Les îles de Toronto en pleine Transformation

La majorité des 1,4 million de touristes qui visitent les îles de Toronto chaque année ne s’éloignent pas des sentiers battus de Centre Island et Hanlan’s Point. Ils passent ainsi à côté d’une communauté unique de quelque 600 résidents qui résiste à la frénésie urbaine, tel le village des irréductibles Gaulois.

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Nathalie Prézeau

IJL – Réseau.Presse – l-express.ca

Alors que le panorama de la ville évolue à vue d’oeil, les quartiers piétonniers des îles de Toronto ont peu changé au fil des années.

Au milieu des années 1800, les pêcheurs saisonniers ont commencé à camper sur l'île. Avec l’avènement du transport en commun par traversier, leurs familles les ont rejoints pendant les mois d’été. Ceci créa le premier village de tentes de Toronto.

On a peine à imaginer que, dans les années 1950, les Îles de Toronto comptaient 630 résidences et plus de 2 000 citoyens permanents. La population grimpait alors à 10 000 durant l’été.

Les îles bouillonnaient d’activité là où s’étend maintenant le grand parc: épiceries, quincailleries, blanchisseries, hôtels, barbiers, casino, cinéma, quilles en plein air.

Deux grands développements urbains ont catalysé les expropriations, à commencer en 1936 par la construction de l’aéroport, baptisé Billy Bishop en 2009.

Il reste 262 maisons dans les quartiers piétonniers des îles Ward et Algonquin, où résident les «Wardsies» et les «Gonkies».

L’équilibre est fragile entre les droits acquis et le plus grand bien de tous. Tandis que la ville prenait de l’expansion, les résidents tentaient à tout prix de préserver leur mode de vie. Les habitants de l’île Algonquin ont bien failli se faire expulser dans les années 1980.

En 1993, avec l’appui de nombreux Torontois, a été adopté le Toronto Islands Residential Community Stewardship Act, permettant aux résidents de détenir le titre de propriété et de louer jusqu’en 2092 les lots sur lesquels elles sont situées. Ils ont également acquis le droit de léguer leur maison à leur partenaire ou à leurs enfants.

Le modèle immobilier régissant la vente des maisons des îles a permis d’éviter les écueils de la spéculation. Une fiducie qui gère une liste d’attente de 500 acheteurs potentiels a été formée.

Une ambiance de village

Toronto Islands est techniquement un quartier de Toronto, mais il y règne une ambiance de village où tous se connaissent.

Quand on fouille sous l’onglet Community sur le site torontoisland.org, on trouve le lien d’un groupe en ligne pour les résidents, où chacun peut lancer un appel à tous s’il a besoin d’une tasse de lait ou de sucre pour tenir le coup jusqu’à son prochain voyage de ravitaillement dans la grande ville.

Des statistiques sur cette ligne indiquent que la petite communauté de 600 habitants s’envoie plus de 400 messages semblables par mois.

Susan Roy vit sur l’île depuis plus de 30 ans. Elle propose depuis 2017 des balades guidées aux visiteurs. On peut la contacter sur le site torontoislandwalkingtours.com.

Comme tous les autres résidents, la dynamique enseignante à la retraite s’approvisionne dans la grande ville, où elle essaie de se rendre plusieurs fois par semaine, histoire de rester connectée avec ses amis de Toronto.

Considérant qu’ils ne sont que 600 versus une multitude de plus d’un million de touristes, Susan Roy confirme que «la majorité des visiteurs se concentrent sur Centre Island et Hanlan’s Point, donc on est moins envahis qu’on ne pourrait le penser».

«De plus, les gens d’ici n’oublient pas qu’ils vivent dans un parc!»

Bain de culture jusqu’au 20 octobre

Les îles Ward et Algonquin offrent un style de vie qui convient manifestement aux tempéraments artistiques. Les baladeurs ressentent bien qu’ici, on prend le temps, celui de vivre et de créer.

Ceux qui visiteront ces quartiers d’ici au 20 octobre profiteront des installations de Rogue Wave.

