Jacques Giguère espère créer la surprise et ravir Dieppe-Memramcook aux libéraux
C’est probablement l’un des débats les plus corsés que CJSE a organisés. La libérale Natacha Vautour et le vert Jacques Giguère en sont les têtes d’affiche. Réduit au rang de simple figurant dans une circonscription qui n’est pas de tradition conservatrice, Dean Leonard a déclaré forfait et n’a pas participé à l’émission.
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Damien Dauphin
IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien
Memramcook, qui avait accordé ses suffrages à Megan Mitton, a été détaché de Tantramar pour rejoindre Dieppe. Le bastion libéral pourrait-il pencher du côté vert ? C’est ce que souhaite Jacques Giguère, qui porte «la couleur du changement» selon le slogan de la formation politique conduite par David Coon. L’ancien journaliste et réalisateur de «La semaine verte» à Radio-Canada, qui s’est construit lui-même une maison organique dans le bout de Memramcook après avoir résidé à Dieppe pendant trente ans, reconnaît cependant que l’écologie n’est pas le principal sujet de la campagne qui s’achève.
«La santé est sur toutes les lèvres. On en fait une priorité au Parti vert, au point qu’on entend des gens nous reprocher de ne pas suffisamment parler d’environnement. Mais le Parti vert, ce n’est pas que l’environnement bien que ce soit notre force», concède-t-il.
Natacha Vautour aimerait reprendre le flambeau longtemps tenu par Roger Melanson et porté par Richard Losier pendant un an. La candidate libérale est d’avis que le projet de création de cliniques collaboratives porté par sa formation politique peut faciliter l’accès aux soins de santé primaire et pallier le manque de médecins de famille.
«L’accès aux soins de santé est notre priorité, et l’enjeu dans la circonscription est le même que partout ailleurs dans la province. Des gens attendent jusqu’à 35h à l’hôpital pour recevoir des soins, ce n’est pas normal. On veut assurer que des soins d’urgence soient des soins d’urgences.»
Utiliser l’Institut de Memramcook pour délester les hôpitaux?
Dans le village qui fut le berceau de la Renaissance acadienne, certains n’ont toujours pas digéré la vente de l’Institut de Memramcook au secteur privé. Réalisée au printemps dernier, la transaction n’a toujours rien donné de concret. Jacques Giguère dénonce « la vente secrète pour seulement 1 million de dollars » et met sur la table une mesure forte.
«Comment une partie du patrimoine acadien a-t-elle pu être vendue en cachette par un gouvernement anti-francophone? C’est inacceptable et nous comptons le racheter dès le lendemain que nous formerons un gouvernement vert pour la même somme.»
Le bâtiment le plus emblématique de la belle vallée pourrait-il faire partie de la solution ? M. Giguère le croit, qui compte en mobiliser la superficie à des fins plus utiles.
«Des espaces dans les hôpitaux sont occupés par des gens qui n’ont pas besoin d’y être mais qui attendent des places dans des foyers de soins. Il y a cinq étages qui ne servent à rien dans ce bâtiment qui était depuis 10 ans dans la poche du gouvernement», a-t-il martelé.
Le vœu de la SANB
L’engorgement des écoles francophones a lui aussi été abordé lors du débat. Natacha Vautour, qui fut membre du conseil d’éducation du District scolaire francophone Sud, dénonce le fait que le gouvernement Higgs ait sabré de 50% le budget d’infrastructures. Mais elle va plus loin en pointant du doigt un biais défavorable aux francophones.
«On a vu aussi un manque flagrant de transparence dans le choix des écoles qui allaient faire l’objet de rénovations ou d’agrandissement. On ajoute des écoles anglophones un peu partout, mais il n’y a pas d’école franco à moins d’une heure de route. Le Parti libéral s’engage à garder l’équité entre les deux communautés», assure-t-elle.
Afin d’éviter le parti pris à Fredericton, Jacques Giguère avance une pleine dualité qui répondrait au vœu de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB). Il pense que deux ministères de l’Éducation, un pour chaque communauté de langue officielle, pourraient gérer leur réseau adéquatement et de façon indépendante. Une proposition à laquelle Natacha Vautour n’adhère pas.
«Une des critiques qu’on entend dans le milieu de l’éducation, c’est qu’il y a trop de silos. Les anglophones et les francophones vivent ensemble. Il faut voir comment on peut collaborer ensemble et travailler en équipe», préconise-t-elle.
Penser en dehors de la boîte
Jacques Giguère a aussitôt répliqué en mettant le doigt sur une vieille plaie. «Dans ce cas, pourquoi on ne met pas les élèves dans les mêmes autobus? Il y a des raisons pour cela. Pourquoi est-ce si difficile de penser en dehors de la boîte?», a-t-il demandé.
Les deux candidats ont croisé le fer sur des questions relatives à l’immigration dans le contexte du déclin du français, les mesures à prendre pour contrer l’inflation, et le plafonnement des loyers. Plusieurs auditeurs ont appelé le standard téléphonique de CJSE pour leur poser des questions.
L’un deux, qui s’est identifié sous le seul prénom de Marc, a apprécié les différentes propositions au sujet des investissements dans le système éducatif. Son épouse est enseignante au sein du district scolaire anglophone. «Si c’était moi, il n’y aurait qu’une école pour les deux langues officielles. L’avenir, c’est peut-être trois ou quatre langues pour nos enfants», envisage le citoyen avec optimisme. Les deux candidats y ont vu une utopie dangereuse.
«Il faut garder la séparation dans la langue de notre choix. Pour la survie de notre langue et de notre culture, c’est important», a répondu Natacha Vautour.
De son côté, Jacques Giguère a rappelé la situation vécue par les Acadiens de Nouvelle-Écosse qui ont excipé de leur droit constitutionnel pour avoir des écoles homogènes afin de contrer l’assimilation galopante.
«Ce ne sont pas les francophones qui ne sont pas bilingues, ce sont nos amis anglophones, a-t-il indiqué. Il faut y réfléchir sérieusement.»
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Photos
Natacha Vautour
Jacques Giguère
Crédit : Courtoisie
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- Date de création 17 octobre, 2024
- Dernière mise à jour 17 octobre, 2024