Les bibliothèques tâtent le pouls de la province
Malgré que Coline Tisserand puisse s’inspirer de ce qui se fait ailleurs, voire ici même, en termes de programmation, la tâche n’est pas de tout simplement traduire de l’anglais vers le français des projets existants.
Nikala Lebel
IJL - Réseau.Presse - Le Gaboteur
Afin de bonifier ce qui est offert par les NLPL, non seulement pour les francophones, mais aussi pour les apprenant·es et les intéressé·es de tous âges à l’échelle de la province, madame Tisserand doit s’assurer qu’une variété d’activités amusantes et de services novateurs soit mise à leur disposition. Elle raconte la popularité grandissante de ce qu’elle concocte, mais aussi comment il faut qu’elle soit soucieuse des variables telles la langue, le temps et le lieu pour que tout soit bien adapté. À ce jour, le poste de chargée des services en français, «c’est toujours de l’essai-erreur.»
Les après-midi de bricolage et les heures de conte dites baby time et family time qu’elle a lancés étaient d’abord offerts en français seulement, mais sont maintenant animés dans les deux langues dans le but d’accueillir le plus de gens possible dans un environnement inclusif et décontracté. Les cercles de conversation en français pour adultes, eux, un succès dès le départ selon madame Tisserand, étaient offerts chaque mois et convenaient à des locuteurs et locutrices plus avancées, pour ensuite être offerts aux deux semaines avec une option de niveau débutant en réponse à la demande générale. De plus, on peut maintenant s’y joindre non seulement en personne après le travail en personne à St. John’s, mais aussi de partout en ligne pendant l’heure du dîner.
Ces programmes et les événements artistiques en français ont fait vagues, mais rien n'est un succès assuré. Madame Tisserand avoue qu’une séance de conseil hebdomadaire qu’elle offrait aux parents d’enfants en cours d’immersion a quant à elle raté la cible. Certes, plusieurs parents se cherchent des livres à lire avec leurs petit·e·s à la maison pour se pratiquer, mais, selon la chargée des services en français, le caractère passif et informel des séances n’a pas réussi à faire venir les gens jusqu'à la bibliothèque, surtout qu’il est possible de se trouver des recommandations de tels livres sur le Web. Pour elle, «la clé est vraiment d’être à l’écoute de nos communautés et de s’ajuster à leurs demandes».
C’est ce qui permet, d’ailleurs, que des après-midi bricolage puissent bientôt avoir lieu à Conception Bay South et non seulement à St. John’s.
Une histoire de répertoire grandissant
Avant l’arrivée de Coline Tisserand, quatre bibliothécaires tenaient la grande collection des NLPL, chacun responsable des œuvres de fiction, de non-fiction, autochtones et pour jeunesse, mais pas des œuvres en français. Il incombe donc à madame Tisserand de leur offrir du soutien, entre autres, sous forme de suggestions d'œuvres montées en paniers d’achats qui simplifient la tâche de ses collègues au temps des commandes. De se faire une collection bien munie qui saura plaire à divers lectorats. «Ça prend énormément de temps. Je dois lire des critiques et me soucier de ce qui est populaire», nous a-t-elle dit. «Est-ce que ça va circuler? Est-ce que ça va être une bonne ressource?»
Un des défis principaux du volet collection de l’emploi est de maintenir un équilibre entre les livres traduits plus populaires chez le grand public de Terre-Neuve-et-Labrador et les œuvres originales en français plus populaires chez ceux et celles qui parlent couramment la langue. Madame Tisserand se dit tout de même satisfaite de son travail, grâce auquel on peut retrouver dans nos bibliothèques des bandes dessinées réalisées par Élise Gravel, que les enfants adorent, ainsi que des romans écrits par Dany Lafferrière et Michel Jean, qui plaisent mieux aux lecteurs et lectrices aguerries. C’en est de même pour les DVDs de films issus de la francophonie, autant des grands classiques que des films de l’heure comme l’Anatomie d’une chute ou Vampire humaniste cherche suicidaire consentant, tous deux parus en 2023.
Elle est également très fière de combien s’est améliorée la collection de jeux de société bilingues et en français disponibles dans les NLPL. Elle nous a dit s’être efforcée de présenter à ses collègues plusieurs jeux aux instructions écrites dans les deux langues officielles canadiennes, ainsi que des jeux d’apprentissage linguistique. Tout comme les livres et les DVDs, on peut emprunter ces jeux et les ramener chez soi, mais aussi les essayer à la bibliothèque.
Pour Coline Tisserand, une bonne collection, en particulier une bonne collection de jeux, ça aide à attirer les gens vers le lieu physique et à souligner l’aspect accueillant et social de la bibliothèque moderne.
