megan Joy, qui gère en solo la bibliothèque Stephenville Crossing. Elle doit porter plusieurs chapeaux et accomplir plusieurs tâches à la fois pour répondre aux exigences de son poste, ce qui n’est pas toujours évident. «Même les choses simples peuvent devenir un défi quand on est seul·e. Je ne peux pas servir les visiteur·e·s et animer l’heure du conte en même temps», nous a-t-elle confié.

Mis à part le temps, il manque aussi d’argent et d’espace. «Les livres, les jeux, le mobilier, les couvertures, les coussins... Tout est plus cher», dit madame Joy. Bien qu’on puisse commander les livres qu’on veut de n’importe où sur l’île ou au Labrador, il est toujours préférable qu’on y ait accès chez soi. Hélas, il est difficile chez elle, comme un peu partout en région, de recevoir régulièrement une bonne variété de nouveaux livres. Son budget est typiquement serré, donc la bibliothèque doit souvent dépendre de dons et de levées de fonds. Puis, son environnement de travail est très petit comparé aux grands édifices de St. John’s. Elle aimerait bien offrir des cours en informatique, mais elle ne dispose que de deux ordinateurs. Elle souhaiterait que les gens puissent faire du yoga à la bibliothèque, mais il n’y a pas assez de place.

Malgré tout, elle met sa créativité à profit et étire sa sauce, si bien que «les choses ont changé depuis mon arrivée. Notre bibliothèque connaît maintenant une utilisation fréquente. C’est fabuleux à voir.»

Être à l’écoute de sa communauté

Megan Joy travaille fort à promouvoir sa bibliothèque. Depuis son arrivée en poste en décembre 2022, elle tient la page Facebook de la bibliothèque à jour avec des résumés de nouveaux livres, des affiches éducatives, des annonces d’événements, des descriptions de ressources disponibles et bien plus. Elle prend également le temps de communiquer avec les écoles les plus proches, de bâtir des partenariats et surtout d’apprendre à connaître sa clientèle. Selon elle, plus on s’éloigne des grands centres, plus le bouche-à-oreille est important, et sur le Web, et en personne. C’est de cette façon qu’elle modernise, développe et publicise ses programmes et événements.

Ayant elle-même grandi à Stephenville Crossing, l’offre de services aux jeunes lui tient particulièrement à cœur. «En général, il n’y a pas beaucoup pour les adolescent·e·s dans notre communauté», a-t-elle remarqué. C’est pourquoi, malgré les contraintes, elle a mis sur pied un projet de club d’art plastique parascolaire. Dès ce mois-ci, toutes les deux semaines, elle invite les jeunes à se joindre à elle pour s'approprier des outils et des techniques, mais aussi pour en apprendre au sujet de l’histoire de l’art dans un environnement social décontracté après l’école. «J’ai vraiment hâte. Le programme d’art plastique, c’est comme un point tournant pour notre bibliothèque.»

Son souci des besoins et intérêts des jeunes la pousse également à mettre, lorsque possible, un accent sur la francophonie. En collaboration avec Coline Tisserand et l’équipe régionale des NLPL, elle travaille à offrir des trousse de livres thématiques en français et des cartes aide-mémoire pour aider les jeunes (et les moins jeunes) à se pratiquer tout en se divertissant. «Le français fait partie de notre histoire, donc j’espère que les trousses réussiront à rejoindre les gens d’ici». Il y aura bientôt quatre de ces trousses disponibles à la bibliothèque de Stephenville Crossing et quatre autres trousses à la bibliothèque Stephenville - Kindale. Madame Joy souhaite que ça puisse faire grandir l’intérêt et la demande à l’égard des produits culturels francophones. Elle encourage d’ailleurs ceux et celles qui auraient de beaux nouveaux livres en français à communiquer avec elle ou avec leur bibliothèque la plus proche.

Selon ses observations, 2024 aura été une année record pour les inscriptions aux divers programmes. Elle tient à remercier ceux et celles qui suivent la page Facebook de la SCPL et qui prennent le temps de partager ses publications. Ses expériences récentes lui confirment que l’engagement communautaire et son approche d’écoute active portent fruit. «On a réussi à faire passer le message aux jeunes que la bibliothèque est là pour eux.»

Entretenir un tiers lieu

Selon Megan Joy, les tiers lieux sont en manque aux alentours de Stephenville. «Il n'y a pas beaucoup d’endroits où se réunir, donc la bibliothèque joue un rôle vital ici.» De plus en plus de jeunes lui rendent visite, dit-elle, croyant que l’aspect tiers lieu pèse fort dans la promotion des services. «Si tu veux faire partie d’un club, étudier ou simplement relaxer quelque part qui n’est pas ta maison ou ton école, tu peux le faire à la bibliothèque. C’est un des rares tiers lieux qu’on a dans le coin. Tu peux t’asseoir, utiliser notre Wi-Fi, lire, dessiner, etc.»

La priorité de madame Joy est que son immeuble soit un lieu sûr, inclusif et chaleureux. Elle a utilisé ce qu’elle pouvait de son budget pour que sa bibliothèque soit plus accueillante en optant pour de la peinture verte, des fauteuils confortables, des jouets (y compris des jouets sensoriels) et une collection bonifiée de jeux de sociétés. Elle a aussi pris l’initiative de réserver certaines heures plus silencieuses et à moindre luminosité pour les personnes ayant des besoins particuliers. «J'essaie de m'assurer que tout le monde sache qu’on peut être qui on veut quand on visite la bibliothèque.»

L'inclusivité se retrouve également dans la collection de médias disponibles en succursale. Par exemple, si un livre ayant pour sujet l’éducation sexuelle ou la pensée féministe était interdit à la maison, un·e jeune pourrait en faire la commande (au besoin), l’emprunt et la lecture sans jugement en se présentant à la bibliothèque. Les NLPL célèbrent d’ailleurs la Semaine des livres interdits et la Semaine de la liberté de lire, nous a rappelé Madame Joy. «Ici, les gens peuvent lire ce qu’ils et elles veulent. Il n’y a aucune honte à ça. [À la bibliothèque], on peut s’exprimer et avoir accès à ce qu’on aime. C’est quelque chose dont je veux continuer à être une championne.»

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Photo: Espace ouvert

Photo: Courtoisie

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  • Date de création 21 octobre, 2024
  • Dernière mise à jour 18 octobre, 2024
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