Six ans après leurs débuts en politique, Robert Gauvin et René Ephestion ont changé d’allégeance
L’un fut recruté par Blaine Higgs, et l’autre par Brian Gallant. Deux erreurs de casting. Au bout du compte, Robert Gauvin et René Ephestion ont tous deux eu le sentiment qu’on les avait roulés dans la farine. Après une redistribution des rôles, chacun s’épanouit désormais dans sa nouvelle famille politique.
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Damien Dauphin
IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien
À l’automne 2018, tandis que Robert Gauvin devenait l’éphémère vice-premier ministre du premier gouvernement Higgs, René Ephestion caressait l’ambition de succéder à Brian Gallant à la tête du Parti libéral. Ils sont tous les deux revenus sur leur parcours respectif lors du débat électoral animé par Gille Gauthier, lundi 7 octobre sur CJSE dans le cadre de l’émission Parle Parle Jase Jase.
René Ephestion a dit que c’est Brian Gallant lui-même, alors plus jeune premier ministre de l’histoire du Nouveau-Brunswick, qui l’avait invité à militer au sein du Parti libéral en 2017. Déjà, celui qui était encore un immigrant français sous statut de résident permanent avait fait part de certaines réserves.
«Je lui ai dit que j’étais de centre-droit, mais il m’a répondu que ça ne faisait rien, qu’il y avait plusieurs sensibilités dans le parti», a confié celui qui porte dorénavant les couleurs progressistes-conservatrices dans la circonscription de Baie-de-Shediac-Dieppe.
Des promesses non tenues
De son côté, Robert Gauvin suivait les traces de son père, Jean (1945-2007), qui fut pendant trois mandats le député de Shippagan-les-îles. Pendant sept ans (1978-1987), Jean Gauvin occupa le poste de ministre des Pêches du gouvernement Hatfield.
Blaine Higgs, qui comptait s’en servir comme faire-valoir auprès de la communauté acadienne, lui a fait de vaines promesses pour l’attirer dans son équipe.
«Quand Blaine Higgs m’a recruté, il m’a promis deux choses. La première, qu’il allait apprendre le français. On sait ce qu’il en est advenu. La deuxième, qu’il ne toucherait pas aux hôpitaux. Or, il a essayé de fermer six urgences de nuit», rappelle le député sortant de Baie-de-Shediac-Dieppe.
Lorsqu’il a tenté de présenter sa candidature à la chefferie du Parti libéral, au début de l’année 2019, René Ephestion s’est heurté à des réticences au sein de l’établissement du parti. Certains commentaires l’ont blessé, et il a compris qu’il n’était pas le bienvenu.
«Au Parti libéral, il y a la face publique et la face cachée derrière les portes closes, assure-t-il. Par exemple, on ne va pas faire telle ou telle politique pour ne pas froisser les anglophones. Je cherchais un parti qui fait de la politique pour les gens du Nouveau-Brunswick en globalité.»
« C’est le monde qui doit passer en premier »
C’est la crise de la fermeture des urgences de nuit qui a poussé Robert Gauvin, début 2019, à claquer la porte d’un parti qu’il estime plus conservateur que progressiste. Pendant le reste de la législature, il a siégé comme député indépendant avant de franchir le plancher et de rejoindre les Libéraux. Quittant Shippagan-Lamèque-Miscou, c’est sous leur bannière qu’il s’est fait élire en 2020 dans la circonscription que représentait Brian Gallant avant lui.
«J’ai appris de mon père que c’est le monde qui doit passer en premier. Depuis que j’ai rejoint le Parti libéral, aucune décision qu’il a prise ne m’a mis mal à l’aise.»
Robert Gauvin ne donne pas cher de la peau de ses anciens collègues bleus. Il pense que Blaine Higgs a fait le vide autour de lui. «J’ai vu 12 anciens collègues conservateurs quitter le navire. A l’heure où on se parle, le PCNB n’existe plus.»
Pourquoi donc un Français d’origine comme René Ephestion a-t-il fait le choix de rejoindre un parti que, sous la houlette de celui qui voulait un Nouveau-Brunswick unilingue anglophone au début des années 90, l’on dit volontiers anti-francophone? La réponse est purement économique.
«J’ai changé pour un parti capable de prendre des décisions fortes et de garder une économie forte, et seul le PCNB à l’heure actuelle en est capable», affirme M. Ephestion.
Discuter ou faire sauter les digues
Gilles Gauthier a demandé aux candidats s’ils pouvaient encore, à l’avenir, rompre avec la ligne officielle de leur parti si celle-ci allait à l’encontre de leurs convictions profondes.
«Je ne peux pas plier plus que ce que je plie. Si cela arrivait, je partirais de nouveau. Il faut toujours mettre le monde en premier, et je l’ai prouvé», déclare Robert Gauvin.
Avec sa culture française, René Ephestion se sent à l’aise avec les différents courants qui cohabitent au sein de toutes les formations politiques. Il n’y voit aucun problème et préfère discuter âprement plutôt que de quitter le terrain. «Le sens de la vie politique est de pouvoir discuter avec des gens qui n’ont pas forcément les mêmes opinions que nous, et c’est ce que nous faisons au sein du PCNB.»
Mais Robert Gauvin considère qu’il est extrêmement difficile, quand on est francophone, de naviguer sereinement en milieu hostile.
«Le sentiment que Blaine Higgs a envers les francophones est partagé par d’autres au sein de son parti. J’ai vu comment j’ai été traité, et derrière les portes fermées j’ai entendu des choses abominables comme ‘poor people don’t vote’ et ‘what kids need is a kick in the butt’».
Seule Chantal Landry, la candidate écologiste, n’a pour le moment pas eu à souffrir des mêmes tribulations que ses deux concurrents. Elle compte d’abord et avant tout défendre les intérêts des habitants de sa circonscription, mais croit toutefois que son parti la respecterait dans son rôle d’élue.
«Au Parti vert, nous avons la parité et nous ciblons la diversité. On a vraiment une belle équipe et j’en suis très fière.»
Le Parti vert n’avait pas présenté de candidat dans Baie-de-Shediac-Dieppe lors de l’élection générale de 2020. Robert Gauvin avait été élu avec 60,14% des voix, suivi de Mathieu Gérald Caissie (PCNB, 30,6%), de Delphine Daigle (NPD, 5,44%) et de Phillip Coombes (Alliance des gens, 3,82%).
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Photos
Chantal Landry
Robert Gauvin
René Ephestion
Crédit : Courtoisie
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- Date de création 17 octobre, 2024
- Dernière mise à jour 17 octobre, 2024