Pas facile, se faire connaître
Une des tâches principales relevant du poste de chargée des services en français des NLPL est la promotion de ces services. «Même si on a les ressources, les gens doivent savoir qu’ils peuvent les utiliser», nous a expliqué Coline Tisserand. À l’ère de la fatigue informationnelle sur le Web, c’est un défi de taille. Elle y travaille en créant des affiches, en préparant des vidéos thématiques, en achetant de la publicité, en montant des guides d’utilisation et en traduisant à la pièce ce qui existe déjà dans l’univers Web des bibliothèques, mais préfère le présentiel dans la mesure du possible.
Par exemple, au cours de sa première année à occuper son poste, elle s’est rendue à maintes reprises dans des écoles du Conseil scolaire francophone provincial et dans des cours d’immersion du réseau anglophone pour animer des ateliers créatifs et des jeux questionnaires permettant de faire connaître les bibliothèques. Elle nous a raconté combien les jeunes étaient surpris·e·s d’apprendre qu’on peut y trouver beaucoup plus que des livres et que c’est 100% gratuit.
Selon la chargée de services en français, démystifier les idées préconçues des gens à l’égard des bibliothèques est souvent la première étape permettant de les intéresser, ce qu’elle croit avoir bien entrepris.
Les bibliothèques sont là pour tout le monde, peu importe son identité ou son statut socio-économique. De contribuer à leurs missions, «c’est quelque chose qui me réjouit», nous a-t-elle confié. Elle lance donc l’invitation - «Venez emprunter des livres! Venez utiliser nos ressources en français!»
Des projets pour une deuxième année
Les NLPL comprennent 94 immeubles. C’est énormément de terrain à parcourir pour une seule personne en manque de temps et surtout en manque d’argent. Toutefois, depuis octobre 2023, Coline Tisserand a réussi à quitter St. John’s pour se rendre à Gander, à Corner Brook et à Stephenville pour animer des activités en français avec ses collègues bibliothécaires sur place. Elle a également fait une tournée des écoles de la péninsule de Port-au-Port. Elle aimerait faire beaucoup plus de voyages du genre à l’avenir. Elle espère particulièrement visiter Labrador City, où se trouve une grande collection d'œuvres en français, et à Happy Valley-Goose Bay, où une de ses collègues mène des cafés conversationnels en français en partenariat avec la Association for New Canadians. Elle explique que de plus en plus de gens là demandent qu’il y ait plus d’occasions de vivre en français.
Conflit d’horaires et restrictions budgétaires; il est impossible pour madame Tisserand de livrer sa programmation en personne à l’échelle de la province tous les mois ou chaque semaine. Elle peut cependant soutenir sa grande équipe en leur donnant de la formation. Déjà, elle organise des rencontres informelles avec ses coéquipier·ère·s qui travaillent souvent seul·e·s. Elle explique qu’en répondant à leurs questions et en les aidant à naviguer la création de leurs propres programmes, elle leur donne la confiance de mettre sur pied de nouveaux projets ou d’intégrer un peu de français à leurs projets existants, ce qui, par exemple, se produit déjà à Mount Pearl.
Elle admet que la création de programmes, même quand on est formé·e, ça peut être anxiogène, surtout pour ceux et celles qui sont moins habiles en français. Elle travaille donc à la création de trousses tout-en-un comprenant 5 ou 6 livres, des comptines, des jouets et des fiches de consignes faciles à suivre pour que n’importe qui puisse mener des activités semblables aux siennes. Ces trousses seront bientôt à la disposition de ses collègues, mais aussi de tout.es les enseignant.es de la province.
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Photo: jason-w-PBNbMX6jtBM-unsplash.jpg
Photo: Jason Wong (Unsplash)
Caption: Du 21 au 24 novembre, lors du Festival littéraire de Terre-Neuve-et-Labrador sous thème de «L’art dans tous ses états», en plus de participer à d'autres activités diverses, des salons du livre jusqu'à une exposition avec Anastasia Tiller et une table ronde sur l'impact de la Confédération sur la population francophone de la province, vous pourrez rencontrer Coline Tisserand et l’auteur terre-neuvien Michael Crummey en personne. Le festival se déroule dans les quatres coins de la province, donc tenez-vous au courant en suivant sa page Facebook @FestivalLitteraireTNL.
Photo - Cercle de conversation
Photo - Coline Tisserand (Courtoisie)
Caption - Coline Tisserand (en bas à droite) et son cercle de conversation en mars 2023.
- Nombre de fichiers 3
- Date de création 21 octobre, 2024
- Dernière mise à jour 18 octobre, 2024