Parler sa langue dans un milieu linguistique minoritaire


Andrea Burke Saulnier et Genevieve-Tremblay
Andrea Burke-Saulnier est professeure-chercheuse au Département des sciences de l’éducation à l’Université Sainte-Anne en Nouvelle-Écosse. Elle s’intéresse particulièrement à l’insécurité et à la sécurité linguistiques en milieu scolaire et aux cicatrices langagières.
Elle s’est rendue à Whitehorse pour rencontrer les élèves, les familles et le personnel enseignant des écoles francophones et d’immersion.
« L’insécurité linguistique, première chose, c’est un sentiment que nous ressentons. Et puis c’est un sentiment que nous ressentons quand nous parlons une langue avec un locuteur. D’habitude, c’est avec un locuteur qui est identifié comme supérieur, qui parle mieux que la personne », explique la professeure.
Elle ajoute que « l’insécurité linguistique ne se limite pas aux locuteurs de français langue première en milieu minoritaire. C’est un phénomène qui se présente dans toutes les langues et qui se présente chez les locuteurs d’une deuxième langue. »
À l’inverse, « la sécurité linguistique, c’est qu’on a une confiance. Je me sens bien dans comment je parle, peu importe la situation dans laquelle je me présente. Fait que dans les murs de l’école, tu es très en sécurité, c’est le français la langue, mais dès que tu sors, tu vis de l’insécurité », précise Andrea Burke-Saulnier.
Quant à l’identité langagière, elle la définit comme étant « notre identité. Qui je suis par rapport à une langue et ce que je fais par rapport à une langue? »
Des francophonies
Pour Andrea Burke-Saulnier, la langue évolue d’une génération à une autre, elle diffère d’une région à une autre et selon ses origines. Le but est de s’adapter aux autres. « On a pu avoir de très belles discussions par rapport aux langues qu’ils [les élèves] utilisent dans la communauté, les langues qu’ils utilisent avec la famille, à l’école, la fierté de la langue, d’être fier de leur accent et aussi d’être accueillant des accents des autres. Je dis les francophonies, et non pas la francophonie, parce qu’il y a tellement de groupes différents. »
Geneviève Tremblay travaille à la Commission scolaire francophone du Yukon. Elle est coordonnatrice à la petite enfance et conseillère pédagogique. Selon elle, « dans l’insécurité linguistique, c’est la perception qu’une variante est meilleure qu’une autre variante. Ou que l’enfant utilise beaucoup de mots anglais et fait de la tendance codée. Mais il y a aussi un grand élément dans l’insécurité linguistique, c’est l’accent. L’accent et le vocabulaire. »
« Et puis, c’est de sensibiliser toute la gang que la langue, peu importe la langue, on l’utilise pour communiquer. On l’utilise pour partager un message et comprendre le message de quelqu’un d’autre. Donc, lorsque nous parlons, il faut être conscient avec qui nous parlons et que nous utilisons une variante et un vocabulaire qui est compréhensible pour la personne avec qui nous parlons », insiste Andrea Burke-Saulnier.
« C’est d’avoir cette ouverture d’esprit envers d’autres variantes. Donc, c’est vraiment une conscientisation que chaque personne doit faire, que ce soit un élève, un enseignant, un administrateur, un membre de la communauté, un membre du gouvernement, que la langue n’est pas statique, qu’il n’y a pas une façon de parler », poursuit-elle.
« Donc, quand les enfants ou les adolescents ou les parents parlent, on est prêt à accueillir cette différente façon de parler. Et qu’on soit prêt à virer notre oreille », conclut-elle.
Encore du travail
« Dans les écoles, même dans la vie en général, pour solidifier ta langue, c’est de la pratiquer », résume Geneviève Tremblay.
Andrea Burke-Saulnier parle de « résilience langagière. La première chose, c’est de s’amuser en français. Et de vivre et d’avoir l’occasion d’explorer les francophones, de vivre différentes expériences avec des francophonistes. Je vise beaucoup à faire un rapprochement entre les francophones et les francophiles. »
De son côté, Geneviève Tremblay souhaiterait organiser plus d’activités entre les écoles francophones et d’immersion. « Ne pas rester dans nos chasses gardées, dans nos zones. Justement, faire en sorte que ces échanges-là fassent que les élèves d’immersion ne se disent pas “Je suis moins bon. Je ne peux pas parler”. »
Selon elle, « ça aiderait à contrebalancer les discriminations langagières que nous entendons. Le commentaire de “French frogs” existe encore. Les jeunes l’entendent. […] Et puis là, de l’autre côté de la médaille, ils vont lancer des commentaires vers les anglophones. »
Geneviève Tremblay encourage également à adapter le programme scolaire aux couleurs locales. « Pour les sciences, on fait l’école de la forêt. Si tu regardes juste dans les livres des feuillus de l’Atlantique, les enfants ne se reconnaissent pas. Mais si tu es sur ton terrain, tu vas explorer directement sur le terrain et ça parle aux enfants. »
IJL – Réseau.Presse – L’Aurore boréale
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- Date de création 10 octobre, 2024
- Dernière mise à jour 15 octobre, 2024