Cette exposition extérieure a été fondée par quatre résidents en 1998. Avant cette initiative, l’art qui apparaissait spontanément sur l’île était arraché par le personnel de la Ville qui gérait le parc. Rogue Wave se déroule maintenant en partenariat avec le département Parks, Recreation et Forestry de la Ville.

Cette année, l’exposition a choisi le thème de la Transformation. Un choix pertinent quand on se rappelle que le Clubhouse de l'île Ward, construit en 1938 par les membres de la communauté, est passé au feu en mars dernier.

En consultant la carte de l’emplacement des quinze installations, les francophones auront l’agréable surprise de découvrir qu'on ouvre le bal avec un loup de Joseph Muscat. Cet artiste bien établi a, entre autres, été membre fondateur du Labo d'art et fait partie du conseil d'administration de BRAVOart.

«Les artistes des îles et de la ville se connaissent. Nous partageons souvent les mêmes agents», mentionne Joseph Muscat, pour expliquer sa participation à plusieurs  éditions de Rogue Wave. «Pour moi, le loup est symbole de transformation. Nos chiens descendent du loup! C’est un animal grégaire, comme les humains.»

On remarquera que son loup peut bouger avec le vent. «C’est pour rendre les gens plus présents aux éléments de notre environnement.»

L’oeuvre #4 de Brad Harley, non loin du Island Café, est particulièrement touchante. Elle marque l’emplacement du Clubhouse disparu, dont on a uniquement reconstruit le seuil et préservé l’enseigne brûlée. On y trouve une photo de meilleurs temps du Clubhouse.

Il est amusant de se servir de l’excuse de l’exposition pour parcourir les quartiers. La dernière oeuvre du circuit (de Taylor Ganton), plutôt ludique, nous mène près d’un hangar à bateau de l’île Algonquin.

On mesure bien la place de l’art dans cette communauté sur le site Toronto Island Art qui liste les artistes des Toronto Islands, incluant Kathleen Doody qui crée des mosaïques de galets depuis plus de 12 ans dans son studio. C’est elle qui est responsable de la création de la magnifique mosaïque devant le Clubhouse de l'île Ward.

On trouve également sur ce site la carte interactive des petites vitrines artistiques (Tiny Galleries) qui parsèment Ward’s et Algonquin.

Les visiteurs tombent sous le charme de cette communauté qui fait rêver. Elle est encore plus précieuse quand on en connaît l’histoire.

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Photos

Titre : îles de Toronto carte

Légende : Le plan des 15 installations de l'exposition Rogue Wave sur les îles Ward et Algonquin.

Crédit : Nathalie Prézeau, l-express.ca

Titre : îles de Toronto galerie

Légende : Une mini-galerie d'art sur l'île Ward.

Crédit : Nathalie Prézeau, l-express.ca

Titre : îles de Toronto loup

Légende : Dans le cadre de l'exposition Rogue Wave: une oeuvre de l'artiste Joseph Muscat sur l'île Ward.

Crédit : Nathalie Prézeau, l-express.ca

Titre : îles de Toronto maison

Légende : Une maison de l'île Ward.

Crédit : Nathalie Prézeau, l-express.ca

Titre : îles de Toronto promenade

Légende : La promenade de l'île Ward.

Crédit : Nathalie Prézeau, l-express.ca

Titre : îles de Toronto resto

Légende : Chez Castaways Rum Shack.

Crédit : Nathalie Prézeau, l-express.ca

Titre : îles de Toronto rue

Légende : Une rue de l'île Ward.

Crédit : Nathalie Prézeau, l-express.ca

Titre : îles de Toronto rues

Légende : Un coin de rues de l'île Ward.

Crédit : Nathalie Prézeau, l-express.ca

Titre : îles de Toronto tentes

Légende : Sur l'île Ward en 1911.

Crédit : Archives de la Ville de Toronto

Titre : îles de Toronto ville

Légende : Le centre-ville de Toronto vu des îles.

Crédit : Nathalie Prézeau, l-express.ca

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  • Date de création 4 octobre, 2024
  • Dernière mise à jour 4 octobre, 2024
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